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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA59-25DA01001

Cour administrative d'appel de Douai — Décision N° CAA59-25DA01001

jeudi 25 septembre 2025

JuridictionCour administrative d'appel de Douai
SectionCour administrative d'appel de Douai
N° DossierCAA59-25DA01001
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge des référés
Avocat requérantRIVIERE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme B a demandé au tribunal administratif de Lille d'annuler l'arrêté du 21 août 2023 par lequel le préfet du Pas-de-Calais lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de revenir sur le territoire français pendant un an et d'enjoindre au préfet du Pas-de-Calais de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ou à défaut de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation, dans un délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard.

Par un jugement n° 2400271 du 6 mars 2025, le tribunal administratif de Lille a annulé la décision portant interdiction de retour sur le territoire français et rejeté le surplus de ses conclusions.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 5 juin 2025, Mme B représentée par Me Rivière, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement en tant qu'il rejette le surplus de ses conclusions ;

2°) d'annuler les décisions portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français, fixation d'un délai de départ volontaire de trente jours et fixant le pays de destination ;

3°) d'enjoindre au préfet du Pas-de-Calais de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ou à défaut de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation, dans un délai de quinze jours à compter de la date de notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard.

4°) de mettre la somme de 1 800 euros hors taxes à la charge de l'Etat au bénéfice de son conseil en application des dispositions de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve d'une renonciation à l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

- l'auteur de l'acte ne justifie pas de sa compétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, les stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien, et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'appréciation de sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- l'auteur de l'acte ne justifie pas de sa compétence ;

- la décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'appréciation de sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision fixant un délai de départ volontaire de trente jours :

- l'auteur de l'acte ne justifie pas de sa compétence ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et aurait dû bénéficier d'un délai supérieur.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- l'auteur de l'acte ne justifie pas de sa compétence ;

- la décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision d'obligation de quitter le territoire français,

- elle est insuffisamment motivée.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 avril 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- l'accord entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire, relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles, complété par un protocole, deux échanges de lettres et une annexe, modifié, signé à Alger le 27 décembre 1968 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents de formation de jugement () des cours peuvent, par ordonnance : () / 5° Statuer sur les requêtes qui ne présentent plus à juger de questions autres que la condamnation prévue à l'article L. 761-1 () ". Aux termes du dernier alinéa du même article : " () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent (), par ordonnance, rejeter () (), les requêtes dirigées contre des ordonnances prises en application des 1° à 5° du présent article ainsi que, après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. Ils peuvent, de même, annuler une ordonnance prise en application des 1° à 5° et 7° du présent article à condition de régler l'affaire au fond par application de l'une des dispositions des 1° à 7°. ".

2. Mme B, ressortissante algérienne née le 1er janvier 1961, déclare être entrée en France le 27 mars 2022. Elle relève appel du jugement du 6 mars 2025 en tant que le tribunal administratif de Lille a rejeté sa demande d'annulation des décisions portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français, fixation d'un délai de départ volontaire de trente jours et fixant le pays de destination, contenues dans l'arrêté du préfet du Pas-de-Calais du 21 août 2023.

Sur les moyens communs à l'ensemble des décisions :

3. Mme B réitère les moyens tirés de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté et d'un défaut de motivation. Cependant, elle n'apporte pas en appel d'éléments nouveaux de fait ou de droit de nature à remettre en cause l'appréciation portée par les premiers juges sur ces moyens. Par suite, il y a lieu, par adoption des motifs retenus à bon droit par les premiers juges, d'écarter ces moyens.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

4. Il ne ressort pas des pièces du dossier, ni des motifs de l'arrêté en litige que le préfet n'aurait pas procédé à un examen sérieux et complet de la situation de l'appelante avant de prendre le refus de séjour. Ce moyen doit également être écarté.

5. Mme B est arrivée en France le 27 mars 2022 à l'âge de 61 ans, déclare avoir voulu rejoindre son fils titulaire d'une carte de résident et s'occuper de son petit-fils. Elle souligne être veuve depuis 1998 et dépendre financièrement de son fils faute de pension de réversion. Toutefois, même si elle est veuve, elle ne saurait être dépourvue de toute attache dans son pays d'origine où elle a vécu toute sa vie et de nombreuses années après le décès de son époux. Il n'y a pas d'obstacle à ce que son fils lui apporte à distance une aide financière s'il le souhaite, ni à ce que les relations familiales se poursuivent lors de courts séjours, alors que l'appelante a vécu séparée de son fils depuis l'arrivée de ce dernier en France en 2012. Les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien et d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation de l'appelante doivent être écartés.

6. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision par laquelle le préfet a refusé de lui délivrer un titre de séjour.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que la décision de refus de titre de séjour n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, Mme B ne saurait se prévaloir, par voie d'exception, de l'illégalité de cette décision pour demander l'annulation de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.

8. Pour les mêmes motifs que ceux précédemment énoncés, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. De même, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision d'éloignement sur la situation personnelle Mme B.

9. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision par laquelle le préfet l'a obligée à quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire de trente jours :

10. Compte-tenu de ce qui a été précédemment exposé, Mme B n'est pas fondée à se prévaloir de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français au soutien des conclusions dirigées contre la décision fixant le délai de départ volontaire.

11. Mme B ne justifie d'aucun motif particulier nécessitant que soit fixé un délai supérieur au délai de droit commun prévu par l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'appréciation de ce délai doit être écarté.

12. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision par laquelle le préfet a fixé le délai de départ volontaire.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

13. Compte-tenu de ce qui a été précédemment exposé, Mme B n'est pas fondée à se prévaloir de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français au soutien des conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination.

14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B est manifestement dépourvue de fondement. Il y a lieu, par suite, de la rejeter en toutes ses conclusions, y compris celles aux fins d'injonction sous astreinte et celles tendant à l'application des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B, au ministre de l'intérieur et à Me Rivière.

Copie en sera transmise, pour information, au préfet du Pas-de-Calais.

Fait à Douai le 25 septembre 2025.

La présidente de la 1ère chambre,

Signé : G. Borot

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Par délégation,

La greffière,

Nathalie Roméro

1

N°25DA01001

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