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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA59-23DA01512

Cour administrative d'appel de Douai — Décision N° CAA59-23DA01512

jeudi 31 juillet 2025

JuridictionCour administrative d'appel de Douai
SectionCour administrative d'appel de Douai
N° DossierCAA59-23DA01512
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
Formation2e chambre - formation à 3
Avocat requérantSCP ROBIQUET DELEVACQUE VERAGUE YAHIAOUI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

L'exploitation agricole à responsabilité limitée (EARL) de la Louvière a demandé au tribunal administratif de Lille d'annuler l'arrêté du 26 novembre 2019 du préfet de la région Hauts-de-France en tant qu'il a refusé de lui délivrer l'autorisation d'exploiter la parcelle ZN n° 63 d'une superficie de 76 a 42 ca et les parcelles AE n° 215, ZN n° 16, n° 134 et ZI n° 251, d'une superficie de 5 ha 78 a 30 ca, situées sur le territoire de la commune de Neuville-Saint-Vaast.

Par un jugement n°2000637 du 13 juin 2023, le tribunal administratif de Lille n'a pas admis l'intervention de M. H F, a annulé l'arrêté du 26 novembre 2019 en tant qu'il refuse à l'EARL de La Louvière l'autorisation d'exploiter la parcelle ZN n° 63 et a rejeté le surplus de ses conclusions.

Procédures devant la cour :

I. - Sous le n°23DA01512, par une requête enregistrée le 27 juillet 2023, le ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement en tant qu'il a partiellement fait droit à la demande de l'EARL de la Louvière ;

2°) de rejeter la demande de première instance de l'EARL de la Louvière.

Il soutient que :

- contrairement à ce qu'a jugé le tribunal, Mme C, épouse de M. J, avait le statut de conjointe collaboratrice à la date d'édiction de l'arrêté en litige et n'était par ailleurs rattachée à aucune entreprise ;

- la circonstance selon laquelle M. J a lui-même indiqué dans son dossier de demande d'autorisation d'exploiter, dans la partie réservée à la main d'œuvre, que son épouse n'avait pas le statut de conjoint collaborateur à titre principal relève d'une erreur matérielle sans incidence sur la légalité de l'arrêté ;

- M. J, preneur en place, relevait dès lors bien du rang de priorité n°2.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 avril 2024, l'EARL de la Louvière et M. F, représentés par Me Verague, demandent à la cour :

1°) de rejeter la requête du ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire ;

2°) par la voie de l'appel incident, d'annuler le jugement du 13 juin 2023 en tant qu'il a rejeté le surplus de ses conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté préfectoral du 26 novembre 2019 en ce qu'il lui a refusé l'autorisation d'exploiter les parcelles AE n° 215, ZN n° 16, n° 134 et ZI n° 251 ;

3°) d'enjoindre au préfet de la région Hauts-de-France de délivrer l'autorisation sollicitée par l'EARL de la Louvière au titre de ces parcelles ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- le jugement doit être confirmé en tant qu'il a annulé l'arrêté en ce qu'il refuse à l'EARL la Louvière l'autorisation d'exploiter la parcelle ZN n° 63 ;

- l'arrêté en tant qu'il lui refuse l'autorisation d'exploiter les parcelles AE n° 215, ZN n° 16, n° 134 et ZI n° 251 est entaché d'incompétence ;

- la demande de l'EARL de la Louvière relève du 2ème rang de priorité et non du 3ème rang dès lors qu'à la date de la demande, elle était composée de deux associés exploitants, tel que le préfet l'a finalement considéré dans son arrêté du 1er octobre 2020 ;

- M. I B doit être regardé comme exploitant avec son épouse une surface de 230 ha, soit 115 ha par unité de main-d'œuvre (UMO), contre 57 ha par UMO pour l'EARL de la Louvière, de telle sorte que la délivrance de l'autorisation d'exploiter à celle-ci n'aura pas pour effet de faire passer son exploitation sous le seuil de viabilité de 60 ha fixé par le schéma régional ;

- en tout état de cause, il ne peut être considéré qu'il y a un risque d'atteinte à la viabilité de l'exploitation de M. B ;

- à rang de priorité égal, il y avait lieu, au regard de l'article 5 du schéma régional, de privilégier la situation de l'EARL de la Louvière, cette opération permettant l'installation d'un jeune agriculteur.

