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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA69-21LY00062

COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON — Décision N° CAA69-21LY00062

jeudi 9 mars 2023

JuridictionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
SectionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
N° DossierCAA69-21LY00062
TypeDécision
Recoursfiscal
PublicationC
Formation2ème chambre - formation à 3
Avocat requérantARBOR TOURNOUD PIGNIER WOLF

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure

M. et Mme B A C ont demandé au tribunal administratif de Grenoble de prononcer, à titre principal, la décharge de la cotisation supplémentaire à l'impôt sur le revenu et des cotisations de contributions sociales auxquelles ils ont été assujettis au titre de l'année 2013 et des pénalités correspondantes et, à titre subsidiaire, la réduction, des rappels de contributions sociales à concurrence de 800 euros en base.

Par un jugement n° 1804921 du 19 novembre 2020, le tribunal administratif de Grenoble a rejeté leur demande.

Procédure devant la cour

Par une requête, enregistrée le 8 janvier 2021, et un mémoire, enregistré le 13 juillet 2022, M. et Mme A C, représentés par Me Tournoud, demandent à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) de prononcer la décharge de ces impositions et des pénalités correspondantes maintenues à leur charge ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 600 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la procédure d'imposition de l'associé de la SARL Finerland à l'issue des opérations de liquidation de celle-ci, méconnaît, en l'absence de vérification de la comptabilité de la société, les droits de la défense ainsi que le respect du contradictoire dès lors que seule la société pouvait justifier du montant du boni de liquidation accordé à son associé, lequel n'a pas été en mesure de présenter utilement ses observations ;

- la proposition de rectification est insuffisamment motivée au regard de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales en ce qu'elle ne précise pas en quoi le boni de liquidation est susceptible de relever de la catégorie des revenus de capitaux mobiliers et ne vise que des dispositions qui ne sont pas applicables ;

- la réponse aux observations du contribuable du 27 mars 2017, qui contient un nouveau motif de redressement en visant pour la première fois l'article 111 bis du code général des impôts, est intervenue en méconnaissance du dernier alinéa de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales ;

- il a été privé de la possibilité de bénéficier d'une prorogation de trente jours pour présenter ses observations ;

- la preuve d'une intention de la SARL Finerland d'octroyer une libéralité n'est pas rapportée de sorte que la distribution alléguée, qui n'est pas occulte, ne relève pas du champ du c) de l'article 111 du code général des impôts ;

- l'administration ne rapporte pas la preuve de l'intention de l'associé de recevoir une libéralité ;

- en l'absence d'acte anormal de gestion, l'inscription dans les comptes de liquidation des parts de la société Les lions d'or pour un montant de 87 000 euros est adéquate ;

- l'administration ne rapporte pas la preuve d'un prix délibérément minoré des parts cédées, de l'existence d'une libéralité ni ne justifie de l'absence d'une contrepartie ;

- la valeur mathématique calculée par le service est incohérente par rapport à la valeur de productivité ;

- l'administration ne justifie pas de la validité de l'évaluation qu'elle a faite des parts de la SARL Les lions du nord ;

- les revenus réputés lui avoir été distribués par la SARL Finerland, dont M. D est le gérant et associé unique, doivent être regardés comme des revenus d'activité et soumis, à ce titre, aux contributions sociales sur les revenus d'activités en application de l'article L. 131-6 du code de la sécurité sociale, pour la part excédant 10 % du capital social, des primes d'émission et des sommes versées en compte courant ; il n'est pas soutenu qu'une prise d'émission aurait été inscrite en comptabilité ni qu'il aurait disposé d'un compte courant d'associé ; au demeurant, l'assiette, le contrôle et le recouvrement de la quotité correspondante de ces revenus ne relève pas de la compétence la direction générale des finances publiques.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 28 juillet 2021 et le 20 juillet 2022, le ministre de l'économie, des finances et de la relance conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. et Mme A C ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que l'arrêt était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrégularité du jugement du tribunal administratif de Grenoble en tant qu'il a omis, dans son dispositif, de prononcer un non-lieu à statuer partiel résultant du dégrèvement intervenu en cours d'instance, à concurrence de la somme de 5 338 euros.

