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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA69-21LY00259

COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON — Décision N° CAA69-21LY00259

jeudi 9 mars 2023

JuridictionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
SectionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
N° DossierCAA69-21LY00259
TypeDécision
Recoursfiscal
PublicationC
Formation2ème chambre - formation à 3
Avocat requérantAEQUALYS CONSEIL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure

M. et Mme C B ont demandé au tribunal administratif de Dijon de prononcer la décharge des cotisations d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles ils ont été assujettis au titre respectivement de l'année 2015 et de l'année 2017, ainsi que des pénalités correspondantes.

Par un jugement n° 1902653 du 17 décembre 2020, le tribunal administratif de Dijon a rejeté leur demande.

Procédure devant la cour

Par une requête, enregistrée le 26 janvier 2021, M. et Mme A B, représentés par Me Berder, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) de prononcer la décharge de ces impositions et des pénalités correspondantes ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- ils ont été privés d'un débat oral et contradictoire en ce qu'il n'a pas donné suite à leur demande d'entretien avec le vérificateur en présence de son supérieur hiérarchique ;

- il est justifié du caractère professionnel et de la réalité des frais kilométriques exposés ;

- l'article 80 ter du code général des impôts n'est pas applicable à l'espèce ;

- il est justifié de l'origine des sommes apportées par M. A B à la SASU Empire transactions immobilières à hauteur de 2 008 euros au titre de l'exercice clos en 2015 et de 1 380 euros au titre de l'exercice clos en 2017, de sorte que ces sommes ne pouvaient être considérées comme des revenus distribués sur le fondement du 2° de l'article 109, 1 du code général des impôts ;

- les intérêts de retard appliqués ne sont pas justifiés ;

- l'application d'une majoration de 10 % n'est pas justifiée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 décembre 2022, le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. et Mme A B ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées que l'arrêt était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, par application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, tiré de ce que l'administration ne pouvait faire application de la majoration de 25 % prévue au 7 de l'article 158 du code général des impôts pour déterminer la base imposable des contributions sociales auxquelles M. et Mme A B ont été assujettis au titre de l'année 2017, en raison de la réserve d'interprétation portant sur l'article L. 136-6 du code de la sécurité sociale émise par le Conseil Constitutionnel dans sa décision n° 2016-610 QPC du 10 février 2017.

Par des observations enregistrées le 27 janvier 2013, le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique conclut au non-lieu à statuer à concurrence du dégrèvement de 61 euros, prononcé le 20 janvier 2023 à la suite du moyen d'ordre public.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Pin, premier conseiller,

- et les conclusions de Mme Lesieux, rapporteure publique ;

Considérant ce qui suit :

1. A l'issue d'une vérification de comptabilité de la SASU Empire transactions immobilières, qui exerce une activité de marchand de biens et d'agence immobilière et dont M. A B est le dirigeant et l'unique associé, l'administration fiscale, d'une part, a considéré que les sommes de 2 008 euros et de 1 380 euros, inscrites au crédit du compte courant d'associé de M. A B, constituaient des revenus distribués au sens du 2° du 1 de l'article 109 du code général des impôts imposables entre ses mains au titre respectivement des années 2015 et 2017 et, d'autre part, a réintégré dans les revenus imposables de M. et Mme A B, dans la catégorie des traitements et salaires, le montant des remboursements forfaitaires pour frais de déplacement dont l'intéressé a bénéficié au cours des années 2015 à 2017. En conséquence du rehaussement de leurs revenus imposables, M. et Mme A B ont été assujettis, selon la procédure contradictoire, à une cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu au titre de l'année 2015, assorties des intérêts de retard et de la majoration prévue à l'article 1758 A du code général des impôts, et à des cotisations de contributions sociales au titre de l'année 2017. M. et Mme A B relèvent appel du jugement du 17 décembre 2020 par lequel le tribunal administratif de Dijon a rejeté leur demande tendant à la décharge de ces impositions.

Sur l'étendue du litige :

2. Par une décision du 20 janvier 2023, postérieure à l'introduction de la requête, l'administration a, pour respecter la réserve d'interprétation émise par le Conseil constitutionnel dans sa décision n° 2016-610 QPC du 10 février 2017, prononcé le dégrèvement, à concurrence de 61 euros, des cotisations de contributions sociales et des majorations correspondantes auxquelles M. et Mme A B ont été assujettis, en tant que l'assiette de ces cotisations avait, à tort, été majorée de 25 % en application du 7 de l'article 158 du code général des impôts. Les conclusions de la requête sont, dans cette mesure, devenues sans objet.