Par une lettre du 2 juillet 2025, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que la cour était susceptible de fonder son arrêt sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrégularité du jugement de première instance en tant qu'il statue sur les conclusions de l'EARL de la Louvière tendant à l'annulation de l'arrêté du 26 novembre 2019 en ce qu'il rejette sa demande d'autorisation d'exploiter de la parcelle ZN n° 63 pour une superficie de 76 a 42 ca, alors que cette demande avait perdu son objet en raison de l'édiction de l'arrêté du 1er octobre 2020, devenu définitif sur ce point, lui accordant l'autorisation sollicitée.

II - Sous le n°23DA01590, par une requête enregistrée le 4 août 2023 et un mémoire enregistré le 4 mars 2025, l'EARL de la Louvière et M. F, représentés par Me Verague, demandent à la cour :

1°) d'annuler le jugement du 13 juin 2023 en tant qu'il a rejeté le surplus de ses conclusions de l'EARL de la Louvière tendant à l'annulation de l'arrêté du 26 novembre 2019 en ce qu'il lui a refusé l'autorisation d'exploiter les parcelles AE n° 215, ZN n° 16, n° 134 et ZI n° 251 ;

2°) d'enjoindre au préfet de la région des Hauts-de-France de lui délivrer l'autorisation sollicitée ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- le jugement doit être confirmé en tant qu'il a annulé l'arrêté en ce qu'il refuse à l'EARL la Louvière l'autorisation d'exploiter la parcelle ZN n° 63 ;

- l'arrêté en tant qu'il lui refuse l'autorisation d'exploiter les parcelles AE n° 215, ZN n° 16, n° 134 et ZI n° 251 est entaché d'incompétence ;

- la demande de l'EARL de la Louvière relève du 2ème rang de priorité et non du 3ème rang dès lors qu'à la date de la demande, elle était composée de deux associés exploitants, tel que le préfet l'a finalement considéré dans son arrêté du 1er octobre 2020

- M. I B doit être regardé comme exploitant avec son épouse une surface de 230 ha, soit 115 ha par UMO, contre 57 ha par UMO pour l'EARL de la Louvière, de telle sorte que la délivrance de l'autorisation d'exploiter à celle-ci n'aura pas pour effet de faire passer son exploitation sous le seuil de viabilité de 60 ha fixé par le schéma régional ;

- en tout état de cause, il ne peut être considéré qu'il y a un risque d'atteinte à la viabilité de l'exploitation de M. B ;

- à rang de priorité égal, il y avait lieu, au regard de l'article 5 du schéma régional, de privilégier la situation de l'EARL de la Louvière, cette opération permettant l'installation d'un jeune agriculteur.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 février 2025, la ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés ;

Par une lettre du 2 juillet 2025, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que la cour était susceptible de fonder son arrêt sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrégularité du jugement de première instance en tant qu'il statue sur les conclusions de l'EARL de la Louvière tendant à l'annulation de l'arrêté du 26 novembre 2019 en ce qu'il rejette sa demande d'autorisation d'exploiter de la parcelle ZN n° 63 pour une superficie de 76 a 42 ca, alors que cette demande avait perdu son objet en raison de l'édiction de l'arrêté du 1er octobre 2020, devenu définitif sur ce point, lui accordant l'autorisation sollicitée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code rural et de la pêche maritime ;

- le décret n°2004-374 du 29 avril 2004 ;

- l'arrêté du 29 juin 2016 du préfet de la région Hauts-de-France portant schéma directeur régional des exploitations agricoles en Nord - Pas-de-Calais ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Delahaye, rapporteur ;

- les conclusions de Mme Regnier, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Delamarlière substituant Me Verague pour l'EARL de la Louvière et M. F.