Une note en délibéré, présentée pour M. et Mme A C, a été enregistrée le 17 février 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Pin, premier conseiller,

- les conclusions de Mme Lesieux, rapporteure publique,

- et les observations de Me Hakkar, représentant M. et Mme A C ;

Considérant ce qui suit :

1. Par un procès-verbal du 29 janvier 2013, M. A C, gérant et unique associé de la SARL Finerland, elle-même associée de la SARL Les lions du nord, qui exploitait un hôtel bar-restaurant dans la station des Deux-Alpes à Mont-de-Lans (Isère) dont elle détenait 240 parts représentant 60 % de son capital, a approuvé les comptes définitifs de clôture des opérations de liquidation de la SARL Finerland, au 14 janvier 2013, dont il est résulté un boni de liquidation de 22 867 euros. Par le même acte, l'intéressé s'est attribué les titres de participation de la SARL Les lions du nord que détenait la SARL Finerland pour un prix, mentionné dans l'acte, de 87 000 euros. A l'issue d'un contrôle sur pièces des deux sociétés, l'administration constatant que la valeur vénale des titres cédés était de 209 393 euros et que le boni de liquidation était sous-évalué à concurrence de 122 393 euros, a estimé que l'insuffisance de prix de cession était constitutive d'une libéralité consentie par la SARL Finerland à l'intéressé imposable entre ses mains à l'impôt sur le revenu en tant qu'avantage occulte sur le fondement du c. de l'article 111 du code général des impôts. En conséquence de la rectification de leur revenu imposable notifiée suivant la procédure contradictoire, M. et Mme A C ont été assujettis, au titre de l'année 2015, à un complément d'impôt sur le revenu et aux contributions sociales. M. et Mme A C relèvent appel du jugement du 19 novembre 2020 par lequel le tribunal administratif de Grenoble a rejeté leur demande de décharge de ces impositions et de la majoration de 10 % dont elles ont été assorties.

Sur la régularité du jugement attaqué et l'étendue du litige :

2. Il résulte de l'instruction que, par une décision du 3 décembre 2018, le directeur départemental des finances publiques de l'Isère a accordé à M. et Mme A C le dégrèvement, à concurrence d'un montant total de 5 338 euros, de la majoration de 10 % dont avaient été assorties les impositions contestées devant le tribunal administratif. Après avoir constaté, au point 2 de son jugement, que ce dégrèvement avait été prononcé, le tribunal a omis de constater un non-lieu à statuer à hauteur de ce montant dans le dispositif de son jugement. Le jugement attaqué est, dès lors, irrégulier et doit, par suite, être annulé dans cette mesure. Il y a lieu dès lors, d'une part, d'évoquer les conclusions de M. et Mme A C devant le tribunal administratif dirigées contre la majoration dégrevée par l'administration le 3 décembre 2018 et de constater qu'il n'y a pas lieu d'y statuer et, d'autre part, de statuer par l'effet dévolutif de l'appel sur les autres conclusions M. et Mme A C.

Sur le surplus des conclusions :

En ce qui concerne la motivation de la proposition de rectification :

3. Aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation. () ". Aux termes de l'article R. 57-1 du même livre : " La proposition de rectification prévue par l'article L. 57 fait connaître au contribuable la nature et les motifs de la rectification envisagée () ". Il résulte de ces dispositions que, pour être régulière, une proposition de rectification doit comporter la désignation de l'impôt concerné, de l'année d'imposition et de la base d'imposition, et énoncer les motifs sur lesquels l'administration entend se fonder pour justifier les redressements envisagés, de façon à permettre au contribuable de formuler ses observations de façon entièrement utile. En revanche, sa régularité ne dépend ni du bien-fondé de ces motifs, ni des précisions apportées par l'administration sur l'origine des documents sur lesquels elle s'est fondée pour prononcer les redressements envisagés.