Sur la régularité de la procédure d'imposition :

3. Si M. et Mme A B font valoir que l'administration n'a pas donné suite à leur demande formulée dans le courrier du 29 novembre 2018 par lequel ils ont présenté des observations sur les rectifications envisagées tendant à bénéficier d'une entrevue avec l'inspecteur signataire de la proposition de rectification, en présence de son supérieur hiérarchique, dans l'hypothèse où l'administration confirmerait les redressements envisagés, ils n'invoquent la méconnaissance d'aucun texte ni d'aucun principe qui leur aurait ouvert un droit à un tel entretien. Le moyen doit, dès lors, être écarté.

Sur le bien-fondé des impositions en litige :

En ce qui concerne les compléments d'impôt sur le revenu établis au titre de l'année 2015 :

S'agissant des sommes imposées dans la catégorie de revenus des capitaux mobiliers :

4. Aux termes du 1 de l'article 109 du code général des impôts : " Sont considérés comme revenus distribués : () 2° Toutes les sommes ou valeurs mises à la disposition des associés, actionnaires ou porteurs de parts et non prélevées sur les bénéfices. () ". Les sommes inscrites au crédit d'un compte courant d'associé d'une société soumise à l'impôt sur les sociétés sont, sauf preuve contraire, à la disposition de cet associé, alors même que l'inscription résulterait d'une erreur comptable involontaire, et ont donc, même dans une telle hypothèse, le caractère de revenus distribués, imposables entre les mains de cet associé dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers en vertu du 2° du 1 de l'article 109 du code général des impôts. Pour que l'associé échappe à cette imposition, il lui incombe de démontrer, le cas échéant, qu'il n'a pas pu avoir la disposition de ces sommes ou que ces sommes ne correspondent pas à la mise à disposition d'un revenu.

5. Au cours de la vérification de comptabilité de la SASU Empire transactions immobilières, l'administration a constaté que les sommes de 1 000 euros et 1 008 euros avaient été portées respectivement le 15 avril 2015 et le 2 décembre 2015 au crédit du compte courant d'associé ouvert au nom de M. A B dans les écritures de la société. L'administration fiscale a imposé ces sommes entre les mains de M. et Mme A B dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers sur le fondement des dispositions citées au point 4.

6. M. et Mme A B soutiennent que l'inscription de la somme de 2 008 euros au crédit du compte courant d'associé de M. A B correspond, d'une part, à un apport personnel accordé à la société par son associé à hauteur de 1 000 euros et, d'autre part, au règlement par celui-ci d'une facture d'un montant de 1 008 euros émise par la société KH Bâtiment. Toutefois, si les requérants versent au débat un extrait de compte bancaire établi le 8 janvier 2015, ils ne précisent pas le nom du titulaire de ce compte ni même de l'établissement bancaire au sein duquel ce compte a été ouvert. Au surplus, à supposer même que M. A B soit le titulaire de ce compte bancaire, l'extrait produit, qui mentionne des retraits d'espèces à hauteur de 7 600 euros effectués entre le 11 décembre 2014 et le 7 janvier 2015, n'est pas de nature à justifier que ces sommes retirées en espèces correspondraient à un apport accordé à la société par son associé et au paiement par celui-ci d'une facture. Dans ces conditions, M. et Mme A B ne peuvent être regardés comme apportant la preuve contraire, qui leur incombe, que la somme en cause ne constitue pas un revenu imposable au sens du 2° du 1 de l'article 109 du code général des impôts.

S'agissant de la somme imposée dans la catégorie des traitements et salaires :

7. Aux termes de l'article 80 ter du code général des impôts : " a) Les indemnités, remboursements et allocations forfaitaires pour frais versés aux dirigeants de sociétés sont, quel que soit leur objet, soumis à l'impôt sur le revenu. b) Ces dispositions sont applicables : 1° Dans les sociétés anonymes : au président du conseil d'administration ; au directeur général ; à l'administrateur provisoirement délégué ; aux membres du directoire ; à tout administrateur ou membre du conseil de surveillance chargé de fonctions spéciales ; () ". En vertu des dispositions de l'article 1655 quinquies du code général des impôts, les sociétés par actions simplifiées sont assimilées aux sociétés anonymes, pour l'application de ce code et de ses annexes. Aux termes de l'article 81 du code général des impôts : " Sont affranchis de l'impôt : 1° Les allocations spéciales destinées à couvrir les frais inhérents à la fonction ou à l'emploi et effectivement utilisées conformément à leur objet. () ".