Considérant ce qui suit :

1. Dans le cadre de l'agrandissement de son exploitation et de l'installation de M. H F en qualité de nouvel associé-gérant, l'exploitation agricole à responsabilité limitée (EARL) de La Louvière a déposé le 8 août 2019 une autorisation d'exploiter, d'une part, les parcelles ZO n° 87 et ZN n°s 44 et 63, représentant 6 ha 06 a 3 ca de terres libres d'occupation, d'autre part la parcelle ZN n° 63 pour une superficie de 76 a et 42 ca, mise en valeur par M. J, et enfin les parcelles AE n° 215, ZN n° 16, n° 134 et ZI n° 251, d'une superficie totale de 5 ha 78 a 30 ca, exploitées par M. B, ces parcelles étant toutes situées sur le territoire de la commune de Neuville-Saint-Vaast. Par un arrêté du 26 novembre 2019, le préfet de la région Hauts-de-France lui a délivré l'autorisation sollicitée pour les parcelles ZO n° 87 et ZN n°s 44 et 63, pour la partie libre d'occupation concernant cette dernière, mais a rejeté sa demande présentée au titre des terres exploitées par MM. J et B. Par un jugement du 13 juin 2023, le tribunal administratif de Lille n'a pas admis l'intervention de M. H F, a annulé l'arrêté du 26 novembre 2019 en tant qu'il refuse à l'EARL de La Louvière l'autorisation d'exploiter la parcelle ZN n° 63 pour une superficie de 76 a 42 ca et a rejeté le surplus de ses conclusions. Par une première requête enregistrée sous le n°23DA01512, le ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire demande l'annulation de ce jugement en tant qu'il a partiellement fait droit à la demande de l'EARL de la Louvière. Par la voie de l'appel incident, l'EARL de la Louvière et M. F demandent l'annulation de ce jugement en tant qu'il a rejeté les conclusions de l'EARL de la Louvière tendant à l'annulation de l'arrêté du 26 novembre 2019 en ce qu'il lui a refusé l'autorisation d'exploiter les parcelles AE n° 215, ZN n° 16, n° 134 et ZI n° 251. Par une seconde requête enregistrée sous le n° 23DA01590, l'EARL de la Louvière et M. F ont présenté des conclusions ayant le même objet. Ces deux requêtes étant dirigées contre une même décision, il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul arrêt.

Sur la régularité du jugement en tant qu'il statue sur la légalité de l'arrêté du 26 novembre 2019 portant refus d'exploitation de la parcelle ZN n°63 pour une superficie de 76 a et 42 ca :

2. Il ressort des pièces du dossier que, postérieurement à l'introduction de la demande de l'EARL de la Louvière tendant à l'annulation de l'arrêté du 26 novembre 2019 en tant qu'il a rejeté sa demande d'exploitation de la parcelle ZN n° 63 pour une superficie de 76 a et 42 ca, le préfet de la région Hauts-de-France a, par un arrêté du 1er octobre 2020 devenu définitif sur ce point, fait droit à la demande d'autorisation de l'EARL. L'intervention de cet arrêté a rendu sans objet les conclusions de la demande formée devant le tribunal administratif par l'EARL tendant à l'annulation de l'arrêté du 26 novembre 2019 en tant qu'il a rejeté sa demande d'exploitation précitée. Le jugement du tribunal administratif de Lille, qui a statué le 13 juin 2023 sur cette demande, doit, dès lors, être annulé dans cette mesure, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les moyens soulevés par le ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire dans sa requête n°23DA01512. Il y a lieu, par suite d'évoquer ces conclusions de la demande ainsi devenues sans objet au cours de la procédure de première instance et de constater qu'il n'y a pas lieu d'y statuer.

