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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA59-24DA01892

Cour administrative d'appel de Douai — Décision N° CAA59-24DA01892

mercredi 17 septembre 2025

JuridictionCour administrative d'appel de Douai
SectionCour administrative d'appel de Douai
N° DossierCAA59-24DA01892
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
Formation3e chambre - formation à 3
Avocat requérantSELARL MARY & INQUIMBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A B a demandé au tribunal administratif de Rouen d'annuler pour excès de pouvoir, d'une part, l'arrêté du 17 avril 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, d'autre part, un premier arrêté du 12 mai 2024 par lequel cette même autorité lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un mois, et enfin un second arrêté du même jour prononçant son assignation à résidence pour une période de quarante-cinq jours.

M. B a également demandé au tribunal administratif de Rouen d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer une carte de séjour dans un délai de trente jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard.

Par un jugement n° 2401840 du 17 mai 2024, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Rouen a réservé l'examen des conclusions d'annulation de la décision du 17 avril 2023 de refus de séjour jusqu'à ce qu'il y soit statué par une formation collégiale du tribunal et a rejeté le surplus des conclusions d'annulation des autres décisions.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 16 septembre 2024, M. B, représenté par Me Antoine Mary, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler les décisions contenues dans l'arrêté du 12 mai 2024, par lesquelles le préfet de la Seine-Maritime lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un mois ;

3°) d'annuler l'arrêté du 12 mai 2024, par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;

4°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer une carte de séjour temporaire valable un an, dans un délai de trente jours à compter de l'arrêt à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat, une somme de 1 500 euros hors taxes sur le fondement de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à Me Mary, sous réserve de sa renonciation au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision refusant un délai de départ volontaire méconnaît les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement est entachée d'illégalité en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire qui la fonde ;

- elle méconnaît l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;

- la décision interdisant tout retour sur le territoire français pour une durée d'un mois est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français qui la fonde ;

- elle a été prise en méconnaissance de son droit d'être entendu, principe général du droit de l'Union européenne ;

- elle méconnaît l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'intérêt supérieur de l'enfant reconnu par les stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;

- la décision d'assignation à résidence est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français qui la fonde ;

- elle a été prise en méconnaissance de son droit d'être entendu, principe général du droit de l'Union européenne ;

- elle est entachée d'erreur de droit en regard des dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 février 2025, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 août 2024.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Quint, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant albanais né le 8 mars 1984, déclare être entré irrégulièrement en France en septembre 2017, accompagné de son épouse et de leur premier enfant alors âgé de quatre ans. Le couple a, tout d'abord, déposé une première demande d'asile, rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 22 janvier 2018, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 15 janvier 2019. M. B a ensuite déposé une demande de titre de séjour pour raison de santé. Par un arrêté du 17 juin 2021, le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande d'admission au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire et a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office de la mesure d'éloignement. La légalité de ces décisions a été confirmée par un jugement n° 2104902 du tribunal administratif de Rouen du 10 mars 2022 puis par une ordonnance n° 22DA01337 du 7 décembre 2022 de la présidente de la 2ème chambre de la cour administrative d'appel de Douai. N'ayant pas déféré à la première mesure d'éloignement, M. B a fait l'objet d'une deuxième obligation de quitter le territoire français prononcée par arrêté du 24 octobre 2022 du préfet de la Seine-Maritime, annulée par un jugement n°s 2204285, 2204286 du tribunal administratif de Rouen du 31 octobre 2022. Tenu de réexaminer la situation de M. B, le préfet de la Seine-Maritime a, le 17 avril 2023, refusé son admission au séjour, décision que l'intéressé a contestée auprès de ce même tribunal, par une requête enregistrée sous le n° 2303188. Par ailleurs, par deux arrêtés pris le 12 mai 2024, le préfet de la Seine-Maritime, d'une part, a de nouveau obligé M. B à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'un mois, d'autre part, l'a assigné à résidence pour une période

de quarante-cinq jours.

2. Par un jugement n° 2401840 du 17 mai 2024, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Rouen a réservé l'examen des conclusions d'annulation de la décision du 17 avril 2023 de refus de séjour jusqu'à ce qu'il y soit statué par une formation collégiale du tribunal et a rejeté le surplus des conclusions d'annulation des deux arrêtés en date du 12 mai 2024. M. B relève appel de ce jugement en tant que le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Rouen a rejeté sa demande d'annulation de ces deux arrêtés précités du 12 mai 2024.

