mercredi 12 juillet 2023
| Juridiction | COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON |
| Section | COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON |
| N° Dossier | CAA69-21LY00197 |
| Type | Décision |
| Recours | plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre - formation à 3 |
| Avocat requérant | SCP LONQUEUE - SAGALOVITSCH - EGLIE-RICHTERS & ASSOCIÉS |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure
Mme B A a demandé au tribunal administratif de Grenoble :
1°) d'annuler la décision du 22 juin 2018 par laquelle la présidente du département de la Drôme a rejeté sa demande d'indemnisation du préjudice résultant selon elle du refus fautif de lui verser l'indemnité compensatrice mensuelle relative aux astreintes de direction qu'elle a effectuées entre 2014 et 2017 ;
2°) de condamner le département de la Drôme à lui verser la somme de 21 527,83 euros en indemnisation du préjudice matériel et la somme de 5 000 euros au titre du préjudice moral qu'elle estime avoir subis ;
3°) subsidiairement, d'enjoindre à la présidente du département de la Drôme de réexaminer sa situation au regard de ses droits à percevoir l'indemnité compensatrice, sous astreinte journalière de 100 euros à compter du jugement ;
4°) de mettre à la charge du département de la Drôme une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Par un jugement n° 1805109 du 1er décembre 2020, le tribunal administratif de Grenoble a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 19 janvier 2021 et 14 mai 2021, Mme A, représentée par Me Albisson, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement du tribunal administratif de Grenoble du 1er décembre 2020 ;
2°) d'annuler la décision du 22 juin 2018 par laquelle la présidente du département de la Drôme a rejeté sa demande d'indemnisation du préjudice résultant selon elle du refus fautif de lui verser l'indemnité compensatrice mensuelle aux astreintes de direction qu'elle a effectuées entre 2014 et 2017 ;
3°) en conséquence d'engager la responsabilité pour faute du département de la Drôme du fait de l'illégalité de son refus et de le condamner à lui verser la somme de 21 527,83 euros en indemnisation du préjudice matériel et la somme de 5 000 euros au titre du préjudice moral qu'elle estime avoir subis ;
4°) en conséquence d'enjoindre à la présidente du département de la Drôme de réexaminer sa situation au regard de ses droits à percevoir l'indemnité compensatrice, sous astreinte journalière de 100 euros à compter du jugement à intervenir ;
5°) de mettre à la charge du département de la Drôme une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme A soutient que :
- la présidente du département de la Drôme a commis une erreur manifeste d'appréciation en lui opposant le fait que son grade ne figurait pas sur la liste ouvrant droit aux indemnités de garde de direction ;
- elle était responsable de la pouponnière au sein de la maison départementale de l'enfance entre 2014 et 2017 ;
- le département de la Drôme a commis une faute en refusant de lui verser l'indemnité compensatrice mensuelle, ce qui engage sa responsabilité.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 23 mars 2021 et 2 juin 2022, le département de la Drôme représenté par Me Lonqueue conclut au rejet de la requête et demande qu'une somme de 2 600 euros soit mise à la charge de Mme A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que la requête est irrecevable et que les moyens présentés par la requérante ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 7 avril 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 7 juin 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 modifiée portant droits et obligations des fonctionnaires ;
- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière ;
- le décret n° 2010-30 du 8 janvier 2010 pris en application de l'article 77 de la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 modifiée portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière ;
- l'arrêté du 24 avril 2002 fixant la liste des corps, grades ou emplois autorisés à réaliser des astreintes dans les établissements mentionnés à l'article 2 de la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière ;
- l'arrêté du 8 janvier 2010 fixant le montant de l'indemnité compensatrice mensuelle prévue à l'article 3 du n° 2010-30 du 8 janvier 2010 ;
- l'arrêté du 8 janvier 2010 fixant les conditions dans lesquelles certains fonctionnaires hospitaliers participant à la mise en œuvre de gardes de direction ou techniques peuvent bénéficier d'une concession de logement par nécessité absolue de service ;
- le code de justice administrative.
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Fédi, président-assesseur,
- les conclusions de M. Deliancourt, rapporteur public,
- et les observations de Me Albisson, représentant Mme A, et celles de Me Bieder, représentant le département de la Drôme ;
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A a été recrutée, le 1er mars 2009, par le département de la Drôme en qualité de puéricultrice et a été affectée à la maison départementale de l'enfance. Le 16 avril 2018, Mme A a sollicité de la part de la présidente du département de la Drôme l'indemnisation des préjudices nés selon elle de l'absence de versement de l'indemnité compensatrice mensuelle prévue par le décret n° 2020-30 du 8 janvier 2010 pour les années 2014 et 2017, laquelle, par décision du 22 juin 2018, a rejeté sa demande indemnitaire. Mme A a demandé au tribunal administratif de Grenoble d'annuler la décision du 22 juin 2018, de condamner le département de la Drôme à lui verser la somme de 21 527,83 euros en indemnisation du préjudice matériel et la somme de 5 000 euros au titre du préjudice moral qu'elle estime avoir subis et qu'il soit enjoint à la présidente du département de la Drôme de réexaminer sa situation au regard de ses droits à percevoir l'indemnité compensatrice entre 2014 et 2017, sous astreinte. Mme A fait appel du jugement du 1er décembre 2020 par lequel le tribunal administratif de Grenoble a rejeté sa demande.