Sur la légalité de l'arrêté du 26 novembre 2019 portant refus d'exploitation des parcelles AE n° 215, ZN n° 16, n° 134 et ZI n° 251 :

En ce qui concerne la légalité externe :

3. Aux termes de l'article 38 du décret du 29 avril 2004 relatif aux pouvoirs des préfets, à l'organisation et à l'action des services de l'État dans les régions et départements : " Le préfet de région peut donner délégation de signature () : / 4° Pour les matières relevant de leurs attributions, aux chefs ou responsables des services déconcentrés des administrations civiles de l'État dans la région. Ces chefs ou responsables de service () peuvent donner délégation pour signer les actes relatifs aux affaires pour lesquelles ils ont eux-mêmes reçu délégation aux agents placés sous leur autorité. ". En application de l'article R. 331-6 du code rural et de la pêche maritime, les décisions relatives aux autorisations d'exploiter sont prises par le préfet de région.

4. L'arrêté en litige a été signé par Mme E, cheffe du service régional et de la performance économique et environnementale des entreprises, qui bénéficiait d'une subdélégation de signature à cet effet consentie par arrêté du 6 juillet 2018, régulièrement publié le 24 juillet suivant, de M. A, directeur régional de l'alimentation, de l'agriculture et de la forêt. Ce dernier était lui-même bénéficiaire d'une délégation de signature du préfet de la région Hauts-de-France à ce titre consentie par arrêté du 8 janvier 2018, régulièrement publié le lendemain et librement accessible tant au juge qu'aux parties. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté en litige doit être écarté.

En ce qui concerne la légalité interne :

5. D'une part, aux termes de l'article L. 312-1 du code rural et de la pêche maritime, dans sa version applicable au litige : " I. - Le schéma directeur régional des exploitations agricoles fixe les conditions de mise en œuvre du chapitre Ier du titre III du présent livre. Il détermine, pour répondre à l'ensemble des objectifs mentionnés à l'article L. 331-1, les orientations de la politique régionale d'adaptation des structures d'exploitations agricoles, en tenant compte des spécificités des différents territoires et de l'ensemble des enjeux économiques, sociaux et environnementaux définis dans le plan régional de l'agriculture durable. / () / III. - Le schéma directeur régional des exploitations agricoles établit, pour répondre à l'ensemble des objectifs et orientations mentionnés au I du présent article, l'ordre des priorités entre les différents types d'opérations concernées par une demande d'autorisation mentionnée à l'article L. 331-2, en prenant en compte l'intérêt économique et environnemental de l'opération / () / IV. - Le schéma directeur régional des exploitations agricoles fixe les critères servant à l'appréciation de la dimension économique et de la viabilité des exploitations concernées par la demande d'autorisation mentionnée à l'article L. 331-2 / () / V. - Pour l'application du présent article, sont considérées comme concernées par la demande d'autorisation mentionnée à l'article L. 331-2 les exploitations agricoles du demandeur, des autres candidats à la reprise et celle du preneur en place. ". Aux termes de l'article L. 331-1-1 du même code: " Pour l'application du présent chapitre : / 1° Est qualifié d'exploitation agricole l'ensemble des unités de production mises en valeur, directement ou indirectement, par la même personne, quels qu'en soient le statut, la forme ou le mode d'organisation juridique, dont les activités sont mentionnées à l'article L. 311-1 / () / 3° Pour déterminer la superficie totale mise en valeur, il est tenu compte de l'ensemble des superficies exploitées par le demandeur, sous quelque forme que ce soit et toutes productions confondues, en appliquant les équivalences fixées par le schéma directeur régional des exploitations agricoles pour les différents types de production () ". Aux termes de l'article L. 331-3-1 du même code, dans sa version applicable au litige : " I. - L'autorisation mentionnée à l'article L. 331-2 peut être refusée : / 1° Lorsqu'il existe un candidat à la reprise ou un preneur en place répondant à un rang de priorité supérieur au regard du schéma directeur régional des structures agricoles mentionné à l'article L. 312-1 ; / 2° Lorsque l'opération compromet la viabilité de l'exploitation du preneur en place () ".

