jeudi 22 mai 2025
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Douai |
| Section | Cour administrative d'appel de Douai |
| N° Dossier | CAA59-24DA01153 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
| Formation | 4e chambre - formation à 3 |
| Avocat requérant | SELAS LEALTA AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
La société anonyme (SA) Synergie a demandé au tribunal administratif de Lille d'annuler la décision du 12 octobre 2021 par laquelle la directrice départementale de la protection des populations du Nord lui a infligé une amende de 25 000 euros en application de l'article L. 522-1 du code de la consommation.
Par un jugement n° 2109657 du 18 avril 2024, le tribunal administratif de Lille a rejeté cette demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête, enregistrée le 13 juin 2024, la SA Synergie, représentée par Me Nicolas Libert, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement ;
2°) d'annuler cette décision ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 10 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'utilisation d'un numéro de téléphone surtaxé n'est pas en l'espèce contraire à l'article L. 121-16 du code de la consommation, dès lors qu'il n'interdit l'utilisation d'un numéro de téléphone surtaxé que pour les appels relatifs à la bonne exécution du contrat ou le traitement d'une réclamation ;
- la réponse ministérielle à la question n° 102693, publiée au journal officiel de l'Assemblée nationale du 5 juillet 2011, qui interprétait les dispositions de l'article L. 113-5 du code de la consommation, dont le contenu était identique à l'actuel article L. 121-16 du même code, va en ce sens ;
- les consommateurs disposaient en tout état de cause d'autres moyens pour la contacter et le numéro surtaxé permettait bien de répondre à leur demande et non de procéder à de l'hameçonnage ;
- des organismes en charge d'une mission de service public utilisaient eux-mêmes un numéro de téléphone surtaxé en méconnaissance de l'article L. 121-16 du code de la consommation ;
-elle a procédé aux rectifications nécessaires concernant la mise en place du médiateur de la consommation au sein de l'entreprise ;
- l'amende d'un montant de 5 000 euros est disproportionnée dès lors que seules 32 plaintes ont été déposées, ce qui représente 0,002% des clients acquis sur la période concernée par le contrôle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 décembre 2024, le ministre de l'économie, des finances et de l'industrie conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive 2011/83/UE du Parlement européen et du Conseil du 25 octobre 2011 ;
- le code de la consommation ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Alice Minet, première conseillère,
- les conclusions de M. Jean-Philippe Arruebo-Mannier, rapporteur public,
- et les observations de Me Chalmeau, représentant la SA Synergie.
Considérant ce qui suit :
Sur l'objet du litige :
1. La société anonyme (SA) Synergie, dont le siège est situé à Lille, exerce une activité de courtage en assurance. A la suite de plaintes de consommateurs, elle a fait l'objet d'une enquête administrative conduite par la direction départementale de la protection des populations du Nord. Par une décision du 12 octobre 2021, la directrice départementale a infligé à la SA Synergie une amende de 25 000 euros sur le fondement de l'article L. 522-1 du code de la consommation.
2. La SA Synergie a porté le litige devant le tribunal administratif de Lille en lui demandant d'annuler cette sanction. Elle relève appel du jugement du 18 avril 2024 par lequel le tribunal administratif de Lille a rejeté cette demande.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'utilisation du numéro de téléphone surtaxé :
3. D'une part, aux termes de l'article L. 121-16 du code de la consommation : " Le numéro de téléphone destiné à recueillir l'appel d'un consommateur en vue d'obtenir la bonne exécution d'un contrat conclu avec un professionnel ou le traitement d'une réclamation ne peut pas être surtaxé. / Ce numéro est indiqué dans le contrat et la correspondance ".
4. Il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne relative à l'article 21 de la directive 2011/83/UE du Parlement européen et du Conseil du 25 octobre 2011, relative aux droits des consommateurs, modifiant la directive 93/13/CEE du Conseil et la directive 1999/44/CE du Parlement européen et du Conseil et abrogeant la directive 85/577/CEE du Conseil et la directive 97/7/CE du Parlement européen et du Conseil, dont les dispositions de l'article L. 121-16 du code de la consommation assurent la transposition, notamment de l'ordonnance C-594/20 du 15 avril 2021, que dans l'hypothèse où, d'une part, un contrat a été conclu entre le professionnel et le consommateur, et, d'autre part, l'appel du consommateur concerne ce contrat, ce consommateur ne doit pas payer plus que le tarif de base pour clarifier des questions relatives à l'exécution du contrat ou pour faire valoir des droits garantis par cette directive et qu'un professionnel ne peut mettre à la disposition de sa clientèle, outre un numéro de téléphone dont le tarif n'excède pas le tarif de base, un numéro de téléphone soumis à un tarif supérieur à ce dernier tarif et que les consommateurs ayant conclu un contrat avec ce professionnel risquent d'utiliser.
5. D'autre part, aux termes de l'article L. 132-21 du code de la consommation : " Tout manquement aux obligations relatives au numéro de téléphone d'assistance au consommateur mentionnées à l'article L. 121-16 est passible d'une amende administrative dont le montant ne peut excéder 3 000 euros pour une personne physique et 15 000 euros pour une personne morale ".
6. Pour soutenir qu'elle n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 121-16 du code de la consommation, la SA Synergie fait valoir que ces dispositions n'interdisent l'utilisation d'un numéro de téléphone surtaxé que pour les appels relatifs à la bonne exécution du contrat ou au traitement d'une réclamation qui font par conséquent suite à une mauvaise exécution du contrat par le professionnel.