4. La proposition de rectification du 19 décembre 2016 par laquelle l'administration a notifié à M. et Mme A C, selon la procédure contradictoire, des compléments d'impôt sur le revenu dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers et de contributions sociales au titre de l'année 2013, mentionne les impôts concernés ainsi que l'année et les bases d'imposition retenues, et expose, s'agissant des impositions assignées selon la procédure contradictoire, les motifs pour lesquels l'administration a estimé que la minoration par la SARL Finerland du boni déterminé dans le cadre de sa liquidation en raison de la sous-évaluation des parts qu'elle détenait dans la SARL Les lions du nord constituait, entre les mains de M. D, une distribution occulte au sens du c. de l'article 111 du code général des impôts, taxable dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers. Si les requérants soutiennent que la base légale ainsi retenue n'était pas susceptible de fonder le rehaussement litigieux, une telle circonstance est sans influence sur la motivation de la proposition de rectification. Par suite, les indications que comportent cette proposition de rectification étaient suffisantes pour éclairer M. et Mme A C et leur permettre de discuter utilement le bien-fondé des redressements envisagés, ce qu'ils ont d'ailleurs fait en adressant au service, le 7 février 2017, des observations, auxquelles il a été répondu le 27 mars 2017. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette proposition de rectification ne peut, par suite, qu'être écarté.

En ce qui concerne l'imposition de l'avantage occulte :

5. Aux termes de l'article 111 du code général des impôts : " Sont notamment considérés comme revenus distribués : () / c. Les rémunérations et avantages occultes ; () ". En cas d'acquisition par une société à un prix que les parties ont délibérément majoré par rapport à la valeur vénale de l'objet de la transaction, ou, s'il s'agit d'une vente, délibérément minoré, sans que cet écart de prix comporte de contrepartie, l'avantage ainsi octroyé doit être requalifié comme une libéralité représentant un avantage occulte constitutif d'une distribution de bénéfices au sens des dispositions, citées ci-dessus, du c de l'article 111 du code général des impôts, alors même que l'opération est portée en comptabilité et y est assortie de toutes les justifications concernant son objet et l'identité du cocontractant, dès lors que cette comptabilisation ne révèle pas, par elle-même, la libéralité en cause. La preuve d'une telle distribution occulte doit être regardée comme apportée par l'administration lorsqu'est établie l'existence, d'une part, d'un écart significatif entre le prix convenu et la valeur vénale du bien cédé, d'autre part, d'une intention, pour la société, d'octroyer et, pour le cocontractant, de recevoir, une libéralité du fait des conditions de la cession. Dans le cas où le vendeur et l'acquéreur sont liés par une relation d'intérêts, l'intention d'octroyer et de recevoir une libéralité est présumée.

6. La valeur vénale des actions non admises à la négociation sur un marché réglementé doit être appréciée compte tenu de tous les éléments dont l'ensemble permet d'obtenir un chiffre aussi voisin que possible de celui qu'aurait entraîné le jeu normal de l'offre et de la demande à la date où la cession ou l'apport est intervenu. Cette valeur doit être établie, en priorité, par référence à la valeur qui ressort de transactions portant, à la même époque, sur des titres de la société, dès lors que cette valeur ne résulte pas d'un prix de convenance. Toutefois, en l'absence de transactions intervenues dans des conditions équivalentes et portant sur les titres de la même société ou, à défaut, de sociétés similaires, l'administration peut légalement se fonder sur l'une des méthodes destinées à déterminer la valeur de l'actif ou sur la combinaison de plusieurs de ces méthodes.

