mercredi 9 juillet 2025
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Douai |
| Section | Cour administrative d'appel de Douai |
| N° Dossier | CAA59-24DA01655 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2e chambre - formation à 3 |
| Avocat requérant | ROBILLARD |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
Mme B A épouse C a demandé au tribunal administratif de Lille d'annuler la décision du 8 juillet 2022 par laquelle l'établissement public de santé mentale (EPSM) Val de Lys-Artois l'a placée en disponibilité d'office pour raison de santé à compter du 26 avril 2022.
Par un jugement n° 2206951 du 27 juin 2024 le tribunal administratif de Lille a annulé la décision du 8 juillet 2022 plaçant l'intéressée en disponibilité d'office pour raison de santé à compter du 26 juillet 2022 et a enjoint à l'EPSM Val de Lys-Artois de réexaminer sa demande de prolongation de congé de longue durée.
Procédure devant la cour :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 8 août 2024, 28 août 2024 et 5 juin 2025, l'EPSM Val de Lys-Artois, représenté par Me Robillard, demande à la cour :
1°) d'annuler le jugement n° 2206951 du 27 juin 2024 du tribunal administratif de Lille ;
2°) de mettre à la charge de Mme C la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le congé de longue durée dont a bénéficié Mme C a été justifié par sa pathologie cancéreuse et non pour une symptomatologie anxiodépressive et la décision de ne pas prolonger ce congé de longue durée est motivée par la guérison de son cancer ;
- ce congé de longue durée ne peut pas être prolongé pour une autre maladie ;
- le tribunal a fait une inexacte application des dispositions de l'article 41 de la loi n°86-33 du 9 janvier 1986 ;
- le secret médical faisant obstacle à ce que l'administration mentionne la pathologie sur les décisions attributives de congés, Mme C n'est pas fondée à soutenir que sa maladie n'est pas mentionnée sur la décision attaquée ;
- la pathologie anxiodépressive de l'agent ne présente pas un caractère de gravité suffisant pour qu'elle bénéficie d'un congé de longue maladie ;
- les autres moyens soulevés par Mme C en première instance, tirés de l'incompétence du signataire de la décision du 8 juillet 2022 et de son insuffisante motivation, ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 avril 2025, Mme C, représentée par Me Lacherie, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de l'EPSM Val de Lys-Artois au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par l'EPSM Val de Lys-Artois ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;
- le décret n° 88-386 du 19 avril 1988 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Guillaume Vandenberghe, premier conseiller,
- les conclusions de Mme Caroline Regnier, rapporteure publique,
- et les observations de Me Robillard, représentant l'EPSM Val de Lys-Artois et de Me Lacherie, représentant Mme C.
Considérant ce qui suit :
1. Par sa requête, l'établissement public de santé mentale (EPSM) Val de Lys-Artois demande à la cour d'annuler le jugement n° 2206951 du 27 juin 2024 par lequel le tribunal administratif de Lille a annulé sa décision du 8 juillet 2022 plaçant Mme C en disponibilité d'office pour raison de santé à compter du 26 juillet 2022 et lui a enjoint de réexaminer la demande de l'intéressée de prolongation de congé de longue durée.
Sur le bien-fondé du jugement attaqué :
2. Aux termes de l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986, dans sa rédaction applicable au litige : " Le fonctionnaire en activité a droit : / () / 3° A des congés de longue maladie d'une durée maximale de trois ans dans les cas où il est constaté que la maladie met l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions, rend nécessaires un traitement et des soins prolongés et présente un caractère invalidant et de gravité confirmée. Le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement pendant un an ; le traitement est réduit de moitié pendant les deux années qui suivent. L'intéressé conserve, en outre, ses droits à la totalité du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence. / Le congé de longue maladie peut être utilisé de façon continue ou discontinu / () / Le fonctionnaire qui a obtenu un congé de longue maladie ne peut bénéficier d'un autre congé de cette nature s'il n'a pas auparavant repris l'exercice de ses fonctions pendant un an / () / 4° A un congé de longue durée, en cas de tuberculose, maladie mentale, affection cancéreuse, poliomyélite ou déficit immunitaire grave et acquis, de trois ans à plein traitement et de deux ans à demi-traitement () / Sauf dans le cas où le fonctionnaire ne peut être placé en congé de longue maladie, le congé ne peut être attribué qu'à l'issue de la période rémunérée à plein traitement d'un congé de longue maladie. Cette période est réputée être une période du congé de longue durée accordé pour la même affection. Tout congé attribué par la suite pour cette affection est un congé de longue durée () ". Aux termes de l'article 20 du décret du 19 avril 1988 relatif aux conditions d'aptitude physique et aux congés de maladie des agents de la fonction publique hospitalière : " Lorsqu'un fonctionnaire a bénéficié d'un congé de longue durée au titre de l'une des affections énumérées () ci-dessus, tout congé accordé par la suite pour la même affection est un congé de longue durée dont la durée s'ajoute à celle du congé déjà attribué. / Si le fonctionnaire contracte une autre affection ouvrant droit à un congé de longue durée, il a droit à l'intégralité d'un nouveau congé de longue durée. ". Aux termes de l'article 35 du même décret, dans sa version applicable au litige : " Le fonctionnaire ne pouvant, à l'expiration de la dernière période de congé de longue maladie ou de longue durée, reprendre son service est soit admis au bénéfice de la période de préparation au reclassement ou reclassé dans les conditions prévues par le décret n° 89-376 du 8 juin 1989 pris pour l'application de la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière et relatif au reclassement des fonctionnaires pour raisons de santé, soit mis en disponibilité, soit admis à la retraite après avis du conseil médical. / Pendant toute la durée de la procédure requérant l'avis du conseil médical le paiement du demi-traitement est maintenu jusqu'à la date de la décision de reprise de service ou de réintégration, de reclassement, de mise en disponibilité ou d'admission à la retraite ".