7. En premier lieu, il résulte de l'instruction, notamment du procès-verbal de constatation de manquement du 17 juin 2021 établi par l'inspectrice de la concurrence, consommation et de la répression des fraudes à l'issue de l'enquête administrative dont la SA Synergie a fait l'objet, que, d'une part, celle-ci faisait figurer un numéro de téléphone surtaxé sur le contrat de " marquage antivol et garanties complémentaires " et réservait le numéro d'appel non surtaxé aux seules réclamations et, d'autre part, qu'elle ne mentionnait, tant sur son site Internet que sur les avis d'échéance et les courriers édités pour ses clients, que le numéro surtaxé pour toute question ainsi que pour les appels téléphoniques émis dans le cadre d'une relation contractuelle.
8. A cet égard, la SA Synergie ne peut utilement se prévaloir ni de la réponse ministérielle à la question n° 102693, publiée au journal officiel de l'Assemblée nationale du 5 juillet 2011, qui interprétait les dispositions de l'article L. 113-5 du code de la consommation abrogées au 1er juillet 2016 par l'ordonnance du 14 mars 2016, relative à la partie législative du code de la consommation, et qui n'a pas de caractère impératif, ni de ce que les consommateurs disposaient d'autres modes de communication pour la contacter, ni de ce que le numéro surtaxé permettait de leur apporter une réponse à leur demande et non à procéder à de l'hameçonnage, ni enfin de la circonstance que d'autres concurrents et organismes exerçant une mission de service public faisaient également usage d'un numéro de téléphone surtaxé en méconnaissance des dispositions de l'article L. 121-16 du code de la consommation.
9. Dans ses conditions, la directrice départementale de la protection des populations du Nord a pu légalement estimer que les faits reprochés étaient constitutifs de deux manquements distincts aux dispositions citées précédemment de l'article L. 121-16 du code de la consommation et infliger à la SA Synergie une amende de deux fois 10 000 euros à raison de ces manquements.
10. En second lieu, il résulte de la décision attaquée que les amendes ont été infligées, comme il vient d'être dit, à raison des manquements de la société requérante à l'article L. 121-16 du code de la consommation et non à raison d'une pratique commerciale trompeuse au sens des dispositions des articles L. 121-2 et L. 121-3 du code de la consommation.
11. Par suite, la SA Synergie ne peut utilement soutenir que l'utilisation non-conforme d'un numéro de téléphone surtaxé ne suffit pas à caractériser une pratique commerciale trompeuse de sa part.
En ce qui concerne l'absence d'indication des coordonnées du médiateur :
12. Aux termes de l'article L. 616-1 du code de la consommation : " Tout professionnel communique au consommateur, selon des modalités fixées par décret en Conseil d'Etat, les coordonnées du ou des médiateurs compétents dont il relève. / Le professionnel est également tenu de fournir cette même information au consommateur, dès lors qu'un litige n'a pas pu être réglé dans le cadre d'une réclamation préalable directement introduite auprès de ses services ". Aux termes de l'article L. 641-1 du même code : " Tout manquement aux obligations d'information mentionnées aux articles L. 616-1 et L. 616-2 est passible d'une amende administrative dont le montant ne peut excéder 3 000 euros pour une personne physique et 15 000 euros pour une personne morale dans les conditions prévues au chapitre II du titre II du livre V ".
13. La SA Synergie fait valoir que l'amende de 5 000 euros qui lui a été infligée à raison de l'absence d'indication des coordonnées du médiateur est disproportionnée dès lors qu'elle a procédé aux rectifications adéquates et que les plaintes déposées par ses clients sont très peu nombreuses.
14. Il résulte toutefois de l'instruction, notamment du procès-verbal de constatation de manquement du 17 juin 2021 réalisé par l'inspectrice de la concurrence, consommation et de la répression des fraudes à l'issue de l'enquête administrative dont la SA Synergie a fait l'objet, que celle-ci n'avait indiqué les coordonnées et les références du site Internet du médiateur d'entreprise ni dans les clauses du contrat d'assurances " marquage antivol et garanties supplémentaires " qu'elle proposait, ni sur son site Internet.
15. Il résulte également de l'instruction que, pour prononcer une amende 5 000 euros à raison de ce manquement, la directrice départementale de la protection des populations du Nord a tenu compte de la taille de la société et de la nature du manquement constaté qui nuit à l'information loyale des consommateurs ainsi qu'au respect de leurs droits.
16. Enfin, le ministre de l'économie, des finances et de l'industrie fait valoir que des plaintes ont été déposées par les consommateurs pour ces faits et que la société requérante ne pouvait ignorer ses obligations en matière de médiation compte tenu de l'ancienneté des dispositions législatives en cause.
17. Dans ces conditions, et alors même que la SA Synergie aurait, postérieurement au contrôle, procédé aux rectifications nécessaires pour se conformer à ses obligations et que le nombre de plaintes serait faible, le montant de l'amende prononcée pour le manquement relatif à l'absence d'indication des coordonnées du médiateur ne présente pas un caractère disproportionné.
18. Il résulte de tout ce qui précède que la SA Synergie n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Lille a rejeté sa demande. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'annulation ainsi que celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
DECIDE :
Article 1er : La requête de la SA Synergie est rejetée.
Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à la société anonyme Synergie et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.
Copie en sera adressée au préfet du Nord.
Délibéré après l'audience publique du 24 avril 2025 à laquelle siégeaient :
- M. François-Xavier Pin, président assesseur, assurant la présidence de la formation de jugement en application de l'article R. 222-26 du code de justice administrative,
- M. Jean-François Papin, premier conseiller,
- Mme Alice Minet, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 mai 2025.
La rapporteure,
Signé : A. Minet Le président de la
formation de jugement,
Signé : F.-X. Pin
La greffière,
Signé : E. Héléniak
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Par délégation,
La greffière,
Elisabeth Héléniak
N°24DA01153
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026