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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA59-25DA00936

Cour administrative d'appel de Douai — Décision N° CAA59-25DA00936

mercredi 27 août 2025

JuridictionCour administrative d'appel de Douai
SectionCour administrative d'appel de Douai
N° DossierCAA59-25DA00936
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge des référés
Avocat requérantEDEN AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A B a demandé au tribunal administratif de Rouen d'annuler les deux arrêtés du préfet de la Seine-Maritime du 2 mars 2025 portant d'une part obligation de quitter le territoire français sans délai, fixation du pays de renvoi et interdiction de retour en France pendant un an et d'autre part assignation à résidence pendant quarante-cinq jours.

Par un jugement n° 2501011 du 19 mars 2025, la magistrate désignée du tribunal administratif de Rouen a rejeté cette demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 27 mai 2025, M. B, représenté par Me Solenn Leprince, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler pour excès de pouvoir cet arrêté ;

3°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour ou réexaminer sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

Par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Douai du 29 avril 2025, l'aide juridictionnelle a été accordée au requérant.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. L'article R. 222-1 du code de justice administrative dispose que les présidents de formation de jugement des cours peuvent, par ordonnance, rejeter " les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement ".

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

En ce qui concerne la légalité externe :

2. D'une part, si le premier alinéa de l'article R. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoyait la saisine du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration " pour constater l'état de santé de l'étranger mentionné au 9° de l'article L. 611-3 ", l'article 37 de la loi du 26 janvier 2024 a abrogé ce 9° et la protection de l'étranger malade est désormais fondée sur le droit de demander le report de l'exécution de la mesure d'éloignement en application de l'article L. 731-3.

3. En tout état de cause, M. B a seulement déclaré avant l'arrêté avoir subi " une lourde opération abdominale sur toute la largeur du ventre pour enlever un kyste hydatique ". Il n'a ainsi pas produit des éléments médicaux circonstanciés établissant, d'une part, la gravité de son état et, d'autre part, la nécessité d'un traitement en France.

4. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'absence de consultation du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration doit être écarté.

5. D'autre part, lorsqu'il demande un titre de séjour, l'étranger peut fournir à la préfecture tous motifs, précisions et justifications utiles, peut ensuite compléter sa demande et ne saurait ignorer qu'il peut être éloigné en cas de refus. Le droit d'être entendu, principe repris à l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, est ainsi déjà satisfait avant le refus de titre de séjour et n'implique donc pas de mettre l'intéressé à même de présenter des observations spécifiques sur son éloignement.

6. En tout état de cause, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B ait été privé de la possibilité de mieux faire valoir sa défense dans une mesure telle que cette procédure administrative aurait pu aboutir à un résultat différent.

7. Enfin, conformément aux articles L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration et L. 613-1 et L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'arrêté a énoncé dans ses visas, ses considérants ou son dispositif les motifs de droit et de fait qui ont fondé ses différentes décisions.

En ce qui concerne la légalité interne :

8. D'une part, il ressort de la motivation de l'arrêté que le préfet a procédé à un examen particulier des éléments relatifs à la situation de l'intéressé alors portés à sa connaissance.

9. D'autre part, il ressort de la motivation de l'arrêté que, conformément à l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et au regard des informations alors portées à sa connaissance, le préfet a vérifié le droit au séjour de l'intéressé, notamment au regard de la durée de présence en France, de la nature et de l'ancienneté des liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier ce droit.

10. Enfin, M. B est entré en France avec un visa court séjour en avril 2019, n'a pas exécuté une obligation de quitter le territoire français d'avril 2021, a été interpellé lors d'un contrôle le 2 mars 2025 et n'a présenté avant l'arrêté aucun document d'identité ou de voyage.

11. Si M. B souffre de kystes hydatiques, ni la gravité de son état santé ni la nécessité d'un traitement en France, à la date de l'arrêté, ne ressortent des pièces du dossier.

12. Si M. B prépare et vend des plats sur les marchés ambulants, il n'a pas le visa long séjour exigé par l'article 9 de l'accord franco-algérien pour obtenir le certificat de résidence de l'article 5 et le revenu tiré de cette activité s'est limité à 9 500 euros en 2023.

13. M. B, né en 1979, a vécu la majeure partie de sa vie en Algérie où résident ses parents et ses frères et sœurs même s'il a un beau-frère et un oncle par alliance en France. Son épouse est en situation irrégulière en France. Les enfants du couple nés en 2007, 2013 et 2017 peuvent accompagner leurs parents en Algérie et y poursuivre leur scolarité.

14. Dans ces conditions, même si M. B est bénévole et son épouse aide cuisinière depuis décembre 2024, l'arrêté n'était pas entaché d'erreur manifeste d'appréciation, n'a pas violé les articles 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et L. 612-2, L. 612-3, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et n'a pas porté une atteinte disproportionnée à la vie privée et familiale garantie par l'article 8 de cette convention.

15. Il résulte de ce qui précède que tous les moyens ci-dessus invoqués, par voie d'action ou d'exception, doivent être écartés.

Sur l'assignation à résidence :

16. Il résulte de ce qui précède que les moyens tirés de la violation du droit d'être entendu et de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français doivent être écartés.

17. Il résulte de tout ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que la magistrate désignée du tribunal administratif a rejeté sa demande.

Sur l'application des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative :

18. La présente décision n'implique aucune mesure d'exécution.

Sur l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

19. La demande présentée par le requérant et son conseil, partie perdante, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens doit être rejetée.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B, au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur et à Me Solenn Leprince.

Copie en sera adressée au préfet de la Seine-Maritime.

Fait à Douai, le 27 août 2025.

Le président de la 4ème chambre,

Signé : Marc Heinis

La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Par délégation,

La greffière,

Elisabeth Héléniak

N°25DA00936

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