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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA59-25DA00755

Cour administrative d'appel de Douai — Décision N° CAA59-25DA00755

jeudi 18 décembre 2025

JuridictionCour administrative d'appel de Douai
SectionCour administrative d'appel de Douai
N° DossierCAA59-25DA00755
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge des référés
Avocat requérantDETREZ-CAMBRAI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A... B... a demandé au tribunal administratif d’Amiens, d’une part, d’annuler l’arrêté du 22 octobre 2024 par lequel la préfète de l’Oise lui a refusé un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans, d’autre part, d’enjoindre à la préfète de l’Oise de lui délivrer un titre de séjour portant la mention « parent d’enfant français » ou à défaut « vie privée et familiale » sur le fondement de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile dans un délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard en le munissant d’une autorisation provisoire de séjour.

Par un jugement n° 2404530 du 1er avril 2025, le tribunal administratif d’Amiens a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête sommaire enregistrée le 29 avril 2025, régularisée par un mémoire ampliatif enregistré le 12 mai 2025, et un mémoire complémentaire enregistré le 10 novembre 2025, M. B..., représenté en dernier lieu par Me Detrez-Cambrai, demande à la cour :

1°) d’annuler ce jugement ;

2°) d’annuler l’arrêté du 22 octobre 2024 ;

3°) d’enjoindre au préfet, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement des articles L. 435-1, L. 423-23 ou L. 423-7 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation en lui délivrant une autorisation provisoire de séjour, dans le délai d’un mois à compter de la décision à intervenir et ce, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre la somme de 2 500 euros à la charge de l’Etat en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
- les premiers juges ont commis une erreur manifeste dans l’appréciation de sa situation personnelle et méconnu les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- ils n’ont pas répondu au moyen tiré de la méconnaissance de l’article L. 612-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français sont insuffisamment motivées ;
- elles méconnaissent les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale ;
- le préfet a commis une erreur manifeste d’appréciation dans l’exercice de son pouvoir de régularisation discrétionnaire dès lors qu’il est parent d’un enfant français et d’enfants étrangers en situation régulière ;
- la décision portant refus de titre de séjour méconnaît les articles L. 423-7 et L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la décision fixant le délai de départ volontaire méconnaît l’article L. 612-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- l’interdiction de retour sur le territoire français ne tient pas compte des critères fixés par l’article L. 612-10 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.


M. B... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 11 septembre 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre l’administration et le public ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.


Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l’article R. 222-1 du code de justice administrative : « (…) Les premiers vice-présidents des cours (…) peuvent (…), par ordonnance, rejeter (…) après l’expiration du délai de recours (…) les requêtes d’appel manifestement dépourvues de fondement (…) ».

2. M. B..., ressortissant congolais né le 6 avril 1975 à Brazzaville (République du Congo), est entré en France le 5 octobre 2011 selon ses déclarations. Après le rejet de sa demande d’asile, il a fait l’objet de quatre obligations de quitter le territoire français les 21 mars 2014, 22 décembre 2016, 10 octobre 2019 et 26 août 2021. Le 15 février 2022, M. B..., qui s’est maintenu sur le territoire français, a sollicité son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Par un arrêté du 22 octobre 2024, la préfète de l’Oise a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée de trois ans. Il relève appel du jugement du 1er avril 2025 par lequel le tribunal administratif d’Amiens a rejeté sa demande tendant à l’annulation de cet arrêté.

Sur la régularité du jugement attaqué :

3. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier de première instance que, si M. B... a cité les dispositions de l’article L. 612-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, il n’en a pas invoqué la méconnaissance en relevant qu’il n’entrait pas dans les prévisions de l’article L. 612-2 du même code. Par suite, les premiers juges n’ont pas entaché leur jugement d’un défaut de réponse à un moyen.