Sur la légalité de l'arrêté du 12 mai 2024 prononçant une obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et faisant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un mois :

En ce qui concerne la décision faisant obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

4. Il ressort, tout d'abord, des pièces du dossier qu'entré en France en septembre 2017 accompagné de son épouse et de son premier enfant, né en Albanie en 2013, M. B a ensuite été admis au séjour, de même que son épouse, durant l'examen de leurs demandes d'asile, définitivement rejetées le 15 janvier 2019 par la cour nationale du droit d'asile (CNDA). L'intéressé, qui a fait l'objet d'une première décision d'éloignement le 17 juin 2021 prononcée concomitamment à une décision lui refusant un titre de séjour pour raison de santé, s'est maintenu après que le recours exercé contre ces décisions a été définitivement rejeté par la cour de céans. Si l'annulation, par le tribunal administratif de Rouen, d'une nouvelle mesure d'éloignement prononcée le 24 octobre 2022, lui a permis de se maintenir en France, il ressort des motifs de ce jugement que l'annulation de cette mesure était fondée sur la circonstance qu'il n'avait pas encore été statué sur la demande d'asile introduite au bénéfice de son troisième et dernier enfant. A cet égard, si l'appelant persiste à se prévaloir de cette demande de protection, il ressort des pièces du dossier que celle-ci a fait l'objet, le 15 décembre 2023, d'une décision de rejet pour irrecevabilité par la CNDA qui a retenu l'absence d'éléments sérieux. S'il invoque, ensuite, la scolarisation en France de ses deux autres enfants nés en 2013 et 2017, il n'est pas établi qu'ils ne pourraient pas poursuivre leur scolarité dans leur pays d'origine. Par ailleurs, l'appelant ne produit aucun élément quant à l'existence d'autres liens familiaux, ni quant aux liens amicaux, personnels, sociaux, ou associatifs qu'il aurait noués depuis son arrivée en France. En outre, s'il invoque l'accomplissement de plusieurs stages au sein de l'association LHS-Partage, il ne fait état d'aucun élément quant à une activité professionnelle en cours à la date de la décision contestée ou d'une quelconque perspective en la matière. Il ne justifie au demeurant pas d'une insertion favorable dès lors qu'il a fait l'objet, le 28 novembre 2019, d'une condamnation à six mois d'emprisonnement pour des faits de violence sur conjoint ayant entraîné une incapacité totale de travail (ITT) supérieure à huit jours. Enfin, s'il allègue n'avoir plus aucune attache familiale en Albanie du fait des craintes de subir de nouvelles violences de la part des membres de sa propre famille et de celle de son épouse, opposés à leur union, il ne l'établit pas, alors que tant sa demande d'asile que celle de son épouse et de ses trois enfants ont été rejetées. Dans ces conditions, il n'apparaît pas que la décision contestée a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise, en regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

6. Il ressort des pièces du dossier que M. B et son épouse, tous deux de nationalité albanaise, ne bénéficient d'aucun droit au séjour sur le territoire français. S'ils font état de la scolarisation en France de leurs deux enfants mineurs, nés en 2017 et 2019, comme il a été dit au point précédent il n'est pas établi que ceux-ci ne pourraient accompagner leurs parents dans leur pays d'origine, ni qu'ils ne pourraient s'y adapter et y poursuivre leur scolarité. Par suite, le moyen tiré d'une méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

7. En troisième et dernier lieu, et pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 4 et 6, le moyen tiré de l'existence d'une erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

En ce qui concerne la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :

8. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () / () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ".

9. Il ressort des énonciations de la décision contestée, que pour justifier l'absence de délai de départ volontaire, le préfet s'est fondé sur les dispositions du 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en retenant notamment, d'une part, la circonstance, non remise en cause par l'appelant, que l'intéressé a explicitement déclaré qu'il ne se conformerait pas à la mesure d'éloignement prise à son encontre, d'autre part, le constat qu'il s'est soustrait à une précédente mesure d'éloignement édictée par un arrêté du 17 juin 2021. L'un ou l'autre de ces motifs suffit, à lui seul, à justifier qu'il existe un risque que M. B se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français en litige. L'appelant n'est donc pas fondé à soutenir que la détention d'un passeport en cours de validité faisait légalement obstacle à l'application des dispositions précitées des articles L. 612-2 et L.612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Compte tenu de ces circonstances, il ne peut davantage soutenir que cette décision procéderait d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.

10. Pour ces mêmes motifs, il ne peut utilement soutenir qu'une telle décision entre en contradiction avec la mesure d'assignation à résidence prononcée par un arrêté distinct du même jour, qui suppose qu'il dispose de garanties de représentation.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

11. En premier lieu, l'ensemble des moyens soulevés par M. B à l'encontre de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ayant été écartés, il n'est pas fondé à soutenir qu'elle serait entachée d'illégalité. Il n'est donc pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de renvoi serait illégale, par voie d'exception, en raison de l'illégalité de cette mesure d'éloignement.

12. En second lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; () / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".

