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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA59-24DA00328

Cour administrative d'appel de Douai — Décision N° CAA59-24DA00328

mercredi 15 octobre 2025

JuridictionCour administrative d'appel de Douai
SectionCour administrative d'appel de Douai
N° DossierCAA59-24DA00328
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
Formation3e chambre - formation à 3
Avocat requérantMARICOURT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme B... A... a demandé au tribunal administratif de Lille d’annuler l’arrêté du 13 juillet 2022 du vice-président de la caisse de crédit municipal de Roubaix acceptant sa démission et de mettre à la charge de la caisse de crédit municipal de Roubaix une somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par un jugement n° 2206879 du 22 décembre 2023, le tribunal administratif de Lille a annulé l’arrêté du 13 juillet 2022 du vice-président de la caisse de crédit municipal de Roubaix, a mis à la charge de cet établissement le versement à Mme A... d’une somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et a rejeté les conclusions présentées sur le même fondement par la caisse de crédit municipal de Roubaix.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 19 février 2024, la caisse de crédit municipal de Roubaix, représentée par Me Maricourt, demande à la cour :

1°) d’annuler ce jugement ;

2°) de rejeter la demande présentée par Mme A... en première instance ;

3°) de mettre à la charge de Mme A... une somme de 4 600 euros au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :
- le tribunal aurait dû rejeter comme irrecevable ou, à tout le moins, comme infondée la demande présentée devant lui par Mme A..., dès lors que celle-ci se référait à des dispositions législatives désormais abrogées ;
- c’est à tort que le tribunal administratif de Lille s’est fondé sur la circonstance que Mme A... n’avait pas manifesté une volonté non équivoque de cesser immédiatement ses fonctions ;
- la circonstance que Mme A... n’a pas présenté sa démission par lettre recommandée avec demande d’accusé de réception, bien que cette formalité lui ait été rappelée dans un courrier du 4 juillet 2022 prenant acte de son intention de cesser ses fonctions, n’est pas de nature à entacher d’illégalité l’arrêté contesté, dès lors qu’elle a expressément et clairement manifesté dans plusieurs courriels son intention de démissionner ;
- la décision contestée n’est entachée d’aucun détournement de pouvoir.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 mai 2024, Mme A..., représentée par Me Spriet, de la SARL Primavocat, conclut au rejet de la requête et demande, en outre, à la cour de mettre à la charge de la caisse de crédit municipal de Roubaix une somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par la caisse de crédit municipal de Roubaix ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le décret n° 88-145 du 15 février 1988 ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Dominique Bureau, première conseillère,
- les conclusions de M. Frédéric Malfoy, rapporteur public,
- et les observations de Me Maricourt, représentant la caisse de crédit municipal de Roubaix.


Considérant ce qui suit :

Mme A... a été recrutée par la caisse de crédit municipal de Roubaix pour exercer les fonctions de « chargée de mission contrôle interne », par un contrat à durée déterminée conclu le 2 avril 2021 pour une durée de deux ans, allant du 16 avril 2021 au 15 avril 2023 inclus. Par un arrêté du 13 juillet 2022, le vice-président de la caisse de crédit municipal de Roubaix a accepté la démission de l’intéressée à compter du 30 juin 2022. La caisse de crédit municipal de Roubaix relève appel du jugement du 22 décembre 2023 par lequel le tribunal administratif de Lille a annulé cet arrêté.
Sur la recevabilité de la demande de première instance et l’exercice de leur office par les premiers juges :

Aux termes de l’article R. 411-1 du code de justice administrative : « La juridiction est saisie par requête. La requête indique les nom et domicile des parties. Elle contient l'exposé des faits et moyens, ainsi que l'énoncé des conclusions soumises au juge. / L'auteur d'une requête ne contenant l'exposé d'aucun moyen ne peut la régulariser par le dépôt d'un mémoire exposant un ou plusieurs moyens que jusqu'à l'expiration du délai de recours ».

Il ressort des termes mêmes du mémoire introductif d’instance, produit par Mme A... devant le tribunal administratif de Lille dans le délai de recours, que celui-ci comporte l’énoncé des faits et moyens exposés par l’intéressée à l’appui de ses conclusions tendant expressément à l’annulation de la décision du 13 juillet 2022, par laquelle le vice-président du crédit municipal de Roubaix a accepté sa démission. Le caractère éventuellement dénué de pertinence des éléments exposés par Mme A... au soutien des moyens soulevés dans sa demande, en particulier la référence erronée à des textes inapplicables, n’est, par lui-même, pas constitutif d’un défaut de motivation, de nature à entraîner l’irrecevabilité de cette demande en application des dispositions de l’article R. 411-1 du code de justice administrative. Par ailleurs, les premiers juges n’ont pas méconnu leur office en examinant au regard des dispositions et des règles jurisprudentielles applicables au litige les moyens soulevés par Mme A..., dès lors que ces moyens, bien que comportant une référence à des textes abrogés à la date de la décision contestée, étaient assortis d’éléments suffisamment précis permettant d’en apprécier la portée et le bien-fondé. Les moyens soulevés à cet égard par la caisse de crédit municipal de Roubaix doivent, par suite, être écartés.