4. En second lieu, hormis dans le cas où le juge de première instance a méconnu les règles de compétence, de forme ou de procédure qui s’imposaient à lui et a ainsi entaché son jugement d’une irrégularité, il appartient au juge d’appel non d’apprécier le bien‑fondé des motifs par lesquels le juge de première instance s’est prononcé sur les moyens qui lui étaient soumis mais de se prononcer directement sur les moyens dirigés contre la décision administrative attaquée dont il est saisi dans le cadre de l’effet dévolutif de l’appel. Par suite, M. B... ne peut utilement soutenir, pour contester la régularité du jugement entrepris, que celui-ci serait entaché d’une erreur manifeste d’appréciation de sa situation personnelle et d’une méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.

Sur le bien-fondé du jugement :

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

5. En premier lieu, M. B... n’a présenté en première instance aucun moyen de légalité externe à l’appui de ses conclusions dirigées contre la décision par laquelle il s’est vu refuser un titre de séjour. Il s’en infère qu’il n’est pas recevable, en appel, à soutenir que cette décision serait entachée d’un défaut de motivation, ce moyen n’étant pas d’ordre public et reposant sur une cause juridique dont il ne s’est pas prévalu en première instance.

6. En deuxième lieu, M. B... n’ayant pas sollicité un titre de séjour sur le fondement de l’article L. 423-7 du code de l’entrée et du séjour de l’étranger et du droit d’asile, alors que, de surcroît, l’arrêté n’en fait aucunement mention, il ne peut prétendre à la délivrance d’un titre de séjour sur la base de ces dispositions.
7. En troisième lieu, l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile dispose que : « L’étranger dont l’admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu’il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention « salarié », « travailleur temporaire » ou « vie privée et familiale », sans que soit opposable la condition prévue à l’article L. 412-1. / (…) ». En présence d’une demande de régularisation présentée sur le fondement de ces dispositions par un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l’ordre public, il appartient à l’autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l’admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d’une carte portant la mention « vie privée et familiale » répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s’il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d’une carte de séjour temporaire portant la mention « salarié » ou « travailleur temporaire ». Il appartient seulement au juge administratif, saisi d’un moyen en ce sens, de vérifier que l’administration n’a pas commis d’erreur manifeste dans l’appréciation qu’elle a portée sur l’un ou l’autre de ces points.
8. M. B... fait valoir qu’il est présent en France depuis 2011, qu’il est père de trois enfants nés en France, dont un à la nationalité française, et qu’il est inséré au sein de la société. Toutefois, une telle durée de présence tient notamment à son absence d’exécution de quatre précédentes mesures d’éloignement dont il a fait l’objet. S’il soutient contribuer à l’entretien et à l’éducation de ses trois enfants, des jumeaux nés en 2013 de sa relation avec une ressortissante congolaise et une fille née en 2023 de sa relation avec une ressortissante française, les éléments qu’il produit, à savoir des photographies non datées, quelques factures ou tickets de caisse retraçant l’achat de denrées alimentaires, de vêtements, de jouets et de fournitures pour enfant et trois preuves de paiement des frais de cantines de ses aînés ne suffisent pas à prouver qu’il contribuait effectivement, à la date de la décision, à l’entretien et à l’éducation de ses enfants qui ne résident pas dans le même département. S’agissant plus particulièrement de sa fille de nationalité française, ni la déclaration de changement de nom réalisée le 1er août 2023 ni l’attestation peu circonstanciée établie par la mère de l’enfant le 3 septembre 2023 ne permettent d’établir l’intensité des liens qu’il entretiendrait avec celle-ci. S’il se prévaut également de sa relation avec une ressortissante congolaise en situation régulière qui atteste l’héberger à Paris depuis 2020, la réalité et la durée effective de cette relation ne sont pas établies par les seules pièces produites. En outre, M. B... ne démontre pas être dépourvu de toute attache avec son pays d’origine où il a vécu au moins jusqu’à l’âge de trente-six ans et où il ne conteste pas avoir quatre autres enfants issus d’une précédente union. Par ailleurs, les circonstances qu’il a suivi des cours de français, qu’il déclare ses revenus en France et s’acquitte de ses amendes ne suffisent pas à caractériser une insertion notable. A cet égard, la conclusion, le 31 décembre 2024, d’un contrat de travail à durée indéterminée en qualité de manœuvre est postérieure à la décision en litige et, par suite, sans incidence sur sa légalité. Dans ces conditions, alors même qu’il ne représenterait pas une menace à l’ordre public, l’admission au séjour du requérant ne peut être regardée comme répondant à des considérations humanitaires ou se justifiant au regard de motifs exceptionnels. Dès lors, la préfète n’a pas, en refusant son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement des dispositions de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, commis d’erreur manifeste d’appréciation au regard de ces dispositions.
9. En quatrième lieu, compte tenu de ce qui a été énoncé au point précédent, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète aurait méconnu les dispositions de l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ou les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales. Par suite, ces moyens doivent être écartés.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