7. Il résulte de l'instruction que, pour fixer le boni de liquidation imposable entre les mains de l'associé de la SARL Finerland à la somme de 145 254,05 euros au lieu de la somme de 22 861,05 euros déclarée par M. A C, soit une différence de 122 393 euros, l'administration a procédé à l'évaluation au 14 janvier 2013, date de la clôture des opérations de liquidation de cette société, la valeur vénale des titres de la SARL Les lions du nord représentant principalement l'actif de la SARL Finerland. Le service a tout d'abord calculé la valeur mathématique et la valeur de productivité de ces titres, puis a combiné ces deux méthodes d'évaluation selon une pondération privilégiant, à hauteur des 4/5èmes, la valeur mathématique, l'administration faisant valoir, sans être sérieusement contredite, qu'il s'agit de la pondération usuellement retenue pour les petites et moyennes entreprises. L'administration a en conséquence fixé la valeur des titres de la SARL Les lions du nord détenus par la SARL Finerland à 209 393 euros au lieu de 87 000 euros. M. et Mme A C contestent les modalités de détermination de ce montant.

8. Il résulte de l'instruction que, pour définir la valeur mathématique unitaire de chaque part de la SARL Les lions du nord, l'administration a arrêté la valeur du fonds de commerce, incluant le droit au bail, qu'elle a déterminée en calculant la moyenne d'une évaluation par le bénéfice et par le chiffre d'affaires. Le service a retenu, s'agissant de l'estimation par le bénéfice, les perspectives d'évolution de la SARL Les lions du nord justifiaient une pondération de 3 pour l'exercice clos en 2012, de 2 pour l'exercice clos en 2011 et de 1 pour l'exercice clos en 2010 aux montants des bénéfices nets réalisés au titre de chacun des exercices, et a appliqué un coefficient de 3 au bénéfice annuel pondéré au titre de ces trois exercices, qui tient compte de la situation géographique de l'hôtel à proximité de la remontée mécanique principale de la station de ski des Deux Alpes, sans même réintégrer les prestations de gestion versées à la SARL Finerland pour rémunérer son dirigeant et associé. S'agissant de l'estimation par le chiffre d'affaires, le service a retenu la même pondération sur les chiffres d'affaires de chacun des trois derniers exercices, et a ainsi déterminé un chiffre d'affaires moyen journalier, auquel elle a appliqué, en tenant compte d'une évaluation de la seule valeur des éléments incorporels, un coefficient de 200, qui correspond au coefficient minimal usuellement retenu. Le service a, en calculant la moyenne de ces deux méthodes d'estimation, fixé la valeur du fonds de commerce à la somme arrondie de 340 000 euros, représentant environ 40 % du chiffres d'affaires moyen pondéré. L'administration a corroboré cette valeur en recourant à quatre termes de comparaison de cessions de fonds de commerce intervenus entre mars 2012 et janvier 2013, à partir desquels le service a constaté que le prix moyen de cession de ces fonds équivalait à 40 % du chiffre d'affaires moyen pondéré de ces établissements. Il ne résulte pas de l'instruction que la méthode retenue par l'administration, qui a tenu compte, au vu des éléments décrits ci-dessus, des spécificités de l'établissement exploité par la SARL Les lions du nord, a abouti à une évaluation erronée de la valeur mathématique des titres de la SARL Les lions du nord en l'arrêtant, à la date de leur cession par la SARL Finerland, à la somme de 414 338 euros.

9. Pour déterminer la valeur de productivité des titres de la SARL Les lions du nord, l'administration a retenu un taux de productivité de 5,28 % justifié par la prise en compte d'un taux de rendement de base de 1,28 %, correspondant au taux de rendement des obligations publiques garanties par l'Etat hors inflation, majoré d'une prime de risque de 5 %, correspondant à la prime de risque historique du marché français sur cent ans, affectée d'un coefficient de risque de 0,8. Si M. et Mme A C soutiennent que le choix par l'administration d'un coefficient de risque de 0,8 n'est pas justifié et que, compte tenu du secteur d'activité de la SARL Les lions du nord, le coefficient retenu aurait dû être plus élevé, il résulte de l'instruction que l'administration a retenu un coefficient de risque moyen, au regard des préconisations issues du guide de l'évaluation des entreprises et des titres de sociétés, en tenant compte du caractère dynamique du secteur de l'hébergement de tourisme dans la station des Deux-Alpes, de la situation financière de la société, de l'importance du chiffre d'affaires ainsi que de la complémentarité des activités exercées d'hôtellerie, bar et restauration. L'administration a ainsi, contrairement à ce que soutiennent les requérants, tenu compte des risques économiques propres au secteur d'activité de la SARL Les lions du nord et de la localisation géographique de son établissement. Cette méthode retenue par l'administration a abouti à une valeur unitaire des titres de 219 euros, soit une valeur de productivité totale de 87 595 euros. La seule circonstance que la valeur de productivité soit différente de la valeur mathématique retenue n'est pas, par elle-même, de nature à considérer que l'évaluation faite par l'administration serait erronée.

