Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. B... a demandé au tribunal administratif d’Amiens d’annuler l’arrêté du 12 août 2024 par lequel le préfet de l’Aisne lui a refusé la délivrance d’un titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné.
Par un jugement n° 2403463 du 31 janvier 2025, le tribunal administratif d’Amiens a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête, enregistrée le 13 février 2025, M. A..., représenté par Me Khiat Cohen, demande à la cour :
1°) d’annuler ce jugement ;
2°) d’annuler, pour excès de pouvoir, l’arrêté du préfet de l’Aisne en date du 12 août 2024 ;
3°) d’enjoindre au préfet de l’Aisne de lui délivrer un titre de séjour avec autorisation de travail ainsi qu’un récépissé avec autorisation de travail dans un délai de quinze jours à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ou à défaut, de procéder à un nouvel examen sa situation dans un délai d’un mois à compter de la décision à intervenir et de le munir dans cette attente d’une autorisation provisoire de séjour ;
4°) de mettre à la charge de l’État la somme de 2 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l’arrêté attaqué est entaché d’un défaut de motivation ;
- le préfet n’a pas procédé à un examen particulier de sa situation ;
- l’arrêté attaqué méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- il est entaché d’une erreur manifeste d’appréciation au regard des dispositions de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- l’accord entre le gouvernement de la République française et le gouvernement du royaume du Maroc du 9 octobre 1987 ;
- le code de l’artisanat ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
Aux termes du dernier alinéa de l’article R. 222-1 du code de justice administrative : « (…) les présidents des formations de jugement des cours (…) peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter (…), après l’expiration du délai de recours ou, lorsqu’un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d’appel manifestement dépourvues de fondement (…) ».
En l’espèce, M. A..., ressortissant marocain né le 9 mai 1989, déclare être entré en France le 2 mars 2017 sous couvert d’un visa de court séjour de quinze jours. Le 19 mars 2021, l’intéressé a sollicité auprès du préfet de l’Essonne la délivrance d’un titre de séjour portant la mention « salarié ». Par un arrêté du 22 octobre 2021, ce préfet a refusé de délivrer le titre sollicité, a obligé M. A... à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Le 9 novembre 2022, l’intéressé a sollicité son admission exceptionnelle au séjour en qualité de salarié. Par un arrêté du 12 août 2024, le préfet de l’Aisne a refusé de faire droit à sa demande, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il doit être éloigné. M. A... relève appel du jugement du 31 janvier 2025 par lequel le tribunal administratif d’Amiens a rejeté sa demande tendant à l’annulation de cet arrêté.
En premier lieu, l’arrêté en litige mentionne les circonstances de droit, soit les dispositions de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et les stipulations de l’article 3 de l’accord franco-marocain, et celles de fait, à savoir l’absence de considérations particulières justifiant l’admission exceptionnelle au séjour de M. A... eu égard à sa situation professionnelle, personnelle et familiale, sur lesquelles le préfet s’est fondé pour refuser un titre de séjour au requérant. Ce refus est donc suffisamment motivé pour l’application des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l’administration. En outre, l’obligation de quitter le territoire français ayant été prise en conséquence d’un refus de titre de séjour suffisamment motivé et édictée sur le fondement du 3° de l’article L. 611-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, elle n’a pas à faire l’objet d’une motivation distincte en application des dispositions de l’article L. 613-1 du même code. L’arrêté attaqué vise aussi les stipulations de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, mentionne la nationalité de M. A... et fait état de ce qu’il n’établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à ces mêmes stipulations en cas de retour dans son pays d’origine, soit les considérations de droit et de fait sur lesquelles le préfet de l’Aisne a fondé sa décision fixant le pays de renvoi. Celle-ci est donc suffisamment motivée au regard des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l’administration. Au demeurant, l’arrêté attaqué ne saurait être entaché d’un défaut de motivation pour ne pas comporter le rappel d’éléments que l’intéressé regarde comme lui étant favorables et sur lesquels le préfet ne s’est pas fondé.
En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet n’a pas procédé à un examen particulier et complet de la situation de M. A... préalablement à l’édiction de l’arrêté attaqué.
En troisième lieu, l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d'une activité salariée. Dès lors que l’article 3 de l’accord franco-marocain prévoit la délivrance de titres de séjour pour l’exercice d’une activité salariée, un ressortissant marocain souhaitant obtenir un titre de séjour pour une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l’article L. 435-1 de ce code à l’appui d’une demande d’admission au séjour sur le territoire national, s’agissant d’un point déjà traité par l’accord franco-marocain du 9 octobre 1987, au sens de l’article 9 de cet accord.
En l’espèce, eu égard à sa nationalité, M. A... ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance de l’article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
En quatrième lieu, les stipulations de l’accord franco-marocain susvisé n’interdisent pas au préfet, dans l’exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose en la matière, d’apprécier, en fonction de l’ensemble des éléments de la situation personnelle de l’intéressé, l’opportunité d’une mesure de régularisation de la situation d’un ressortissant marocain qui ne remplirait pas les conditions auxquelles est subordonnée la délivrance de plein droit d’un titre de séjour en qualité de salarié.
Il ressort des pièces du dossier que M. A..., présent en France depuis sept ans, y a exercé diverses activités professionnelles, notamment celles d’employé polyvalent et de peintre sans toutefois faire état d’aucune formation ou qualification professionnelle particulière. Si le requérant a aussi pu exercer des fonctions de coiffeur, il ne ressort toutefois pas des pièces du dossier qu’il disposerait d’une qualification professionnelle reconnue pour exercer cette profession réglementée et telle que prévue par les dispositions des articles L. 121-1 et R. 121-2 du code de l’artisanat. Eu égard aux seules qualifications professionnelles de M. A..., aux caractéristiques des emplois qu’il a exercés sur le territoire français, à sa situation personnelle et familiale, le requérant étant célibataire et sans enfant et n’étant pas dépourvu d’attaches dans son pays d’origine, dans lequel il a vécu jusqu’à ses vingt-huit ans et où vivent deux de ses frères, le préfet, en refusant de régulariser sa situation, n’a pas commis d’erreur manifeste d'appréciation.
Eu égard à la situation personnelle et familiale du requérant telle qu’elle est décrite au point précédent et quand bien même un de ses cousins réside en France, l’arrêté attaqué ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de M. A.... Le préfet n’a ainsi pas méconnu les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.
Il résulte de tout ce qui précède que la requête d’appel de M. A... est manifestement dépourvue de fondement. Il y a lieu, par suite, de la rejeter en toutes ses conclusions, y compris celles aux fins d’injonction sous astreinte et celles présentées au titre des frais liés au litige.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B... et au ministre de l’intérieur.
Copie en sera adressée à la préfète de l’Aisne.
Fait à Douai, le 14 janvier 2026.
Le président de la 2ème chambre,
Signé : Benoît Chevaldonnet
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Par délégation,
La greffière,