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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA59-25DA01541

Cour administrative d'appel de Douai — Décision N° CAA59-25DA01541

mercredi 1 avril 2026

JuridictionCour administrative d'appel de Douai
SectionCour administrative d'appel de Douai
N° DossierCAA59-25DA01541
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge des référés
Avocat requérantDE FROMENT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A... B... a demandé au tribunal administratif de Lille d’annuler la décision de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) du 19 juin 2025 qui lui a refusé les conditions matérielles d’accueil.

Par un jugement n° 2506004 du 24 juillet 2025, la magistrate désignée du tribunal administratif de Lille a annulé cette décision, enjoint à l’OFII d’accorder ces conditions à M. B... et condamné l’OFII à verser une somme au titre des frais de justice.

Procédure devant la cour :

I - Par une requête enregistrée le 21 août 2025 sous le numéro 25DA01541, l’OFII, représenté par Me Bernard de Froment, demande à la cour :

1°) d’annuler ce jugement ;

2°) de rejeter la demande de M. B... devant le tribunal ;

3°) de mettre à la charge de M. B... une somme de 1 000 euros au titre des frais de justice.

Par un mémoire enregistré le 17 novembre 2025, M. B..., représenté par Me Marion Vergnole, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de l’Etat de la somme de 1 500 euros au titre des frais de justice.

Par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Douai du 22 janvier 2026, l’aide juridictionnelle accordée à M. B... a été maintenue.

II - Par une requête enregistrée le 21 août 2025 sous le numéro 25DA01542, l’OFII, représenté par Me Bernard de Froment, demande le sursis à exécution de ce jugement.

Par un mémoire enregistré le 3 novembre 2025, M. B..., représenté par Me Marion Vergnole, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de l’Etat de la somme de 1 500 euros au titre des frais de justice.

Par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Douai du 22 janvier 2026, l’aide juridictionnelle a été accordée à M. B....

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 établissant des normes pour l’accueil des personnes demandant la protection internationale ;
- le règlement (UE) n ° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 relatif à la création d'Eurodac pour la comparaison des empreintes digitales aux fins de l'application efficace du règlement (UE) n ° 604/2013 ;
- le règlement (UE) n ° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l’État membre responsable de l’examen d’une demande de protection internationale introduite dans l’un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la circulaire n° NOR IMIA1000106C du 2 avril 2010 du ministre de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du développement solidaire relative à la jurisprudence du juge des référés du Conseil d'Etat en matière de refus d'admission au séjour au titre de l'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique ;
- le code de justice administrative.


Considérant ce qui suit :

1. L’article R. 222-1 du code de justice administrative dispose que les présidents de formation de jugement des cours peuvent, par ordonnance, rejeter « les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement ».



2. Il y a lieu de joindre les requêtes susvisées pour y statuer par une seule décision.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

3. L’article 9-1 du règlement (UE) n° 603/2013 dispose : « (…) Lorsque l'état des doigts ne permet pas de relever des empreintes digitales [d’un demandeur d’asile] d'une qualité suffisante pour une comparaison appropriée au titre de l'article 25, l'État membre d'origine procède à un nouveau relevé des empreintes digitales du demandeur et le retransmet dès que possible et au plus tard 48 heures suivant ledit relevé de bonne qualité ».

4. L'article 25-1 du même règlement dispose : « (…) Si les données dactyloscopiques ne se prêtent pas à des comparaisons au moyen du système informatisé de reconnaissance des empreintes digitales, le système central en informe l'État membre concerné. Ledit État membre transmet alors des données dactyloscopiques d'une qualité appropriée en utilisant le même numéro de référence que pour le précédent ensemble de données dactyloscopiques ».

5. L’article 27-3 de ce règlement dispose : « L'État membre d'origine est seul habilité à modifier, en les rectifiant ou en les complétant, les données qu'il a transmises au système central, ou à les effacer (…) ».

6. Selon le motif (20) du règlement : « L'impossibilité temporaire (…) de recueillir et/ou de transmettre des données dactyloscopiques (…) pour des raisons telles qu'une qualité insuffisante des données pour effectuer une comparaison appropriée (…) ne devrait pas avoir d'incidence négative sur l'examen de la demande de protection internationale (…) ».

7. Les empreintes digitales de M. B... ont été relevées lorsqu’il a demandé l’asile le 19 juin 2025. Si elles étaient lisibles, elles présentaient un cercle noir à l’extrémité des doigts qui ne permettait pas d’identifier l’intéressé dans le système Eurodac.

8. Toutefois, contrairement à ce que soutient l’appelant, aucune disposition du règlement (UE) n° 603/2013 ne faisait obstacle à la réalisation d’un nouveau relevé des empreintes digitales de l’intéressé et il résulte au contraire des dispositions précitées que ce relevé devait être réalisé.

9. D’ailleurs, la circulaire du 2 avril 2010 a prévu qu’un premier relevé défectueux des empreintes digitales du demandeur d’asile serait immédiatement suivi d’un deuxième et qu’en cas de nouvel échec résultant d’une « altération indépendante de la volonté de l’étranger », une convocation à un mois serait remise pour permettre la reconstitution des empreintes digitales.

10. Or, il ressort des pièces du dossier qu’un seul relevé des empreintes digitales de M. B... a été réalisé avant la décision attaquée qui a été prise le jour même de ce relevé.

11. Dans ces conditions, même si l’OFII expose qu’une altération volontaire des empreintes permet de multiplier les demandes d’asile et d’empêcher la détermination de l’Etat responsable de l’examen de la demande d’asile pour l’application du règlement (UE) n° 604/2013, l’existence d'une fraude, au sens du 3° de l’article D. 551-20 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, n’est pas suffisamment caractérisée.

12. Il résulte de tout ce qui précède que l’OFII n’est pas fondé à soutenir que c’est à tort que la magistrate désignée du tribunal administratif a annulé sa décision du 19 juin 2025, lui a enjoint d’accorder les conditions matérielles d’accueil à M. B... et l’a condamné à verser une somme au titre des frais de justice.

Sur les conclusions à fin de sursis à exécution :

13. Il résulte de ce qui précède qu’il n’y a pas lieu de statuer sur ces conclusions.

Sur l’application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

14. La demande présentée par l’OFII, partie perdante, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens doit être rejetée.

15. Dans les circonstances de l’espèce, il n’y a pas lieu d’accueillir les demandes présentées par M. B... et son conseil au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.


ORDONNE :


Article 1er : Les conclusions de l’OFII à fin d’annulation sont rejetées.

Article 2 : Il n’y a pas lieu de statuer sur les conclusions de l’OFII à fin de suspension.

Article 3 : Les demandes présentées par les parties au titre des frais exposés et non compris dans les dépens sont rejetées.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à l’Office français de l’immigration et de l’intégration, à M. A... B... et à Me Marion Vergnole.

Fait à Douai, le 1er avril 2026.



Le président de la 4ème chambre,




Signé : Marc Heinis


La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente ordonnance.


Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Par délégation,
La greffière,


Elisabeth Héléniak



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