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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA59-24DA01386

Cour administrative d'appel de Douai — Décision N° CAA59-24DA01386

jeudi 31 juillet 2025

JuridictionCour administrative d'appel de Douai
SectionCour administrative d'appel de Douai
N° DossierCAA59-24DA01386
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
Formation1re chambre - formation à 3
Avocat requérantPEREIRA

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Sous le n° 24DA01386 :

Procédure contentieuse antérieure :

M. C D a demandé au tribunal administratif d'Amiens d'annuler l'arrêté du 27 mars 2024 par lequel le préfet de l'Aisne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit et de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Par un jugement n° 2401238 du 22 mai 2024, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif d'Amiens a rejeté sa requête.

Procédure devant la cour :

Par une requête et des pièces enregistrées le 15 juillet 2024, 22 et 29 juillet 2024, 3 et 23 septembre 2024 sous le n°24DA01386, M. C D représenté par Me Perreira, avocat, demande à la cour :

1°) d'annuler le jugement n° 2401238 du 22 mai 2024 du tribunal administratif d'Amiens ;

2°) d'annuler l'arrêté du 27 mars 2024 par lequel le préfet de l'Aisne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

M. D soutient que :

- l'arrêté en litige méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'arrêté en litige méconnaît l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense enregistré le 31 juillet 2024, le préfet de l'Aisne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 4 juillet 2024.

II. Sous le n° 25DA00141 :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme G E, épouse D, a demandé au tribunal administratif d'Amiens d'une part, d'annuler l'arrêté du 4 juillet 2024 par lequel le préfet de l'Aisne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination et d'autre part, d'enjoindre au préfet de l'Aisne de lui délivrer le titre de séjour sollicité dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à défaut, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente du réexamen de sa situation.

Par un jugement n° 2403031 du 5 décembre 2024, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif d'Amiens a rejeté sa requête.

Procédure devant la cour :

Par une requête et des pièces enregistrées les 22 janvier 2025, 3 février 2025, et 7 et 13 mars 2025 sous le n° 25DA00141, Mme E, représentée par Me Perreira, avocate, demande à la cour :

1°) d'annuler le jugement n° 2403031 du 5 décembre 2024 du tribunal administratif d'Amiens ;

2°) d'annuler l'arrêté du 4 juillet 2024 en tant que le préfet de l'Aisne a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Aisne de lui délivrer le titre de séjour sollicité dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à défaut, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente du réexamen de sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Mme E soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'est pas explicable, dès lors qu'elle bénéficiait précédemment d'un titre de séjour en tant qu'étranger malade ;

- le refus de titre de séjour en tant qu'étranger malade est lié à l'interpellation de son mari ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- les motifs de la décision sont entachés d'erreur de fait, dès lors qu'elle bénéficiait d'un contrat de travail jusqu'au 12 août 2024 ;

- sa situation personnelle n'a pas été prise en considération ;

- la décision d'éloignement méconnaît l'intérêt supérieur de ses enfants, dont l'un bénéficie de la nationalité française ;

-la décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- son fils A, qui présente un diagnostic autistique, bénéficie actuellement d'un suivi qui n'existe pas en Côte d'Ivoire.

Par un mémoire en défense enregistré le 18 février 2025, la préfète de l'Aisne conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Mme E a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 janvier 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. F a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant ivoirien, né le 10 septembre 1980, déclare être entré sur le territoire français avec un visa Schengen le 13 août 2015. A la suite de son interpellation, par l'arrêté litigieux du 27 mars 2024, le préfet de l'Aisne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a fixé la Côte d'Ivoire comme pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit. Par le jugement attaqué du 22 mai 2024, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif d'Amiens tribunal administratif d'Amiens a rejeté sa requête dirigée contre cet arrêté.

2. Mme E, épouse D, ressortissante ivoirienne née le 23 août 1983, est entrée irrégulièrement en France en 2014 selon ses déclarations. Elle a bénéficié d'un titre de séjour en qualité d'étranger malade entre 2019 et 2024. Le 18 janvier 2024, Mme E a demandé le renouvellement de son titre de séjour selon les mêmes conditions. Toutefois, par l'arrêté du 4 juillet 2024 que le préfet de l'Aisne a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a notamment fait obligation de quitter le territoire français. Par le jugement attaqué du 5 décembre 2024, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif d'Amiens a rejeté sa requête dirigée contre cet arrêté.

Sur la jonction :

3. Les requêtes de M. D et de Mme E concernent les situations des membres d'une même famille. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul arrêt.