Sur la légalité de la décision contestée :

Aux termes de l’article L. 550-1 du code général de la fonction publique, applicable à la date de la décision contestée : « La cessation définitive de fonctions qui entraîne radiation des cadres (…) résulte : / 1° De la démission régulièrement acceptée ». Aux termes de l’article L. 551-1 du même code : « La démission ne peut résulter que d'une demande écrite de l'intéressé marquant sa volonté non équivoque de cesser ses fonctions. / Elle n'a d'effet qu'après acceptation par l'autorité investie du pouvoir de nomination, à la date fixée par cette autorité. / (…) ». Aux termes de l’article 39 du décret du 15 février 1988 relatif aux agents contractuels de la fonction publique territoriale : « L'agent contractuel qui présente sa démission est tenu de respecter un préavis (…). / La démission est présentée par lettre recommandée avec demande d'avis de réception. (…) ». Pour l’application de ces dispositions, la démission ne peut résulter que d’une demande écrite de l’agent contractuel, marquant sa volonté non équivoque de cesser ses fonctions, et qui ne doit pas être donnée sous une contrainte de nature à vicier son consentement.

Il ressort des pièces du dossier qu’à l’issue de congés de maternité et de maladie dont elle avait bénéficié jusqu’au 6 mai 2022, Mme A... a, lors d’entretiens avec le vice-président du crédit municipal de Roubaix et dans plusieurs courriels adressés à son employeur, les 7, 28 et 30 juin 2022, exprimé le souhait de ne plus travailler au sein de cet établissement. Cependant, au cours de ces entretiens et dans plusieurs échanges avec son employeur, elle a également manifesté le souhait que les modalités de rupture anticipée de son contrat d’engagement puissent être définies d’un commun accord avec son employeur. Par ailleurs, dans les messages du 28 juin et du 30 juin 2022, adressés à son supérieur hiérarchique, alors qu’elle se trouvait à nouveau en arrêt de travail, Mme A... indiquait qu’elle souhaitait terminer un rapport en cours et retrouver à son retour de congé de maladie les données présentes sur l’ordinateur mis à sa disposition pour l’exercice de ses fonctions. Mme A... n’a reçu aucune réponse formelle de son employeur sur les modalités de rupture de son contrat d’engagement jusqu’à ce que ce dernier, par un courrier du 4 juillet 2022, lui donne acte de sa volonté de démissionner, tout en l’invitant à en formuler la demande dans un courrier recommandé avec accusé de réception, conformément aux dispositions précitées de l’article 39 du décret du 15 février 1988. En réponse à ce courrier, Mme A... a, dans un courriel du 11 juillet 2022, explicitement indiqué n’avoir pas l’intention de présenter sa démission. Dans ces circonstances, alors même que Mme A... n’entendait pas nécessairement poursuivre l’exécution de son contrat jusqu’à son terme et a, d’ailleurs, occupé un nouvel emploi dans le secteur privé dès le mois de septembre 2022, le crédit municipal de Roubaix ne pouvait légalement, à la date de la décision contestée du 13 juillet 2022, déduire des termes employés par l’intéressée dans ses différents messages une volonté non équivoque de son agent de cesser ses fonctions et accepter, pour ce motif, sa démission.

Il résulte de tout ce qui précède que la caisse de crédit municipal de Roubaix n’est pas fondée à soutenir que c’est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Lille a annulé la décision de son vice-président du 13 juillet 2022 acceptant la démission de Mme A..., a mis à sa charge le versement à Mme A... d’une somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et a rejeté ses conclusions présentées sur le même fondement.

Sur l’application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative :

Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme A..., qui n’est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la caisse de crédit municipal de Roubaix demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, sur le fondement de ces dispositions, de mettre à la charge de la caisse de crédit municipal de Roubaix une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme A... et non compris dans les dépens.




DÉCIDE :


Article 1er : La requête de la caisse de crédit municipal de Roubaix est rejetée.

Article 2 : La caisse de crédit municipal de Roubaix versera à Mme A... une somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative

Article 3 : Le présent arrêt sera notifié à la caisse de crédit municipal de Roubaix et à Mme B... A....


Délibéré après l’audience publique du 30 septembre 2025 à laquelle siégeaient :

- Mme Isabelle Hogedez, présidente de chambre,
- Mme Barbara Massiou, présidente-assesseure,
- Mme Dominique Bureau, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 octobre 2025.


La rapporteure,





Signé : D. Bureau


La présidente de chambre,





Signé : I. Hogedez


La greffière,





Signé : C. Huls-Carlier




La République mande et ordonne au préfet du Nord ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.



Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Par délégation,
La greffière,







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