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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA59-24DA01209

Cour administrative d'appel de Douai — Décision N° CAA59-24DA01209

vendredi 11 avril 2025

JuridictionCour administrative d'appel de Douai
SectionCour administrative d'appel de Douai
N° DossierCAA59-24DA01209
TypeOrdonnance
PublicationD
FormationJuge des référés
Avocat requérantDANSET-VERGOTEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B A a demandé au tribunal administratif de Lille d'annuler l'arrêté du 16 juin 2023 par lequel le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un certificat de résidence, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Par un jugement no 2309579 du 18 avril 2024, le tribunal administratif de Lille a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 21 juin 2024, M. A, représenté par Me Danset-Vergoten, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 16 juin 2023 du préfet du Nord ;

3°) d'enjoindre au préfet du Nord, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de lui enjoindre de réexaminer sa demande ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros, à verser à son conseil, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne le refus de renouvellement du titre de séjour :

- il est insuffisamment motivé ;

- il n'a pas été précédé d'un examen particulier de sa situation ;

- il méconnaît les stipulations du 7° de l'article 6 de l'accord relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles du 27 décembre 1968 ;

- il méconnaît les stipulations du 5° de l'article 6 de ce même accord et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle illégale en raison de l'illégalité du refus de renouvellement du titre de séjour ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation ;

- elle méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays renvoi :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle est insuffisamment motivée.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 mai 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

2. En l'espèce, M. B A, ressortissant algérien né en 1993 en Algérie, est entré en France le 27 janvier 2019 sous couvert d'un visa court séjour. Il s'est vu délivrer un premier certificat de résidence algérien d'un an portant la mention " vie privée et familiale ", sur le fondement des stipulations du 7° de l'article 6 de l'accord franco-algérien visé ci-dessus, valable du 16 juillet 2020 au 15 juillet 2021, renouvelé une fois jusqu'au 5 juillet 2022. Le 9 juin 2022, il a sollicité le renouvellement de son certificat de résidence, sur le même fondement. Par un arrêté du 16 juin 2023, le préfet du Nord a refusé de faire droit à sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et l'a interdit de retour sur le territoire français pendant un an. M. A fait appel du jugement no 2309579 du 18 avril 2024 par lequel le tribunal administratif de Lille a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

Sur les moyens communs aux décisions attaquées :

3. En premier lieu, il ressort de l'arrêté en litige que celui-ci mentionne les considérations de droit, soit les stipulations du 7° de l'article 6 de l'accord franco-algérien visé ci-dessus et de fait, à savoir la possibilité de bénéficier effectivement d'un traitement approprié en Algérie, sur lesquelles le préfet du Nord s'est fondé pour refuser à l'intéressé le renouvellement de son titre de séjour. En outre, l'obligation de quitter le territoire français ayant été prise en conséquence d'un refus de renouvellement de titre de séjour suffisamment motivé et édicté sur le fondement du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, elle n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte en application des dispositions de l'article L. 613-1 du même code. De surcroît, l'arrêté en litige vise les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mentionne la nationalité de M. A et fait état de ce qu'il n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à ces mêmes stipulations en cas de retour dans son pays d'origine, soit les considérations de droit et de fait sur lesquelles le préfet du Nord a fondé sa décision fixant le pays de renvoi, qui l'a donc suffisamment motivée. Enfin, l'arrêté en litige comporte les considérations de droit, à savoir les dispositions des articles L. 612-8 et L. 612 10 du code de l'entrée et code et énonce, de manière suffisamment circonstanciée, les considérations de fait prises en compte par le préfet du Nord au regard de l'ensemble des critères énoncés à l'article L. 612-10 de ce code pour justifier sa décision portant interdiction de retour sur le territoire français qui est ainsi suffisamment motivée.

4. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier et en particulier des termes mêmes de l'arrêté en litige, qui mentionne des éléments précis relatifs à la situation de l'appelant, que le préfet du Nord a procédé à un examen particulier de sa demande, compte tenu des informations portées à sa connaissance.

Sur le refus d'admission au séjour :

5. En premier lieu, en l'absence de nouveaux éléments, en cause d'appel, de nature à remettre en cause l'appréciation du tribunal quant à la possibilité de bénéficier effectivement d'un traitement approprié en Algérie, il y a lieu, par adoption des motifs retenus à bon droit par le tribunal aux points 6 à 9 de son jugement, d'écarter le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du 7° de l'article 6 de l'accord franco-algérien visé ci-dessus.

6. En second lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A est entré en France en janvier 2019 et qu'il a été admis au séjour en raison de son état de santé, sur le fondement des stipulations du 7° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, jusqu'à ce qu'un refus de renouvellement de son certificat de résidence lui soit opposé par la décision attaquée. Si M. A peut se prévaloir de ses efforts réalisés en vue de son insertion sociale et professionnelle en dépit de son état de santé, ainsi qu'en attestent son obtention au titre de l'année universitaire 2021-2022 d'un diplôme d'accès aux études universitaires et son inscription en licence d'administration économique et sociale, ses activités bénévoles au sein d'une association d'aide aux personnes sans abri et ses perspectives de recrutement dans un établissement hôtelier, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé est célibataire et sans enfant. Il n'est en outre pas établi qu'il serait dans l'impossibilité de se réinsérer en Algérie, où, ainsi que le tribunal l'a jugé à bon droit comme mentionné au point 5 de la présente ordonnance, il peut effectivement bénéficier du traitement approprié requis par son état de santé, pays où il a en outre vécu jusqu'à l'âge de 25 ans et où réside son père. Dans ces conditions et compte tenu du caractère récent de son séjour en France, le préfet du Nord n'a, en refusant d'admettre M. A au séjour, ni méconnu les stipulations du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur la situation personnelle de l'appelant.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, compte tenu de ce qui précède, la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut être regardée comme illégale en conséquence de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour dont le requérant a fait l'objet.

8. En second lieu, pour les motifs énoncés aux points 5 et 6, le préfet du Nord n'a, en obligeant M. A à quitter le territoire français, méconnu ni les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable au litige, ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il n'a pas davantage entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. A.

Sur la décision fixant le pays de renvoi et l'interdiction de retour sur le territoire français :

9. En premier lieu, compte tenu de ce qui précède, la décision fixant le pays de renvoi et l'interdiction de retour sur le territoire français ne peuvent être regardées comme illégales en conséquence de l'illégalité du refus de titre de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français dont le requérant a fait l'objet.

10. En second lieu, compte tenu des motifs énoncés aux points 5 et 6, la décision fixant le pays de renvoi ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur la situation personnelle de M. A.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de M. A est manifestement dépourvue de fondement. Par suite, elle doit être rejetée en application des dispositions du dernier alinéa l'article R. 222-1 du code de justice administrative, y compris les conclusions aux fins d'injonction et celles relatives aux frais de l'instance.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, au ministre de l'intérieur et à Me Danset-Vergoten.

Copie en sera adressée au préfet du Nord.

Fait à Douai le 11 avril 2025.

Le président de la 2ème chambre

Signé : Benoît Chevaldonnet

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

par délégation,

La greffière

N°24DA01209

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