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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA59-25DA00607

Cour administrative d'appel de Douai — Décision N° CAA59-25DA00607

vendredi 7 novembre 2025

JuridictionCour administrative d'appel de Douai
SectionCour administrative d'appel de Douai
N° DossierCAA59-25DA00607
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge des référés
Avocat requérantDANSET-VERGOTEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme B... A... a demandé au tribunal administratif de Lille d’annuler l’arrêté du 21 juin 2023 par lequel le préfet du Nord a refusé de renouveler son certificat de résidence, l’a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination duquel elle sera éloignée et a interdit son retour sur le territoire français pour une durée d’un an.

Par un jugement n° 2308251 du 7 février 2025, le tribunal administratif de Lille a annulé la décision d’interdiction de retour sur le territoire français et a rejeté le surplus des conclusions de sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 3 avril 2025, Mme A..., représentée par Me Danset-Vergoten, demande à la cour :

1°) d’annuler ce jugement en tant qu’il a rejeté le surplus des conclusions de sa demande ;

2°) d’annuler, pour excès de pouvoir, l’arrêté du préfet du Nord en date du 21 juin 2023 en tant qu’il lui refuse la délivrance d’un certificat de résidence, qu’il l’oblige à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et qu’il fixe le pays de destination ;

3°) d’enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer un certificat de résidence algérien dans un délai d’un mois à compter de la notification de l’arrêt à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa demande, et de lui délivrer, dans l’attente, une autorisation provisoire de séjour l’autorisation à travailler ;

4°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 2 000 euros, à verser à Me Danset-Vergoten, son avocate, sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de renouvellement du certificat de résidence :
- elle est insuffisamment motivée ;
- le préfet n’a pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle ;
- la décision attaquée méconnaît les stipulations du titre III du protocole du 22 décembre 1985 modifié annexé à l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation.

En ce qui concerne l’obligation de quitter le territoire français :
- elle est insuffisamment motivée ;
- le préfet n’a pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle ;
- la décision attaquée méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne des droits de l’homme et des libertés fondamentales et celles du 5° de l’article 6 de l’accord franco-algérien modifié ;
- elle est illégale en raison de l’illégalité, invoquée par voie d’exception, de la décision portant refus de renouvellement du certificat de résidence ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
- elle est illégale, en raison de l’illégalité, invoquée par voie d’exception, de la décision portant refus de renouvellement du certificat de résidence.

Mme A... a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision 6 mars 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- l’accord franco-algérien du 27 décembre 1986 ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.


Considérant ce qui suit :

Aux termes du dernier alinéa de l’article R. 222-1 du code de justice administrative : « (…) les présidents des formations de jugement des cours peuvent (…), par ordonnance, rejeter (…), après l'expiration du délai de recours (…) les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement (…) ».

Mme B... A..., ressortissante algérienne née le 28 août 2000, est entrée en France sous couvert d’un visa de long séjour et s’est vu délivrer un certificat de résidence portant la mention « étudiant » valable à compter du 8 décembre 2020 et renouvelé en dernier lieu jusqu’au 18 février 2023. Le 9 janvier 2023, elle a sollicité un nouveau renouvellement de son certificat de résidence. Par un arrêté du 21 juin 2023, le préfet du Nord a refusé de lui délivrer le titre sollicité, a obligé Mme A... à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination duquel elle sera éloignée et a interdit son retour sur le territoire pour une durée d’un an. Par un jugement n° 2308251 du 7 février 2025, le tribunal administratif de Lille a annulé la mesure d’interdiction de retour sur le territoire français dont l’intéressée a fait l’objet et a rejeté le surplus des conclusions de sa demande tendant à l’annulation de l’arrêté. Mme A... relève appel de ce jugement en tant que le tribunal administratif de Lille a rejeté le surplus des conclusions de sa demande.

En premier lieu, l’arrêté en litige mentionne les circonstances de droit sur lesquelles le préfet s’est fondé, soit les stipulations de l’accord franco-algérien modifié, ainsi que les circonstances de fait qu’il a pris en compte, notamment les deux ajournements de Mme A... lors des examens de deuxième année de licence « électronique, système électrique, automatique », au titre des années 2020-2021 et 2021-2022, ses résultats universitaires et son inscription en deuxième année de licence « génie civil ». La décision de refus de titre de séjour contestée est ainsi suffisamment motivée au regard des dispositions L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l’administration. En outre, l’obligation de quitter le territoire français contestée ayant été prise en conséquence de ce refus suffisamment motivé et sur le fondement du 3° de l’article L. 611-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, elle n’a pas à faire l’objet d’une motivation distincte en application des dispositions de l’article L. 613-1 du même code. Au demeurant, les décisions attaquées ne sauraient être entachées d’un défaut de motivation pour ne pas comporter le rappel d’éléments que Mme A... regarde comme lui étant favorable et sur lesquels le préfet ne s’est pas fondé.