10. Il résulte de ce qui vient d'être dit que l'administration établit que la cession par la SARL Finerland à son associé unique, M. D, des titres de la SARL Les lions du nord, effectuée au prix de 87 000 euros alors que leur valeur réelle s'élevait à 209 393 euros, a été réalisée à un prix significativement minoré par les parties. Il est constant que cette minoration n'a été justifiée par l'existence d'aucune contrepartie, ce que ne contestent pas sérieusement les requérants. Enfin, compte tenu des relations d'intérêt existant entre la SARL Finerland, dont M. A C était le dirigeant et l'unique associé, l'intention d'octroyer une libéralité de la part de la société et de la recevoir de la part de M. A C doit être présumée. L'administration doit ainsi être regardée comme apportant la preuve de l'intention des parties respectivement de consentir et de recevoir une libéralité. C'est dès lors à bon droit que la libéralité de 122 393 euros constitutive d'un avantage occulte a été imposée entre les mains de l'intéressé sur le fondement du c. de l'article 111 du code général des impôts, sans qu'y fasse obstacle la circonstance que celui-ci a été imposé, au titre de la même année, à raison du boni de liquidation résultant des comptes définitifs de clôture des opérations de liquidation de la SARL Finerland. Par suite, le moyen tiré de ce que cette somme était imposable sur le fondement de l'article 111 bis du code général des impôts, dont le premier alinéa dispose que " lorsqu'une personne morale soumise à l'impôt sur les sociétés cesse d'y être assujettie, ses bénéfices et réserves, capitalisés ou non, sont réputés distribués aux associés en proportion de leurs droits ", doit être écarté.

11. Si M. et Mme A C soutiennent avoir été privés des garanties attachées à la vérification de comptabilité de la SARL Finerland, dont M. A C est l'associé unique, faute de contrôle de la société qui aurait permis de déterminer de manière précise le boni de liquidation, aucune disposition ne fait obligation à l'administration, qui au demeurant disposait des comptes définitifs de liquidation et des bilans de la SARL Finerland, de réaliser une vérification de comptabilité de la société à l'origine des distributions avant d'imposer une libéralité entre les mains de son bénéficiaire sur le fondement du c. de l'article 111 du code général des impôts. Dans ces conditions, M. et Mme A C ne sont pas fondés à soutenir qu'à défaut de vérification de comptabilité de la SARL Finerland, la procédure d'imposition suivie à leur égard est entachée d'irrégularité.

12. Dans la réponse aux observations du contribuable, qui est suffisamment motivée, l'administration a rappelé que le rehaussement en litige est fondé sur les dispositions de l'article 111, c du code général des impôts. Dès lors, contrairement à ce que soutiennent les appelants, la base légale retenue dans la proposition de rectification n'a pas été modifiée au cours de la procédure d'imposition. L'administration fiscale n'avait ainsi pas à accorder un nouveau délai de réponse à la société. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales doit être écarté.

