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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA59-23DA01404

Cour administrative d'appel de Douai — Décision N° CAA59-23DA01404

lundi 21 août 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Douai
SectionCour administrative d'appel de Douai
N° DossierCAA59-23DA01404
TypeOrdonnance
PublicationD
Avocat requérantSCP CARON-AMOUEL-PEREIRA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme A C, épouse B, a demandé au tribunal administratif d'Amiens, d'une part, d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 23 novembre 2022 par lequel le préfet de la Somme a refusé de lui délivrer une carte de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi, d'autre part, d'enjoindre au préfet de la Somme de lui délivrer une carte de séjour et, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour.

Par un jugement n° 2204027 du 12 avril 2023, le tribunal administratif d'Amiens a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 17 juillet 2023, Mme C, épouse B, représentée par Me Pereira, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler l'arrêté du 23 novembre 2022 par lequel le préfet de la Somme a refusé de lui délivrer une carte de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Somme de lui délivrer une carte de séjour et, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 000 euros au titre des dispositions des articles 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté contesté méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale ;

- il méconnaît les stipulations du 1. de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Mme C, épouse B, a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 juillet 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les premiers vice-présidents des cours () peuvent (), par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

2. Mme A C, épouse B, ressortissante kosovare née le 7 mars 1990 à Prizren (Kosovo), est entrée en France le 11 octobre 2011, selon ses déclarations, accompagnée de son époux. Elle a présenté, le 16 novembre 2011, une demande d'asile. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision du 30 décembre 2011 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile en date du 7 mai 2012. Par un arrêté du 20 juillet 2012, le préfet de la Somme, prenant acte du rejet de sa demande d'asile, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Mme C, épouse B, qui n'a pas déféré à cette mesure d'éloignement, a sollicité, le 14 février 2013, le réexamen de sa demande d'asile. Sa demande de réexamen a de nouveau été rejetée par une décision du 4 mars 2013 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile en date du 19 février 2016. Mme C, épouse B, a sollicité, le 23 juillet 2020, son admission exceptionnelle au séjour au titre de la vie privée et familiale. Par un arrêté du 11 décembre 2020, la préfète de la Somme a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Par un jugement du 12 mai 2021, devenu définitif, le tribunal administratif d'Amiens a, d'une part, annulé cet arrêté comme entaché d'insuffisance de motivation et, d'autre part, enjoint au préfet de la Somme de procéder au réexamen de la situation de l'intéressée. Par un avis du 7 mars 2022, la commission départementale du titre de séjour de la Somme a émis un avis défavorable à la délivrance à Mme C, épouse B, d'un titre de séjour. Par un arrêté du 23 novembre 2022, le préfet de la Somme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Mme C, épouse B, relève appel du jugement du 12 avril 2023 par lequel le tribunal administratif d'Amiens a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

3. En premier lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".

4. Mme C, épouse B, soutient que la décision, contenue dans l'arrêté du 23 novembre 2022, par laquelle le préfet de la Somme a refusé de lui délivrer un titre de séjour méconnaît les dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, Mme C, épouse B, qui a d'ailleurs séjourné pour l'essentiel irrégulièrement sur le territoire français et n'a pas déféré à la mesure d'éloignement dont elle a fait l'objet le 20 juillet 2012, ne fait état d'aucune insertion particulière sur le territoire français. Si elle se prévaut de la présence en France de son époux, de même nationalité, il ressort des pièces du dossier que celui-ci, qui a également séjourné pour l'essentiel irrégulièrement sur le territoire français et n'a pas déféré à la mesure d'éloignement dont il a fait l'objet le 20 juillet 2012, a aussi fait l'objet d'une mesure d'éloignement par un arrêté du 23 novembre 2022 du préfet de la Somme. Enfin, si les trois enfants de Mme C, épouse B, nés sur le territoire français, y sont scolarisés, cette circonstance ne peut être regardée, à elle seule, comme constitutive de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, le préfet de la Somme, en lui refusant l'admission exceptionnelle au séjour au titre de la vie privée et familiale, n'a pas entaché cette décision d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

6. Mme C, épouse B, soutient que les décisions, contenues dans l'arrêté du 23 novembre 2022, par lesquelles le préfet de la Somme a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français méconnaissent le droit au respect de la vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Toutefois, Mme C, épouse B, qui, ainsi qu'il a été dit précédemment, a d'ailleurs séjourné pour l'essentiel irrégulièrement sur le territoire français et n'a pas déféré à la mesure d'éloignement dont elle a fait l'objet le 20 juillet 2012, ne fait état d'aucune insertion particulière sur le territoire français. Si elle se prévaut de la présence en France de son époux, de même nationalité, il ressort des pièces du dossier que celui-ci, qui a également séjourné pour l'essentiel irrégulièrement sur le territoire français et n'a pas déféré à la mesure d'éloignement dont il a fait l'objet le 20 juillet 2012, a aussi fait l'objet d'une mesure d'éloignement par un arrêté du 23 novembre 2022 du préfet de la Somme. Enfin, elle n'établit pas, ni même n'allègue, être dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à l'âge de vingt-et-un ans. Dans ces conditions, et compte tenu de ses conditions de séjour en France et en dépit de la durée de son séjour, au demeurant irrégulier pour l'essentiel, le préfet de la Somme, en refusant de lui délivrer un titre de séjour et en lui faisant obligation de quitter le territoire français, n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressée au respect de la vie privée et familiale au regard des buts poursuivis par ces décisions. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes du 1. de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions concernant les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

8. Mme C, épouse B, soutient que l'arrêté contesté porte atteinte à l'intérêt supérieur de ses trois enfants et méconnaît ainsi les stipulations du 1. de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier, alors que l'arrêté contesté n'a pas vocation à séparer celle-ci de ses trois enfants ni d'ailleurs de son époux, de même nationalité, qui a fait également fait l'objet d'une mesure d'éloignement par un arrêté du 23 novembre 2022 du préfet de la Somme, qu'il existerait un obstacle au maintien de la cellule familiale, dans le pays d'origine de l'intéressée. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que les enfants de Mme C, épouse B, ne pourraient poursuivre leur scolarité au Kosovo. Par suite, et alors même que les trois enfants de la requérante sont nés sur le territoire français, l'arrêté contesté ne peut être regardé comme portant atteinte à l'intérêt supérieur des enfants de Mme C, épouse B. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du 1. de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

9. En quatrième et dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés précédemment, le moyen tiré de ce que le préfet de la Somme, en refusant de délivrer à Mme C, épouse B, un titre de séjour et en lui faisant obligation de quitter le territoire français, aurait entaché ces décisions d'une erreur manifeste d'appréciation de leurs conséquences sur la situation personnelle de l'intéressée doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme C, épouse B, est manifestement dépourvue de fondement. Il y a lieu, par suite, de la rejeter en toutes ses conclusions, y compris celles aux fins d'injonction et celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, par application des dispositions, citées au point 1, de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de Mme C, épouse B, est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A C, épouse B, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Pereira.

Copie en sera adressée au préfet de la Somme.

Fait à Douai le 21 août 2023.

Le président de la 4ème chambre,

Signé : Christian Heu

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme

La greffière,

Nathalie Roméro

N°23DA01404

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