En deuxième lieu, aux termes du titre III du protocole annexé à l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : « Les ressortissants algériens qui suivent un enseignement, un stage ou font des études en France et justifient de moyens d'existence suffisants (bourse ou autres ressources) reçoivent, sur présentation, soit d'une attestation de préinscription ou d'inscription dans un établissement d'enseignement français, soit d'une attestation de stage, un certificat de résidence valable un an, renouvelable et portant la mention "étudiant" ou "stagiaire" (…) ».

Pour l’application de ces stipulations, il appartient à l’autorité administrative, saisie d’une demande de renouvellement d’un titre de séjour présentée par un ressortissant algérien en qualité d’étudiant, de rechercher si l'intéressée peut être raisonnablement regardé comme poursuivant effectivement des études et d’apprécier, sous le contrôle du juge, la réalité et le sérieux des études poursuivies en tenant compte de l’assiduité, de la progression et de la cohérence du cursus suivi.

Il ressort des pièces du dossier que Mme A..., inscrite en deuxième année de licence « électronique, système électrique, automatique » au titre des années universitaires 2020-2021 et 2021-2022, a été ajournée à deux reprises en obtenant des moyennes de 5,95/20 et 6,50/20. L’intéressée s’est alors réorientée en s’inscrivant, pour l’année universitaire 2022-2023, en deuxième année de licence « génie civil ». Toutefois, à la date de l’arrêté attaqué, la requérante n’a obtenu aucun diplôme et n’a validé qu’un semestre universitaire. Dans ces conditions, Mme A... ne peut être regardée comme ayant poursuivi avec sérieux ses études depuis son arrivée en France. Si l’intéressée fait valoir qu’elle dispose d’une promesse de stage en date du 25 octobre 2023 et invoque son inscription en troisième année de licence en génie civil et son admission en première année de master en génie civil, ces éléments, intervenus postérieurement à l’édiction de l’arrêté attaqué, sont sans incidence sur sa légalité. Le préfet du Nord n’a donc pas fait une inexacte application des stipulations précitées du titre III du protocole annexé à l’accord franco-algérien en refusant de renouveler le titre de séjour de l’intéressée, la circonstance qu’elle justifierait de moyens d’existence suffisants étant à cet égard sans incidence.

En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet n’a pas procédé à un examen particulier de la situation de Mme A... préalablement à l’édiction de l’arrêté attaqué.

En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier qu’à la date de l’arrêté attaqué, Mme A... n’est présente en France que depuis trois ans, sous couvert d’un titre de séjour portant la mention « étudiant » ne lui donnant pas vocation à s’y installer durablement. Il apparaît en outre que Mme A... est célibataire et sans charge de famille et si elle se prévaut de liens amicaux en France, elle n’en démontre ni la nature ni l’intensité. Il ne ressort par ailleurs pas des pièces du dossier qu’elle serait dépourvue de tout lien dans son pays d’origine, où résident ses parents, son frère et sa sœur. Dès lors, en refusant le renouvellement de son certificat de résidence, en l’obligeant à quitter le territoire français et en fixant le pays de destination duquel elle sera éloignée, le préfet n’a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Il n’a donc pas méconnu les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ni, en tout état de cause, celles du 5° de l’article 6 de l’accord franco-algérien. Pour les mêmes motifs, le préfet n’a pas entaché son arrêté d’une erreur manifeste d’appréciation.

En cinquième et dernier lieu, l’ensemble des moyens dirigés contre la décision portant refus de renouvellement du certificat de résidence ayant été écarté, Mme A... n’est pas fondée à invoquer, par voie d’exception, son illégalité à l’appui de ses conclusions dirigées contre l’obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays à destination duquel elle sera éloignée.

Il résulte de tout ce qui précède que la requête d’appel de Mme A... est manifestement dépourvue de fondement. Par suite, elle doit être rejetée en application des dispositions du dernier alinéa de l’article R. 222-1 du code de justice administrative, y compris les conclusions aux fins d’injonction et celles relatives aux frais d’instance.


ORDONNE :


Article 1er : La requête de Mme A... est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B... A..., au ministre de l’intérieur et à Me Danset-Vergoten.


Copie en sera adressée au préfet du Nord.


Fait à Douai, le 7 novembre 2025.


Le président de la 2ème chambre,





Signé : Benoît Chevaldonnet


La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
par délégation,
La greffière


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