3. Il ressort des pièces du dossier que Mme C, infirmière employée à l'EPSM Val de Lys-Artois, s'est vue diagnostiquer un adénocarcinome du sein gauche au cours du mois de mars 2020. Au titre de cette pathologie, l'EPSM a, par une décision du 2 novembre 2020, placé l'intéressée en congé de longue maladie pour une durée d'un an du 20 avril 2020 au 19 avril 2021. Le 16 février 2021, Mme C a sollicité le bénéfice d'un congé de longue durée. Il ressort des termes du certificat médical établi le même jour par le médecin de l'intéressée ainsi que de ceux du rapport daté du 28 avril 2021 de l'expertise réalisée dans le cadre de l'instruction de la demande de Mme C, que ce congé de longue durée a été sollicité en raison d'une symptomatologie anxiodépressive, les troubles psychiatriques dont elle souffre ne lui permettant pas la reprise de ses activités professionnelles. L'expertise complémentaire réalisée par un médecin psychiatre à la demande des membres du conseil médical à l'issue de la séance du 1er juillet 2021 de cette instance mentionne quant à elle l'existence d'une dépression réactionnelle, qui ne justifie toutefois pas, selon l'expert, l'octroi d'un congé de longue durée. Il apparaît par ailleurs que les traitements afférents à l'adénocarcinome dont souffrait l'intéressée étaient achevés à la date de sa demande de congé et par suite de sa demande de renouvellement le 16 décembre 2021. Dans ces circonstances, le congé de longue durée octroyé initialement à Mme C pour une durée totale de douze mois à compter du 20 avril 2021 par une décision du 1er décembre 2021 et renouvelé pour une durée de deux mois et six jours par une décision du 8 juillet 2022 ne l'a pas été en raison de l'adénocarcinome dont l'intimée a souffert, contrairement à ce que fait valoir l'EPSM, qui ne pouvait donc se fonder sur la constatation médicale de la rémission de ce cancer pour refuser de prolonger ledit congé, mais en raison d'un syndrome anxio-dépressif. En tout état de cause, le fonctionnaire qui, après avoir bénéficié d'un congé de longue durée au titre de l'une des maladies mentionnées par l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986 précité contracte une autre de ces maladies, est en droit de prétendre, dans la mesure où son état de santé le requiert, à l'intégralité d'un nouveau congé de longue durée sans que la durée de congé précédent puisse être imputée sur celle du nouveau congé. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier, d'une part, qu'à la date de la décision attaquée, Mme C ne souffrirait plus d'un symptôme anxio-dépressif la plaçant dans l'incapacité d'accomplir son activité professionnelle, l'expertise médicale réalisée le 3 août 2022 à la demande de l'EPSM soulignant l'existence d'un " syndrome anxio-dépressif qui empêche Mme C de reprendre une quelconque activité professionnelle " et, d'autre part, que l'intéressée aurait épuisé ses droits statutaires à congé de longue durée au titre d'une telle affection. Par suite, l'EPSM Val de Lys-Artois ne pouvait, sans méconnaître les dispositions citées au point précédent, placer Mme C en disponibilité d'office pour raison de santé par la décision litigieuse du 8 juillet 2022.
4. Il résulte de ce qui précède que l'EPSM Val de Lys-Artois n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Lille a annulé sa décision du 8 juillet 2022 plaçant Mme C en disponibilité d'office pour raison de santé et lui a enjoint de réexaminer la demande de prolongation de congé de longue durée de l'intéressée.
Sur les frais liés à l'instance :
5. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme C, qui n'est pas la partie perdante à l'instance, la somme que l'EPSM Val de Lys-Artois demande à ce titre. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du l'EPSM Val de Lys-Artois le versement à Mme C de la somme de 2 000 euros qu'elle demande au titre de ces dispositions.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête du l'EPSM Val de Lys-Artois est rejetée.
Article 2 : L'EPSM Val de Lys-Artois versera à Mme C la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent arrêt sera notifié à l'EPSM Val de Lys-Artois et à Mme B C.
Délibéré après l'audience publique du 24 juin 2025 à laquelle siégeaient :
- M. Benoît Chevaldonnet, président de chambre,
- M. Laurent Delahaye, président-assesseur,
- M. Guillaume Vandenberghe, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 juillet 2025.
Le rapporteur,
Signé : G. Vandenberghe Le président de chambre,
Signé : B. Chevaldonnet
La greffière,
Signé : A.S. Villette
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé, des solidarités et des familles en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
par délégation,
La greffière
N°24DA01655
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026