Sur les conclusions indemnitaires :
2. Aux termes de l'article 77 de la loi du 9 janvier 1986 susvisée : " Les fonctionnaires régis par le présent titre ont droit, après service fait, à une rémunération fixée conformément aux dispositions de l'article 20 du titre Ier du statut général. / Un décret fixe la liste des catégories de fonctionnaires astreints, du fait de leurs fonctions, à résider dans ou à proximité de l'établissement. Les établissements ne pouvant assurer le logement de ces fonctionnaires leur versent une indemnité compensatrice. Le décret détermine les conditions dans lesquelles ces fonctionnaires peuvent bénéficier d'avantages en nature. (). ". Aux termes de l'article 1er du décret du 8 janvier 2010 susvisé : " Dans les établissements mentionnés à l'article 2 de la loi du 9 janvier 1986 susvisée, les concessions de logement sont attribuées par nécessité absolue de service à certains fonctionnaires () ". Selon l'article 2 de ce même décret : " I. - Les fonctionnaires occupant d'une part les emplois des corps et des statuts fonctionnels des personnels de direction et des directeurs des soins des établissements mentionnés à l'article 2 de la loi du 9 janvier 1986 susvisée et d'autre part les fonctions d'administrateur provisoire dans le cadre de l'article L. 6143-3-1 du code de la santé publique bénéficient de concessions de logement par nécessité absolue de service. Ces concessions sont attribuées en contrepartie de la participation de ces personnels aux gardes de direction et des sujétions de responsabilité permanente et de continuité du service public qui leur sont dévolues. / II. -Les fonctionnaires occupant les emplois ou appartenant aux corps mentionnés ci-après, astreints à des gardes de direction ou techniques, en vertu d'un tableau établi, dans chaque établissement, par le directeur ou, le cas échéant, par l'autorité compétente pour les établissements non dotés de la personnalité morale, bénéficient également de concessions de logement par nécessité absolue de service lorsqu'ils assurent un nombre annuel minimum de journées de garde fixé par un arrêté des ministres chargés de la santé, du budget et de la fonction publique : -ingénieurs ; -cadres socio-éducatifs ; cadres de santé ;-attachés d'administration hospitalière ; -responsables des centres maternels, de pouponnières et de crèches () ". Aux termes de l'article 3 du même décret : Les fonctionnaires bénéficiant de concessions de logement par nécessité absolue de service sont logés par priorité dans le patrimoine de l'établissement. A défaut, lorsque ce patrimoine ne permet pas d'assurer leur logement, ils bénéficient, au choix de l'établissement dont ils relèvent : ' soit d'un logement locatif mis à leur disposition dans les conditions prévues à l'article 4, dont la localisation est compatible avec la mise en œuvre de gardes de direction ou techniques ; ' soit d'une indemnité compensatrice mensuelle, dont les montants sont fixés par arrêté des ministres chargés de la santé, du budget et de la fonction publique pour chacune des zones relatives au classement des communes (). ". Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 8 janvier 2010 fixant les montants de l'indemnité compensatrice mensuelle prévue à l'article 3 du décret n° 2010-30 du 8 janvier 2010 : " Le montant de l'indemnité compensatrice mensuelle prévue à l'article 3 du décret du 8 janvier 2010 susvisé est fixé, selon la zone concernée relative au classement des communes définie par les dispositions du code général des impôts, comme suit : Zone A : 1 828 euros ; Zone B1 : 1 485 euros ; Zone B2 : 1 257 euros ; Zone C : 1 142 euros. / Cette indemnité est versée dans les conditions fixées à l'article 3 du décret du 8 janvier 2010 susvisé ". Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 8 janvier 2010 fixant les conditions dans lesquelles certains fonctionnaires hospitaliers participant à la mise en œuvre de gardes de direction ou techniques peuvent bénéficier d'une concession de logement par nécessité absolue de service : " Le nombre annuel de journées de gardes de direction ou techniques à assurer par certains fonctionnaires, prévu à l'article 2 du décret du 8 janvier 2010 susvisé, ouvrant droit aux concessions de logement, ne peut, en aucun cas, être inférieur à 40 journées. ". L'indemnité compensatrice mensuelle, destinée à compenser l'absence de logement pour les agents devant bénéficier de concessions de logements par nécessité absolue de service et qui ne peuvent pas être logés dans le patrimoine de l'établissement, est accordée à des fonctionnaires relevant de certains grades ou occupant certains emplois, dont la liste est énumérée de manière limitative à l'article 2 du décret du 8 janvier 2010.