6. D'autre part, aux termes de l'article 1er du schéma directeur régional des exploitations agricoles (SDREA) du Nord-Pas-de-Calais en date du 29 juin 2016 : " () Dimension économique de l'exploitation viable (DEV) : pour le Nord-Pas-de-Calais, l'exploitation agricole viable est définie comme étant une exploitation dont la superficie est égale à la moyenne régionale de toutes les exploitations confondues, source RA 2010, arrondie à la dizaine inférieure soit 60 ha. Cette exploitation est susceptible de procurer à l'exploitant un revenu supérieur à 1 SMIC/UMO de revenus disponibles, les années les plus défavorables ". Aux termes de l'article 3 du même schéma : " Ordre de priorités - conformément à l'article L. 312-1 III, les autorisations d'exploiter sont délivrées selon un ordre de priorité établi en prenant en compte : / - la nature de l'opération, au regard des objectifs du contrôle des structures et des orientations définies par le présent schéma ; / l'intérêt économique et environnemental de l'opération / Rang 2 : () agrandissement, réunion ou concentration d'exploitations dans la limite de 60 ha par UMO après reprise. () / Rang 3 : () / agrandissement () au-delà du seuil de 60 ha/ UMO après reprise et dans la limite de 90 ha/ UMO après reprise () ". Aux termes de l'article 5 du même schéma : () b) mode de calcul des UMO/ Pour le calcul du dénominateur " Nombre d'UMO ", le mode de calcul est le suivant : Temps plein : - exploitant ou associé exploitant : 1 UMO ".

7. En l'espèce, pour rejeter la demande d'autorisation présentée par l'EARL de la Louvière tendant à l'exploitation des parcelles AE n° 215, ZN n° 16, n° 134 et ZI n° 251 d'une superficie totale de 5 ha 78 a 30 ca, le préfet de la région Hauts-de-France, a relevé, sur le fondement des dispositions précitées du 2° de l'article L. 331-3-1 du code rural et de la pêche maritime, que celle-ci aurait pour effet de ramener la surface de l'exploitation de M. I B, preneur en place, qui met en valeur une superficie de 63 ha 45 a, sous le seuil de 60 ha tel que défini à l'article 1 du SDREA, et ainsi de compromettre sa viabilité.

8. En premier lieu, il ressort des pièces des dossiers qu'à la date d'édiction de l'arrêté en litige, M. B est preneur en place d'une exploitation agricole d'une superficie de 63 ha 45 a. La délivrance de l'autorisation d'exploiter en litige à l'EARL de la Louvière entraînerait ainsi une réduction de cette surface à hauteur de 5 hectares 78 ares 30 centiares, portant la superficie de l'exploitation de M. B en-deçà du seuil de viabilité fixé à 60 hectares par l'article 1er du SDREA du Nord-Pas-de-Calais en date du 29 juin 2016. Contrairement à ce que soutiennent les appelants, bien que Mme G D, épouse de M. B, soit associée exploitante de l'EARL D, il ne ressort pas des éléments des dossiers que M. B valorise, directement ou indirectement, les unités de production de l'EARL D au sens des dispositions de l'article L. 331-1-1 du code rural et de la pêche maritime. Dès lors, il ne saurait être regardé comme exploitant une superficie globale de 230 hectares, soit 115 hectares par UMO, et ce, nonobstant la circonstance que les sièges sociaux des deux exploitations soient situés à la même adresse et que les intéressés soient mariés. Par ailleurs, la circonstance, postérieure à l'adoption de l'arrêté litigieux, selon laquelle l'EARL D aurait sollicité à deux reprises une autorisation d'exploiter des parcelles appartenant à M. B, ne saurait caractériser l'absence d'atteinte à la viabilité de l'exploitation de ce dernier au sens de l'article 1er du SDREA, en cas de délivrance de l'autorisation à l'EARL de la Louvière. Il ne ressort pas davantage des pièces des dossiers que M. B aurait procédé, antérieurement à la demande formulée par l'EARL de la Louvière, à un transfert de terres au bénéfice de l'EARL D en vue de contourner le dispositif du contrôle des structures en maintenant artificiellement la surface de son exploitation au niveau du seuil de 60 hectares. Par suite, le préfet de la région Hauts-de-France n'a pas fait une inexacte application des dispositions citées aux points 5 et 6 du présent arrêt en refusant à l'EARL de la Louvière la délivrance de l'autorisation d'exploiter sollicitée au motif de la compromission de l'exploitation du preneur en place.