10. En premier lieu, devant la cour, M. B... réitère le moyen, déjà soulevé devant le tribunal, tiré de ce que la décision contestée n’est pas suffisamment motivée. Toutefois, l’appelant ne produit, en appel, aucun élément de fait ou de droit de nature à remettre en cause l’appréciation portée par le tribunal administratif d’Amiens sur ce moyen. Par suite, il y a lieu de l’écarter par adoption des motifs retenus à bon droit par le premier juge au point 4 du jugement attaqué.

11. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8, il y a lieu d’écarter les moyens tirés de ce que l’obligation faite à M. B... de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :

12. Aux termes de l’article L. 612-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L’étranger faisant l’objet d’une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d’un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L’autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s’il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. / Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s’il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L’étranger est informé par écrit de cette prolongation ».
13. En second lieu, le requérant, en soutenant que le préfet aurait dû lui accorder un délai de départ volontaire supérieur à trente jours eu égard à sa situation personnelle, doit être regardé comme soulevant la méconnaissance des dispositions de l’article L. 612-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Cependant compte tenu de ce qui a été énoncé aux points 8 et 9, en fixant à trente jours le délai de départ volontaire, délai de droit commun prévu par les dispositions de l’article L. 612-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, la préfète de l’Oise n’a pas méconnu ces dispositions, en l’absence de circonstances exceptionnelles pouvant justifier un délai supérieur.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire :

14. Aux termes de l’article L. 612-10 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l’autorité administrative tient compte de la durée de présence de l’étranger sur le territoire français, de la nature et de l’ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu’il a déjà fait l’objet ou non d’une mesure d’éloignement et de la menace pour l’ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l’édiction et la durée de l’interdiction de retour mentionnée à l’article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l’interdiction de retour prévue à l’article L. 612-11 ».

15. Il ne ressort pas des pièces du dossier, compte tenu des termes mêmes de l’arrêté en litige qui mentionnent les différents critères d’édiction de l’interdiction de retour sur le territoire français et de détermination de sa durée prévus par l’article L. 612-10 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, que la préfète de l’Oise n’aurait pas tenu compte de l’ensemble de ces critères. En outre, eu égard à la situation du requérant mentionnée au point 8, l’interdiction de retour sur le territoire français, tant dans son principe que dans sa durée, ne peut être regardée comme prise en méconnaissance de ces dispositions. Ce moyen doit par suite être écarté.

16. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B... est manifestement dépourvue de fondement. Par suite, il y a lieu de la rejeter en toutes ses conclusions en application des dispositions citées au point 1 de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.


ORDONNE :


Article 1er : La requête de M. B... est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A... B..., au ministre de l’intérieur et à Me Hélène Detrez-Cambrai.

Copie en sera transmise, pour information, au préfet de l’Oise.


Fait à Douai le 18 décembre 2025.


La présidente de la 3ème chambre,




Signé : I. Hogedez


La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme
Pour la greffière en chef,
par délégation,
La greffière,



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