En ce qui concerne les contributions sociales :

13. D'une part, aux termes de l'article L. 131-6 du code de la sécurité sociale dans sa rédaction issue de l'article 11 de la loi du 17 décembre 2012 de financement de sécurité sociale applicable aux revenus distribués ou payés à compter du 1er janvier 2013 : " Les cotisations d'assurance maladie et maternité, d'allocations familiales et d'assurance vieillesse des travailleurs indépendants non agricoles sont assises sur leur revenu d'activité non salarié () Est également prise en compte, dans les conditions prévues au deuxième alinéa, la part des revenus mentionnés aux articles 108 à 115 du code général des impôts perçus par le travailleur non salarié non agricole, son conjoint ou le partenaire auquel il est lié par un pacte civil de solidarité ou leurs enfants mineurs non émancipés et des revenus visés au 4° de l'article 124 du même code qui est supérieure à 10 % du capital social et des primes d'émission et des sommes versées en compte courant détenus en toute propriété ou en usufruit par ces mêmes personnes. Un décret en Conseil d'Etat précise la nature des apports retenus pour la détermination du capital social au sens du présent alinéa ainsi que les modalités de prise en compte des sommes versées en compte courant () ". Aux termes de l'article L. 136-3 du même code dans sa rédaction alors applicable : " Sont soumis à la contribution les revenus professionnels des travailleurs indépendants au sens de l'article L. 242-11. La contribution est assise sur les revenus déterminés par application des dispositions de l'article L. 131-6 () ". Aux termes de l'article L. 136-6 du code de la sécurité sociale, dans sa rédaction alors applicable, relatif à la contribution sociale sur les revenus du patrimoine, aux dispositions duquel renvoient directement ou indirectement les articles 1600-0 C, 1600-0 F bis et 1600-0 G du code général des impôts relatifs à la contribution sociale généralisée, aux prélèvements sociaux et à la contribution au remboursement de la dette sociale : " I.- Les personnes physiques fiscalement domiciliées en France au sens de l'article 4 B du code général des impôts sont assujetties à une contribution sur les revenus du patrimoine assise sur le montant net retenu pour l'établissement de l'impôt sur le revenu, à l'exception de ceux ayant déjà supporté la contribution au titre des articles L. 136-3, L. 136-4 et L. 136-7 : () c) Des revenus de capitaux mobiliers ; () III.- La contribution portant sur les revenus mentionnés aux I à II ci-dessus est assise, contrôlée et recouvrée selon les mêmes règles et sous les mêmes sûretés, privilèges et sanctions que l'impôt sur le revenu () ". Aux termes de l'article R. 131-2 du code de la sécurité sociale dans sa rédaction alors en vigueur : " Pour l'application du troisième alinéa de l'article L. 131-6 : 1° Les apports retenus pour la détermination du capital social sont les apports en numéraire intégralement libérés et les apports en nature à l'exclusion de ceux constitués par des biens incorporels qui n'ont fait l'objet ni d'une transaction préalable en numéraire ni d'une évaluation par un commissaire aux apports ; 2° Les sommes versées en compte courant correspondent au solde moyen annuel du compte courant d'associé. Ce solde moyen annuel est égal à la somme des soldes moyens du compte courant de chaque mois divisé par le nombre de mois compris dans l'exercice ; 3° Le montant du capital social, des primes d'émission et des sommes versées en compte courant d'associé est apprécié au dernier jour de l'exercice précédant la distribution des revenus mentionnés aux articles 108 à 115 du code général des impôts et le versement des revenus visés au 4° de l'article 124 du même code ". Enfin, aux termes de l'article L. 613-1 de ce code, dans sa rédaction applicable au litige : " Sont obligatoirement affiliés au régime d'assurance maladie et d'assurance maternité des travailleurs indépendants des professions non agricoles : () 5° l'associé unique des entreprises unipersonnelles à responsabilité limitée sauf si l'activité qu'il exerce est de nature agricole au sens de l'article L. 722-1 du code rural et de la pêche maritime ; () ".

14. D'autre part, aux termes de l'article 111 du code général des impôts : " Sont notamment considérés comme revenus distribués : () c. Les rémunérations et avantages occultes ; () ".