13. M. B soutient qu'il encourt des risques de traitements inhumains et dégradants au sens de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays, en raison de différents familiaux depuis son mariage. Cependant, les demandes d'asile de M. B et de son épouse ont été rejetées définitivement par l'OFPRA et la CNDA. La demande de réexamen au nom de Mme B, ainsi que la demande d'asile introduite pour leur dernier fils, ont été rejetées comme irrecevables, pour défaut d'éléments sérieux et absence de risques. Par ailleurs, si le requérant soutient que son père a été assassiné par sa belle-famille, le versement au dossier d'un certificat de décès indiquant qu'il a été tué ne suffit pas à caractériser l'existence, pour lui et sa famille, d'une menace actuelle et sérieuse. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un mois :

14. En premier lieu, compte tenu de ce qui a été dit précédemment, l'appelant n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la mesure d'éloignement à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français.

15. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment du procès-verbal d'audition signé par le requérant dans le cadre de la procédure de retenue administrative instituée par les dispositions de l'article L. 813-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que M. B a été entendu le 12 mai 2024 par les services de police. Au cours de cet entretien, il a, en particulier, été interrogé sur son âge, sa nationalité, sa situation de famille, les raisons et les conditions de son départ de son pays d'origine, de son arrivée et de son séjour sur le territoire français et sur l'existence d'une demande de protection internationale. S'il n'a pas été interrogé sur la perspective d'un retour dans son pays d'origine via une nouvelle mesure d'éloignement, ni sur une éventuelle interdiction de retour et sa durée, le requérant a toutefois eu la possibilité de faire valoir utilement les éléments pertinents susceptibles d'influencer la décision du préfet de la Seine-Maritime. Il n'est, dès lors, pas fondé à soutenir que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français a été prise en violation du droit de toute personne d'être entendue préalablement à toute mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement, selon le principe général issu du droit de l'Union européenne.

16. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / () ".

17. Il ressort des énonciations de la décision contestée que, pour décider de prononcer une interdiction de retour et déterminer sa durée, le préfet de la Seine-Maritime a procédé à un examen de la situation de M. B au regard de l'ensemble des critères de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en tenant compte en particulier de l'ancienneté et de ses conditions de séjour en France, de la nature et de l'intensité de ses liens privés et familiaux sur le territoire, de l'intérêt supérieur de ses trois enfants et de ce qu'il représente une menace pour l'ordre public. En l'occurrence, eu égard à la situation de l'intéressé, qui s'est maintenu sur le territoire français en dépit du rejet de sa demande d'asile et d'une précédente mesure d'éloignement, qui, en outre, ne justifie pas d'une insertion sociale particulière et favorable sur le territoire français et dont l'épouse également de nationalité albanaise se trouve elle-même en situation irrégulière sur le territoire français, l'interdiction de retour pour une durée d'un mois prononcée à son encontre ne méconnaît pas les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

18. En dernier lieu, pour les motifs qui ont été précédemment exposés, l'interdiction de retour d'un mois n'est pas contraire aux stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et n'est pas davantage entachée d'erreur d'appréciation tant dans son principe que dans sa durée.

Sur la légalité de l'arrêté du 12 mai 2024 prononçant une assignation à résidence de quarante-cinq jours :

19. En premier lieu, compte tenu de ce qui a été dit précédemment, M. B n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la mesure d'éloignement à l'encontre de la décision portant assignation à résidence.

20. En deuxième lieu et ainsi qu'il a été dit au point 15, M. B a été auditionné le 12 mai 2024 et a alors pu présenter toutes observations utiles préalablement à l'édiction de la décision d'assignation à résidence qu'il conteste. Le moyen tiré d'une méconnaissance de son droit d'être entendu doit ainsi être écarté.

21. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; / () ".

22. Il ressort de la décision attaquée, qui cite expressément les dispositions précitées de l'article L. 731-1, que le préfet de la Seine-Maritime a fondé l'assignation à résidence de M. B, non pas sur le seul constat que l'intéressé aurait été dépourvu de tout document d'identité ou de voyage, mais sur la circonstance que, par un arrêté pris le même jour, il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai. Dans ces conditions, à supposer même que l'intéressé se trouvait en possession d'un passeport valide, la mesure d'assignation à résidence, principalement fondée sur le motif précité et qui est intervenue dans le délai inférieur à trois ans, prévu par les dispositions du 1° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'est entachée d'aucune erreur de droit, ni d'appréciation. En conséquence, il n'apparaît pas davantage que le préfet aurait fait usage, sans nécessité, de cette mesure facultative.

23. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Rouen a rejeté ses demandes. Ses conclusions présentées à fin d'injonction et au titre de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 doivent par suite être également rejetées.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. A B, au ministre de l'intérieur et à Me Antoine Mary.

Copie en sera adressée au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience publique du 2 septembre 2025 à laquelle siégeaient :

- Mme Isabelle Hogedez, présidente de chambre,

- Mme Barbara Massiou, présidente-assesseure,

- M. Alexis Quint, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 septembre 2025.

Le rapporteur,

Signé : A. Quint

La présidente de chambre,

Signé : I. Hogedez

La greffière,

Signé : C. Huls-Carlier

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

par délégation,

La greffière,

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CAA31excès de pouvoir

Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714

Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.

04/05/2026

CAA13excès de pouvoir

Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532

La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".

04/05/2026

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