8. En application de l'article 80 ter, l'administration a réintégré dans le revenu imposable de M. et Mme A B un remboursement forfaitaire de frais de déplacement, d'un montant de 6 000 euros, qui avait été versé par cette société à son dirigeant en 2015. Il incombe au contribuable de démontrer que cette somme n'aurait pas le caractère d'une allocation forfaitaire mais constituerait, ainsi que le soutiennent les requérants, des remboursements de frais réels. En se bornant à produire des états récapitulatifs mensuels qui ne précisent pas l'objet des déplacements correspondants et à y appliquer le barème kilométrique utilisé par l'administration fiscale, les requérants ne justifient pas que les kilomètres parcourus l'ont été pour les besoins de l'entreprise. Au demeurant, l'application par les requérants du barème kilométrique pour l'année 2015 aboutit à un montant moindre que la somme de 6 000 euros versée à M. A B. Dans ces conditions, les frais afférents à ces déplacements ne pouvant être regardés comme justifiés, les remboursements faits à M. A B revêtent un caractère forfaitaire. Par suite, le service était fondé à réintégrer cette indemnité forfaitaire dans la base taxable à l'impôt sur le revenu dans la catégorie des traitements et salaires.

En ce qui concerne les contributions sociales établies au titre de l'année 2017 :

9. Aux termes du I de l'article L. 136-6 du code de la sécurité sociale relatif à la contribution sociale sur les revenus du patrimoine, aux dispositions duquel renvoient directement ou indirectement les articles 1600-0 C, 1600-0 F bis, 1600-0 S et 1600-0 G du code général des impôts relatifs à la contribution sociale généralisée, aux prélèvements sociaux, au prélèvement de solidarité sur les revenus du patrimoine et à la contribution au remboursement de la dette sociale : " Les personnes physiques fiscalement domiciliées en France () sont assujetties à une contribution sur les revenus du patrimoine assise sur le montant net retenu pour l'établissement de l'impôt sur le revenu () : () c) Des revenus de capitaux mobiliers () ".

10. Si M. et Mme A B soutiennent que la somme de 1 380 euros inscrite le 10 janvier 2017 au compte courant d'associé de M. A B correspond au règlement qu'il a effectué en espèces d'une facture dont la SASU Empire transactions immobilière devait s'acquitter, les intéressés, qui se bornent à produire le même extrait de compte bancaire que celui évoqué précédemment, ne justifient pas, pour les mêmes motifs, que la somme en question constituerait le paiement par M. A B d'une facture adressée à la société. Dans ces conditions, M. et Mme A B ne peuvent être regardés comme apportant la preuve contraire qu'ils n'ont pas eu la disposition de cette somme pour l'application du 2° du 1 de l'article 109 du code général des impôts. Par suite, c'est à bon droit que l'administration les a assujettis aux contributions sociales.

Sur les intérêts de retard et la majoration de 10 % prévue à l'article 1758 A du code général des impôts :

11. M. et Mme A B, qui ne soulèvent aucun moyen propre à l'encontre des intérêts de retard et de la majoration de 10 % prévue par l'article 1758 A du code général des impôts appliqués à la cotisation d'impôt sur le revenu en litige, se bornent à soutenir que ces pénalités doivent être abandonnées en raison de l'absence de bien-fondé du rehaussement contesté. Toutefois, et dès lors, ainsi qu'il vient d'être, dit que ce redressement a été légalement établi, les intérêts de retard ainsi que la majoration de 10 % prévue à l'article 1758 A du code général des impôts appliqués à la cotisation d'impôt sur le revenu au titre de l'année 2015, doivent être maintenus.

12. Il résulte de tout ce qui précède que, sous réserve du dégrèvement prononcé en cours d'instance, M. et Mme A B ne sont pas fondés à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Dijon a rejeté leur demande s'agissant des impositions restant en litige.

13. L'Etat n'est pas la partie perdante pour l'essentiel dans la présente instance. Par suite, les conclusions de M. et Mme A B présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

DÉCIDE :

Article 1er : A concurrence de 61 euros, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions aux fins de décharge, en droit et pénalités, des cotisations de contributions sociales mises à la charge de M. et Mme A B au titre de l'année 2017.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent arrêt sera notifié à M. et Mme C B et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.

Délibéré après l'audience du 16 février 2023, à laquelle siégeaient :

M. Pruvost, président de chambre,

Mme Courbon, présidente-assesseure,

M. Pin, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 9 mars 2023.

Le rapporteur,

F.-X. Pin

Le président,

D. PruvostLa greffière,

N. Lecouey

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

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