Sur l'instance n° 24DA01386 :

4. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. Il ressort des pièces du dossier que M. D est entré en France le 13 août 2015 muni d'un visa de court séjour valable jusqu'au 10 septembre 2015. L'intéressé a été interpelé le 26 mars 2024, dans le cadre d'investigations concernant des faits de recel de vol, lors desquelles M. D n'a pas été en mesure de justifier de la régularité de son séjour en France. S'il soutient avoir le centre de ses intérêts privés et familiaux en France depuis 2015 avec son épouse, leur enfant, ainsi que l'enfant de son épouse né d'une précédente union, les éléments qu'il produit ne justifient pas l'ancienneté de son séjour en France. De plus, si M. D se prévaut de son mariage en France le 14 janvier 2023, celui est récent à la date de la décision attaquée, De même, si l'intéressé fait valoir que son épouse et lui ont un enfant commun né en 2018, il est constant que le couple n'entretient une vie commune que depuis 2022 et il n'est pas contesté que l'épouse de M. D a fait également l'objet d'une mesure d'éloignement depuis le 4 juillet 2024. Par ailleurs, M. D n'établit nullement, par les éléments qu'il produit à hauteur d'appel et dont certains sont postérieurs à la décision attaquée, avoir tissé des liens sociaux, amicaux ou professionnels d'une intensité particulière avec la France depuis arrivée en 2015. Enfin, si le requérant soutient que ses deux sœurs vivent en France, il ne saurait être dépourvu de toute attache dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de trente-cinq ans. Dans ces conditions, M. D n'est pas fondé à soutenir que le préfet a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et qu'il a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

6. En deuxième lieu, l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 stipule : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

7. M. D soutient qu'il s'occupe de son enfant depuis sa naissance en 2018, ainsi que de l'enfant de son épouse né en 2010 d'une précédente union. Toutefois, il n'apporte aucun élément probant justifiant de la réalité de ses allégations, d'autant plus que leur vie commune ne remonte qu'à 2022. En tout état de cause, alors que son épouse de même nationalité est également en situation irrégulière, la décision en litige n'a pas pour objet de séparer la cellule familiale qui pourra se reconstituer dans le pays d'origine de M. D. Par suite et au regard de ce qui a été dit au point 5, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.

8. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que le magistrat désigné par le président du tribunal administratif d'Amiens a rejeté sa requête. Il s'ensuit que ses conclusions à fin d'annulation, ainsi que celles présentées au titre des frais de l'instance, doivent être rejetées.

Sur l'instance n° 25DA00141 :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

9. En premier lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat () ".

10. Sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve à l'une des parties, il appartient au juge administratif, au vu des pièces du dossier, d'apprécier si l'état de santé d'un étranger nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve de l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. Pour déterminer si un étranger peut bénéficier effectivement dans le pays dont il est originaire d'un traitement médical approprié au sens des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il convient de s'assurer, eu égard à la pathologie de l'intéressé, de l'existence d'un traitement approprié et de sa disponibilité dans des conditions permettant d'y avoir accès, et non de rechercher si les soins dans le pays d'origine sont équivalents à ceux offerts en France ou en Europe.

11. Aux termes de son avis du 3 avril 2024, le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a considéré que si Mme E nécessite bien une prise en charge médicale dont le défaut de prise en charge peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, l'intéressée peut néanmoins bénéficier d'un traitement approprié en Côte d'Ivoire. Il ressort des motifs de la décision attaquée que le préfet de l'Aisne, après avoir cité l'avis du collège de médecins, s'en est approprié les termes pour refuser le droit au séjour à Mme E sur le fondement des dispositions précitées. Mme E se borne à soutenir que l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'est pas explicable, dès lors qu'elle bénéficiait précédemment de plusieurs titres de séjour en tant qu'étranger malade, mais elle n'apporte aucune argumentation, ni aucune précision de nature à contester utilement l'avis du 3 avril 2024 et les éléments qu'elle verse aux débats ne remettent pas en cause les conclusions de cet avis. Dans ces conditions, Mme E n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que le préfet de l'Aisne lui a refusé le titre de séjour sollicité.