9. En second lieu, si l'EARL de la Louvière et M. F font valoir que la demande de l'EARL de la Louvière ne relevait pas du rang de priorité n°3, ainsi que l'a relevé le préfet, mais du rang n°2, cette circonstance, à la supposer établie, est sans incidence sur la légalité de la décision de refus en litige en tant qu'elle porte refus d'exploiter les parcelles susmentionnées, ce refus n'ayant pas été pris pour l'application du 1° de l'article de l'article L. 331-3-1 du code rural et de la pêche maritime mais, ainsi qu'il a été dit précédemment, est exclusivement fondé sur le motif tiré de la compromission de la viabilité de l'exploitation du preneur en place au sens des dispositions du 2° du même article. Pour les mêmes motifs, l'EARL de la Louvière et M. F ne peuvent utilement soutenir que le préfet aurait dû, en application des critères de départage mentionnés à l'article 5 du SDREA, favoriser l'installation de M. F.

10. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la recevabilité de la requête n°23DA01590 en tant qu'elle est présentée par M. F, que l'EARL de la Louvière et M. F ne sont pas fondés à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Lille a rejeté leur demande tendant à l'annulation de l'arrêté du 26 novembre 2019 en tant qu'il porte refus d'exploitation des parcelles AE n° 215, ZN n° 16, n° 134 et ZI n° 251.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

11. Le présent arrêt n'appelle aucune mesure d'exécution. Dès lors, il y a lieu de rejeter les conclusions à fin d'injonction présentées par l'EARL de la Louvière et M. F.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'État qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à l'EARL de la Louvière et à M. F les sommes que ceux-ci réclament au titre des frais exposés par eux et compris dans les dépens dans les deux instances.

DÉCIDE :

Article 1er : Le jugement n°2000637 du tribunal administratif de Lille du 13 juin 2023 est annulé en tant qu'il statue sur les conclusions de l'EARL de la Louvière tendant à l'annulation de l'arrêté du 26 novembre 2019 en ce qu'il rejette sa demande d'autorisation d'exploiter la parcelle ZN n° 63 pour une superficie de 76 a 42 ca.

Article 2 : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la demande présentée par l'EARL de la Louvière devant le tribunal administratif de Lille tendant à l'annulation de l'arrêté du 26 novembre 2019 en tant qu'il rejette sa demande d'autorisation d'exploiter la parcelle ZN n° 63 pour une superficie de 76 a 42 ca.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : Le présent arrêt sera notifié à l'EARL de la Louvière, à M. H F et à la ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire.

Copie en sera adressée au préfet de la région Hauts-de-France.

Délibéré après l'audience publique du 8 juillet 2025 à laquelle siégeaient :

- M. Benoît Chevaldonnet, président de chambre,

- M. Laurent Delahaye, président-assesseur ;

- M. Guillaume Toutias, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 juillet 2025.

Le président-rapporteur,

Signé : L. DelahayeLe président de chambre,

Signé : B. Chevaldonnet

La greffière,

Signé : A. Vigor

La République mande et ordonne à la ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Par délégation,

La greffière,

N°23DA01512, 23DA01590

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CAA13excès de pouvoir

Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532

La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".

04/05/2026

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