jeudi 13 octobre 2022
| Juridiction | COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON |
| Section | COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON |
| N° Dossier | CAA69-20LY03151 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | fiscal |
| Avocat requérant | CREAC'H |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure
M. D C a demandé au tribunal administratif de Grenoble de prononcer la décharge des compléments d'impôt sur le revenu et des cotisations de contributions sociales auxquels il a été assujetti au titre des années 2013 et 2014 et d'enjoindre à l'administration de lui communiquer l'ensemble des droits de communication exercés dans le cadre de la vérification de comptabilité de la SARL Générale déco.
Par un jugement n° 1802030 du 3 septembre 2020, le tribunal administratif de Grenoble a constaté un non-lieu à statuer partiel sur ses conclusions relatives aux contributions sociales et a rejeté le surplus des conclusions de sa demande.
Procédure devant la cour
Par une requête enregistrée le 2 novembre 2020, M. A C, représenté par Me Creac'h, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement en tant qu'il a rejeté sa demande ;
2°) de lui accorder la décharge des impositions encore à sa charge et d'enjoindre à l'administration de lui communiquer les droits de communication ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la proposition de rectification est insuffisamment motivée au regard des exigences de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales ;
- l'absence de transmission des droits de communication méconnaît le principe du contradictoire, le droit à un procès équitable et l'égalité des armes ;
- la vérification de comptabilité n'a pas donné lieu à un débat oral et contradictoire.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative ;
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel, les premiers vice-présidents des cours et les présidents des formations de jugement des cours, ainsi que les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent, () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement ".
2. M. A C a été assujetti à des compléments d'impôt sur le revenu résultant de l'inclusion dans ses revenus imposables des années 2013 et 2014 de revenus distribués par la SARL Générale déco, dont il détenait la moitié des parts et était le gérant, que l'administration a imposés entre ses mains sur le fondement du 1° de l'article 109-1 du code général des impôts à la suite d'une vérification de comptabilité de la société qui l'a conduite à écarter la comptabilité présentée et à reconstituer ses chiffres d'affaires et ses résultats. Par un jugement du 3 septembre 2020, le tribunal administratif de Grenoble, après avoir constaté un non-lieu à statuer partiel sur les conclusions relatives aux contributions sociales, a rejeté le surplus des conclusions de la demande de M. A C. Celui-ci relève appel de ce jugement en tant qu'il n'a pas entièrement fait droit à sa demande de décharge des compléments d'impôt sur le revenu et des contributions sociales auxquelles il a été assujetti du chef de ces rectifications de ses revenus imposables.
3. En premier lieu, aux terme de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales qui dispose que : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation () ". Il résulte de ces dispositions que l'administration doit indiquer au contribuable, dans la proposition de rectification le fondement légal des impositions, la catégorie de revenus dans laquelle ils sont opérés, les années d'imposition concernées et le montant des rehaussements envisagés ainsi que les motifs sur lesquels l'administration entend se fonder pour justifier les rectifications envisagées de façon à permettre au contribuable de formuler ses observations de façon entièrement utile. En cas de motivation par référence, l'administration doit, en principe, annexer les documents auxquels elle se réfère dans la proposition de rectification ou en reprendre la teneur. En revanche, sa régularité ne dépend pas du bien-fondé de ces motifs.
4. En l'espèce, la proposition de rectification du 6 juin 2016 adressée à M. C indique la nature des impositions concernées, les dispositions applicables, la catégorie d'imposition retenue, les années en cause et le montant des bases imposables. Elle expose, de façon détaillée, les motifs pour lesquels M. A C a été regardé comme l'unique bénéficiaire des distributions en provenance de la SARL Générale déco en qualité de maître de l'affaire et se réfère à la proposition de rectification du même jour adressée à la société dont un extrait, y compris les annexes, était joint. La proposition de rectification adressée à la SARL Générale déco est elle-même suffisamment motivée dès lors que l'administration expose qu'aucune comptabilité n'ayant été présentée, il a été procédé à une reconstitution des chiffres d'affaires à partir des éléments, dont elle donne le détail, recueillis dans l'exercice de droits de communication auprès de la banque et de l'unique client de la société, qu'en l'absence de pièces justificatives des charges, il a été admis, par réalisme, un pourcentage de charges égal à 84,91 % du chiffre d'affaires reconstitué, déterminé par comparaison avec les données d'entreprises présentant des caractéristiques similaires en termes d'activité, d'implantation géographique et de chiffre d'affaires dont les nom, numéro SIREN, chiffres d'affaires, et charges d'exploitation sont données dans un tableau. Enfin, contrairement à ce qu'allègue le requérant, la proposition de rectification indique les motifs pour lesquels le vérificateur n'a retenu ni provisions ni dotations aux amortissements. Par suite, M. A C a disposé de l'ensemble des informations et éléments chiffrés lui permettant de formuler utilement ses observations ou de faire connaître son acceptation en réponse à la proposition de rectification qui lui a été personnellement adressée. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette proposition de rectification doit être écarté.
5. En deuxième lieu, il résulte des dispositions de L. 76 B du livre des procédures fiscales que le droit pour le contribuable de demander la copie des documents que l'administration a obtenus en exerçant son droit de communication auprès de tiers, à l'occasion d'une procédure de contrôle et dont sont issus des éléments qu'elle a effectivement utilisés pour fonder les rectifications d'impôt envisagées, ne peut être mis en œuvre qu'avant la mise en recouvrement des impositions, laquelle résulte de l'émission par le comptable public compétent d'un titre de perception rendu exécutoire dans les conditions réglementaires. Il est constant que M. A C n'a pas demandé la communication des éléments obtenus par l'administration dans le cadre de l'exercice du droit de communication auprès de la banque et de son client avant la mise en recouvrement des impositions en litige. En outre, l'intéressé, auquel l'administration a régulièrement notifié, ainsi qu'il a été dit au point précédent, une proposition de rectification suffisamment motivée lui offrant un délai de trente jours pour présenter ses observations, a été mis à même de produire tout élément utile pour contester les impositions envisagées. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance du principe du contradictoire, du droit à un procès équitable et de l'égalité des armes ne peuvent, en tout état de cause, qu'être écartés.
6. En troisième lieu, les éventuelles irrégularités entachant la procédure d'imposition suivie avec une société imposable à l'impôt sur les sociétés sont, par elles-mêmes, sans influence sur la régularité ou le bien-fondé de l'imposition à l'impôt sur le revenu personnelle assigné à un dirigeant ou un associé de cette société alors même qu'il s'agit, comme en l'espèce, d'un excédent de distribution révélé par une rectification des bases de l'impôt sur les sociétés que l'administration entend imposer entre les mains du bénéficiaire. Il en résulte que le moyen tiré de que la vérification de comptabilité de la SARL Générale déco n'aurait pas donné lieu à un débat oral et contradictoire, doit être écarté comme inopérant.
7. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'enjoindre à l'administration de communiquer à M. A C l'ensemble des droits de communication exercés dans le cadre de la vérification de la SARL Générale déco, que la requête est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, elle doit être rejetée, y compris en ses conclusions aux fins de mise à la charge de l'Etat des frais liés au litige.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de M. A C est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A C. Copie en sera adressée pour information au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.
Fait à Lyon, le 13 octobre 2022.
Le président de la 2ème chambre,
Dominique Pruvost
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
La greffière,
COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON — N° CAA69-24LY01635
26/07/2024
COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON — N° CAA69-23LY02455
11/07/2024
COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON — N° CAA69-23LY02454
11/07/2024
COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON — N° CAA69-23LY02351
11/07/2024