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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA69-21LY00657

COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON — Décision N° CAA69-21LY00657

vendredi 29 juillet 2022

JuridictionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
SectionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
N° DossierCAA69-21LY00657
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantRIQUET-MICHEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure

M. A B a demandé au tribunal administratif de Dijon d'annuler les décisions du préfet de la Côte-d'Or, du 12 octobre 2020, lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et désignant le pays à destination duquel il serait reconduit d'office à l'expiration de ce délai.

Par un jugement n° 2003310 du 27 janvier 2021, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Dijon a renvoyé en formation collégiale les conclusions du requérant tendant à l'annulation du refus de titre de séjour et les conclusions accessoires qui s'y rattachent, et a rejeté le surplus de ses conclusions. Le 2 juillet 2021, le tribunal administratif de Dijon a rejeté les conclusions tendant à l'annulation de ce refus d'admission au séjour.

Procédure devant la cour

Par une requête enregistrée le 26 février 2021, M. B, représenté par Me Riquet Michel, demande à la cour :

1°) d'annuler le jugement rendu par le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Dijon du 27 janvier 2021 ;

2°) d'annuler, pour excès de pouvoir, les décisions susmentionnées ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Côte-d'Or de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros, au profit de son conseil, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale, du fait de l'illégalité de la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, qui est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en méconnaissance des dispositions du 4° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et méconnaît les dispositions de l'article L. 313-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que le préfet n'a pas examiné sa demande de titre de séjour au regard de son activité salariée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle.

La demande d'admission de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle a été rejetée par une décision du 24 mars 2021, confirmée par une ordonnance du président de la cour du 12 mai 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel () peuvent, () par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

2. M. B, ressortissant kosovar né le 16 avril 1990, est entré irrégulièrement en France en septembre 2015. Suite au rejet de sa demande d'asile, en dernier lieu par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 16 janvier 2018, le requérant a quitté le territoire français en novembre 2018. M. B est revenu en France le 16 août 2019, sous couvert d'un visa de long séjour valable du 8 mars 2019 au 7 mars 2020. L'intéressé a sollicité, le 17 février 2020, la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'époux d'une ressortissante française. Par arrêté du 12 octobre 2020, le préfet de la Côte-d'Or lui a opposé un refus, qu'il a assorti d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a désigné le pays de renvoi. Le requérant fait appel du jugement par lequel le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Dijon a rejeté sa demande tendant à l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et désignation du pays de renvoi.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

En ce qui concerne le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, aux termes du 4° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : () 4° À l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que la communauté de vie n'ait pas cessé depuis le mariage, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ; () ". Il y a lieu d'écarter le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions ainsi que celui de l'erreur manifeste d'appréciation qu'aurait commise le préfet par adoption des motifs retenus à bon droit par le premier juge.

4. En second lieu, M. B soutient que le préfet de la Côte-d'Or n'a pas examiné la demande de titre de séjour en qualité de salarié qu'il avait déposée préalablement à l'édiction de la décision en litige. Toutefois, ainsi que l'a relevé le premier juge, le formulaire de demande d'autorisation de travail complété par l'employeur de M. B est daté du 13 octobre 2020. La demande de titre de séjour portant la mention " salarié " est, par conséquent, nécessairement postérieure à la décision en litige, édictée le 12 octobre 2020. Par suite, contrairement à ce qu'il soutient, le requérant ne justifie, à la date de l'arrêté attaqué, d'aucune demande de titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 313-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Or, le préfet de la Côte-d'Or n'était pas tenu d'examiner spontanément le droit au séjour de M. B au regard d'autres dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que de celles sur le fondement desquelles il était saisi. Ainsi, le moyen tiré de l'absence d'examen de la situation du requérant au regard des dispositions de l'article L. 313-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté comme inopérant.

5. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour à l'appui de ses conclusions dirigées contre les obligations de quitter le territoire français.

En ce qui concerne les autres moyens :

6. En premier lieu, contrairement à ce que soutient M. B, il ressort des mentions de la décision contestée que le préfet de la Côte-d'Or a procédé à un examen préalable de sa situation et a pris en compte l'ensemble des éléments le concernant dont il avait connaissance à la date de sa décision. Par suite, le moyen tiré d'un défaut d'examen de la situation personnelle de M. B doit être écarté.

7. En deuxième lieu, M. B allègue que la décision contestée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le requérant se prévaut notamment de son mariage avec une ressortissante française et de la présence de son frère sur le territoire national. Cependant, il ressort du rapport administratif rédigé par la gendarmerie de Châtillon-sur-Seine le 24 août 2020 que la communauté de vie entre M. B et son épouse a cessé. Les attestations rédigées par l'épouse du requérant et les proches du couple pour attester du maintien d'une vie commune sont postérieures à la décision contestée et présentent un caractère stéréotypé. Le requérant fait par ailleurs valoir qu'il a été embauché en contrat à durée indéterminée, et qu'il a développé des compétences indispensables à l'entreprise dans laquelle il travaille. Toutefois ces éléments, pour dignes d'intérêt qu'ils soient, ne suffisent pas à caractériser une insertion particulière, stable et ancrée dans la durée sur le territoire français et ne permettent pas, à eux seuls, de lui conférer un droit au séjour. De plus, il ressort des pièces du dossier que M. B n'est pas dépourvu d'attaches au Kosovo, son pays d'origine, où résident ses parents et où il a lui-même vécu la majorité de son existence. Ainsi, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, en particulier des conditions de séjour de l'intéressé en France, la décision de refus de délivrance de titre de séjour contestée n'a pas porté au droit de ce dernier au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux motifs du refus. Dès lors, elle ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

8. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point précédent, en refusant la délivrance d'un titre de séjour à M. B, le préfet de la Côte-d'Or n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

9. Il ne ressort pas des éléments du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation du requérant avant de prendre la décision en litige.

10. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. B est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, elle doit être rejetée, y compris en ses conclusions de mise à la charge de l'État des frais exposés et non compris dans les dépens.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au ministre de l'intérieur. Copie en sera adressée au préfet de la Côte-d'Or.

Fait à Lyon, le 29 juillet 2022.

Le président,

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Le greffier,

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