12. En deuxième lieu, si Mme E soutient que le refus de titre de séjour en tant qu'étranger malade est lié à l'interpellation de son mari le 26 mars 2024, il résulte des termes de la décision en litige que le préfet a refusé le droit au séjour de Mme E en se fondant exclusivement sur les conditions définies par les dispositions de l'article L. 425-9 précité, ainsi que sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatif au droit au séjour des étrangers. Dans ces conditions, le motif tiré de ce que l'époux de Mme E a été interpellé pour des faits de recel de vol le 26 mars 2024 est surabondant et, en tout état de cause, sans lien avec la décision lui refusant le droit au séjour. Par suite, le moyen du détournement de pouvoir, à le supposer soulevé, doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

13. En premier lieu, il ne ressort pas des termes de la décision en litige que le préfet n'a pas procédé à un examen approfondi de la situation personnelle de Mme E. Par suite, le moyen doit être écarté.

14. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

15. Il résulte de ce qui a été dit au point 11 que si Mme E a bénéficié précédemment de plusieurs titres de séjour l'ayant conduite à résider régulièrement en France entre 2019 et 2024, l'intéressée ne justifie plus des conditions légales lui permettant de rester en France. Si Mme E soutient qu'elle est insérée professionnellement, elle se borne à produire deux contrats d'insertion à durée déterminée concernant une période du 3 octobre 2023 au 12 août 2024. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que son époux fait également l'objet d'une mesure d'éloignement. De même, l'appelante ne justifie pas avoir tissé des liens amicaux ou sociaux d'une particulière intensité avec la France, en dehors de ceux qu'elle entretient avec son mari et ses enfants, ainsi que de relations qu'elle entretiendrait en France avec un frère, également en situation irrégulière, et une sœur, laquelle résiderait régulièrement en France. Mme E n'est pas dépourvue d'attaches en Côte d'Ivoire où elle a vécu jusqu'à l'âge de trente-et-un ans et où résident toujours ses parents. Enfin, la décision en litige n'a pas pour effet de la séparer de son fils de nationalité française alors qu'aucun élément ne permet de considérer que celui-ci entretiendrait des relations avec son père français. La cellule familiale pourra se reconstituer en Côte d'Ivoire, pays dont Mme E, son mari et leur enfant A ont la nationalité. Par suite, Mme E n'est pas fondée à soutenir que la décision en litige méconnaît les stipulations précitées.

16. En troisième lieu, l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 stipule : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

17. Si Mme E soutient que la mesure d'éloignement a pour effet de porter préjudice à son fils A, au motif que la Côte d'Ivoire ne dispose pas d'établissement scolaires adaptés aux enfants souffrant de troubles autistiques, elle n'apporte aucun élément à l'appui d'une telle argumentation. De même, si l'appelante fait également valoir que son fils ainé B, de nationalité française et âgé de quatorze ans à la date de la décision attaquée, devra " appréhender une langue qu'il ne maîtrise pas " et sera sans repère et sans logement stable, elle n''apporte aucun élément ou précision visant à établir la réalité de telles allégations, alors au demeurant que le jeune B est né et a grandi en Côte d'Ivoire jusqu'à l'âge de quatre ans. En outre, elle ne justifie de la scolarisation de son fils B en France qu'en école maternelle entre 2016 et 2018, puis entre 2020 et 2023. Ainsi, par les éléments qu'elle produit, Mme E n'établit pas que la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît l'intérêt supérieur de ses deux enfants.

18. En quatrième et dernier lieu, si Mme E fait valoir que les motifs de la décision sont entachés d'erreur de fait, dès lors qu'elle n'était pas sans emploi à la date de la décision attaquée mais bénéficiait d'un contrat de travail jusqu'au 12 août 2024, il ressort des pièces du dossier qu'en tout état de cause, le préfet aurait pris la même décision s'il n'avait pas commis cette inexactitude matérielle. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.

19. Il résulte de tout ce qui précède que Mme E n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif d'Amiens a rejeté sa demande. Par suite, les conclusions à fin d'annulation, ainsi que celles présentée à fin d'injonction et au titre des frais de l'instance, doivent être rejetées.

DECIDE:

Article 1er : Les requêtes de M. D et de Mme E sont rejetées.

Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. C H D, à Mme G D née E, à Me Pereira et au ministre de l'intérieur.

Copie pour informations sera adressée à la préfète de l'Aisne.

Délibéré après l'audience du 9 juillet 2025, à laquelle siégeaient :

- Mme Ghislaine Borot, présidente de chambre,

- M. Vincent Thulard, premier conseiller,

- M. Damien Vérisson, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 juillet 2025.

Le rapporteur,

Signé : D. F

La présidente de la 1ère chambre,

Signé : G. Borot

La greffière,

Signé : N. Roméro

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.

Pour expédition conforme,

La greffière en chef,

Par délégation,

La greffière,

Nathalie Roméro

Nos 24DA01386 et 25DA00141

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