15. Il résulte de ces dispositions que, si les revenus distribués ont en principe le caractère de revenus des capitaux mobiliers passibles de la contribution sociale sur les revenus du patrimoine, la part de ces revenus perçue par le gérant majoritaire d'une société à responsabilité limitée, relevant en cette qualité du régime des travailleurs non-salariés non agricoles, son conjoint ou le partenaire auquel il est lié par un pacte civil de solidarité ou leurs enfants mineurs non émancipés, doit être regardée, pour son assujettissement aux prélèvements sociaux, comme des revenus d'activité pour leur fraction excédant 10 % du capital social et des primes d'émission ainsi que des sommes versées en compte courant. Cette fraction entrant ainsi dans le champ des contributions portant sur les revenus d'activité, elle ne saurait être soumise à celles assises sur les revenus du patrimoine.

16. En application de l'article L. 613-1 du code de la sécurité sociale, M. D relève, en sa qualité d'associé unique et gérant de la SARL Finerland, du régime des travailleurs indépendants non agricoles. Il résulte des dispositions précitées de l'article L. 131-6 du code de la sécurité sociale, dans leur version en vigueur à compter du 1er janvier 2013, que les revenus distribués à M. D, provenant de la SARL Finerland, au titre de l'année 2013, doivent être regardés, pour leur assujettissement aux contributions sociales, comme des revenus d'activité pour leur fraction excédant 10 % du capital social déterminé à partir des apports en numéraire intégralement libérés, ainsi que des primes d'émission et des sommes versées en compte courant détenus par M. D. La circonstance que les revenus réputés distribués en cause présentaient un caractère occulte et ont été imposés entre les mains du requérant sur le fondement du c. de l'article 111 du code général des impôts est, contrairement à ce que soutient le ministre, sans incidence sur l'application de l'article L. 131-6 du code de la sécurité sociale, lequel vise les revenus distribués mentionnés aux articles 108 à 115 du code général des impôts.

17. Sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve au contribuable, il appartient au juge de l'impôt, au vu de l'instruction et compte tenu, le cas échéant, de l'abstention d'une des parties à produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si la situation du contribuable entre dans le champ de l'assujettissement à l'impôt ou, le cas échéant, s'il remplit les conditions légales d'une exonération.

18. Si M. et Mme A C font valoir que la fraction des revenus distribués au titre de l'année 2013 excédant 10 % du capital social de la SARL Finerland n'était pas passible des contributions sociales assises sur les revenus du patrimoine, le ministre relève, dans le dernier état de ses écritures, que la base d'imposition n'excédait pas le seuil fixé à l'article L. 131-6 du code de la sécurité sociale. Quant à M. et Mme A C, ils n'apportent aucun élément, qu'ils sont seuls en mesure d'apporter, de nature à justifier leurs allégations. Dans ces conditions, ils ne sont pas fondés à demander la réduction de l'assiette des contributions sociales sur les revenus du patrimoine.

19. Il résulte de tout ce qui précède que M. et Mme A C ne sont pas fondés à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Grenoble a rejeté le surplus des conclusions de leur demande.

Sur les frais liés au litige :

20. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme que M. et Mme A C réclament sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DÉCIDE :

Article 1er : Le jugement du tribunal administratif de Grenoble du 19 novembre 2020 est annulé en tant qu'il a omis de constater un non-lieu à statuer à hauteur de 5 338 euros.

Article 2 : A concurrence de 5 338 euros en ce qui concerne la majoration de 10 % afférente aux cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles M. et Mme A C ont été assujettis au titre de l'année 2015, il n'y a pas lieu de statuer sur la demande présentée par M. et Mme A C devant le tribunal administratif de Grenoble.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. et Mme A C est rejeté.

Article 4 : Le présent arrêt sera notifié à M. et Mme B A C et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.

Délibéré après l'audience du 16 février 2023, à laquelle siégeaient :

M. Pruvost, président de chambre,

Mme Courbon, présidente-assesseure,

M. Pin, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 9 mars 2023.

Le rapporteur,

F.-X. Pin

Le président,

D. PruvostLa greffière,

N. Lecouey

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

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