3. Il est constant que Mme A, qui est titulaire du grade de puéricultrice de classe supérieure, ne relève d'aucun des corps de fonctionnaires mentionnés au II de l'article 2 du décret du 8 janvier 2010 dont les membres sont éligibles, sous certaines conditions, à l'indemnité compensatrice mensuelle prévue à l'article 3 de ce décret. En outre, si Mme A soutient qu'elle exerce les fonctions de chef du service pouponnière au sein de la maison départementale de l'enfance, il ne résulte pas de l'instruction, et en particulier ni de la fiche du poste de " chef de service pôle santé à la maison des enfants " qu'elle occupe, ni des plannings d'astreintes, ni de l'attestation de l'ancien directeur de la MDE du 8 avril 2019 , que les fonctions exercées par l'intéressée correspondraient à celles de " responsable de pouponnières " au sens des dispositions du II de l'article 2 du décret du 8 janvier 2010. Par ailleurs, les qualités de chef de service et de titulaire d'une délégation de signature du président du conseil départemental de la Drôme dont elle se prévaut ne permettent pas plus de démontrer qu'elle remplirait les conditions pour percevoir l'indemnité litigieuse. Enfin, la note interne du 1er juin 2017 relative aux indemnités, invoquée par l'agent, se borne à préciser que seule la directrice de la maison départementale de l'enfance effectue des gardes de direction et que les chefs de service participent au roulement des astreintes. Dans ces conditions, Mme A ne peut prétendre au versement de l'indemnité
compensatrice mensuelle, ainsi que la présidente du département de la Drôme le lui a opposé, sans illégalité fautive, dans la décision du 22 juin 2018.
4. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que Mme A n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Grenoble a rejeté sa demande. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
5. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par les parties sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Les conclusions du département de la Drôme présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent arrêt sera notifié à Mme B A et au département de la Drôme.
Délibéré après l'audience du 27 juin 2023, à laquelle siégeaient :
M. Jean-Yves Tallec, président de chambre,
M. Gilles Fédi, président-assesseur,
Mme Bénédicte Lordonné, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2023.
Le rapporteur,
Gilles Fédi
Le président,
Jean-Yves TallecLa greffière,
Sandra Bertrand
La République mande et ordonne au préfet de la Drôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
La greffière,
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE03336
La Cour administrative d’appel de Versailles, statuant en référé, a rejeté la requête de Mme C... contestant l’ordonnance du tribunal administratif de Versailles qui avait rejeté sa demande indemnitaire pour rupture abusive de son contrat de travail avec la commune de Carrières-sous-Poissy. La cour a confirmé que la demande de première instance était irrecevable, faute pour la requérante d’avoir produit la preuve du dépôt d’une demande indemnitaire préalable, condition nécessaire pour lier le contentieux. En l’absence de contestation de cette irrecevabilité, les moyens soulevés en appel ont été jugés inopérants. L’ordonnance a été rendue sur le fondement de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-24MA03276
La Cour administrative d'appel de Marseille, dans un arrêt du 25 mars 2026, a examiné le litige opposant la société EEA à l'office public de l'habitat Pays d'Aix Habitat Métropole (aux droits duquel vient la société Famille et Provence) concernant la résiliation de trois accords-cadres de travaux. Saisie en appel du jugement du tribunal administratif de Marseille ayant rejeté la demande de la société EEA, la cour a soulevé d'office un moyen tiré de la nullité des contrats en raison d'un conflit d'intérêts. Elle a constaté que le directeur technique de l'office, ayant participé à la procédure de passation des trois contrats, se trouvait dans une situation de conflit d'intérêts constitutive d'un vice d'une particulière gravité, justifiant ainsi l'annulation du jugement et la constatation de la nullité des accords-cadres.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02403
La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, est saisie par la société Neko Ramen d'une demande de suspension de l'exécution provisoire d'un jugement du tribunal administratif de Paris du 19 février 2026. Ce jugement avait partiellement annulé une décision de l'OFII du 14 septembre 2023, mais avait maintenu à la charge de la société une contribution spéciale de 661 650 euros pour emploi d'étrangers sans titre. La société invoque l'urgence et l'existence de moyens sérieux (irrégularité de procédure, erreur de droit dans la modulation, disproportion de la sanction). Le juge des référés rappelle que la suspension prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative nécessite une urgence justifiée et un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA01426
Cette décision de la Cour administrative d'appel de Marseille concerne le non-renouvellement du contrat d'une assistante d'éducation par le collège des Hautes Vallées. La cour rejette la requête de Mme A... qui contestait ce non-renouvellement. Elle juge que l'absence d'entretien préalable, prévu par l'article 45 du décret n° 86-83 du 17 janvier 1986, ne constitue pas une garantie dont la privation entraîne automatiquement l'annulation de la décision, sauf en cas de caractère disciplinaire, ce qui n'était pas le cas. La cour confirme ainsi le jugement du tribunal administratif de Marseille.
04/05/2026