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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA69-21LY01159

COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON — Décision N° CAA69-21LY01159

mardi 26 juillet 2022

JuridictionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
SectionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
N° DossierCAA69-21LY01159
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre - formation à 3
Avocat requérantPETIT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure

M. A a demandé au tribunal administratif de Lyon d'annuler les décisions du 26 février 2021 B lesquelles le préfet de l'Isère lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.

B un jugement n° 2101405 du 11 mars 2021, le tribunal administratif de Lyon a annulé ces décisions, a fait injonction au préfet de l'Isère de délivrer à M. A une autorisation provisoire de séjour et d'effacer son signalement dans le système d'information Schengen dans un délai de huit jours à compter de la notification de ce jugement, et a mis à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à Me Petit au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Procédure devant la cour

B une requête enregistrée le 10 avril 2021, le préfet de l'Isère demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du tribunal administratif de Lyon du 11 mars 2021 ;

2°) de rejeter la demande présentée B M. A.

Le préfet de l'Isère soutient que contrairement à ce qu'a jugé le tribunal administratif, sa décision ne méconnaît pas l'autorité de la chose jugée et se justifie B la menace à l'ordre public que représente l'intéressé.

B deux mémoires en défense enregistrés le 25 octobre 2021 et le 29 juin 2022, M. A, représenté B Me Jean-Philippe Petit, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge du préfet de l'Isère la somme de 1 500 euros à verser à Me Petit, au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il fait valoir que :

- il n'y a plus lieu de statuer sur la requête du préfet puisqu'il dispose d'une autorisation provisoire de séjour en réponse à une demande de titre de séjour déposée ultérieurement, laquelle a abrogé l'obligation de quitter le territoire en litige ;

- il est fondé à se prévaloir de l'autorité de la chose jugée à l'encontre de l'arrêté en litige ; sa situation n'a pas évolué ni en droit, ni en fait ;

- l'arrêté en litige méconnaît l'article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il ne représente pas une menace pour l'ordre public ;

- il reprend l'ensemble de ses moyens de première instance.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale B une décision du bureau d'aide juridictionnelle en date du 16 juin 2021.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

Le président de la formation de jugement ayant dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Psilakis, première conseillère ;

Considérant ce qui suit :

1. M. A, né en 1976, ressortissant du Kosovo, est entré en France le 5 mai 2005 accompagné de son épouse et de ses cinq enfants. La Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié le 2 novembre 2009 et un titre de séjour valable du 2 novembre 2009 au 1er novembre 2019 lui a été délivré. Le 29 mai 2018, M. et Mme A ont été condamnés à cinq mois d'emprisonnement B le tribunal correctionnel de Vienne pour des faits de soustraction B un parent à ses obligations légales compromettant la santé, la sécurité, la moralité ou l'éducation de son enfant. B une décision du 26 juin 2019, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a retiré à M. A le statut de réfugié, sur le fondement du 1° de l'article L. 711-6 du code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, au motif qu'il existe des raisons sérieuses de penser que sa présence en France constitue une menace grave pour la sûreté de l'Etat. Le recours contre cette décision a été rejeté le 7 janvier 2021 B la Cour nationale du droit d'asile. B des décisions du 27 février 2020, le préfet de l'Isère a refusé de délivrer un titre de séjour à M. A et lui a fait obligation de quitter le territoire français. Puis il l'a assigné à résidence B une décision du 14 mai 2020. B un jugement n° 2002833 du 2 juin 2020, la magistrate désignée B le président du tribunal administratif de Grenoble a annulé la décision portant obligation de quitter le territoire français ainsi que celle assignant M. A à résidence. Il n'a pas été interjeté appel de ce jugement. B un jugement du 11 août 2020, le tribunal administratif de Grenoble a rejeté la demande de M. A aux fins d'annulation de la décision de refus de séjour. Après son interpellation le 25 février 2021, M. A a été placé en rétention administrative et a fait l'objet d'un arrêté du préfet de l'Isère du 26 février suivant portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. B jugement du 11 mars 2021, le tribunal administratif de Lyon a annulé ces décisions. Le préfet de l'Isère relève appel de ce jugement.

Sur l'exception de non-lieu à statuer :

2. Aux termes de l'article L. 311-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur : " La détention d'un récépissé d'une demande de délivrance ou de renouvellement d'un titre de séjour, d'un récépissé d'une demande d'asile ou d'une autorisation provisoire de séjour autorise la présence de l'étranger en France sans préjuger de la décision définitive qui sera prise au regard de son droit au séjour. Sauf dans les cas expressément prévus B la loi ou les règlements, ces documents n'autorisent pas leurs titulaires à exercer une activité professionnelle. ".

3. D'une part, la délivrance à M. A B le préfet de l'Isère le 19 mars 2021 d'une autorisation provisoire de séjour en vue du réexamen de sa situation est antérieure à l'enregistrement au greffe de la Cour de la requête dudit préfet contre le jugement attaqué et intervient en application du jugement attaqué. D'autre part, le récépissé délivré B le préfet de la Haute-Saône le 9 juin 2022 à l'intéressé suite à un dépôt de demande de titre de séjour autorise l'intéressé à " prolonger provisoirement son séjour en France jusqu'au 8 septembre 2022 " et n'emporte ainsi pas abrogation de l'obligation de quitter le territoire en litige. Dans ces conditions, l'exception de non-lieu à statuer n'est pas fondée et doit être écartée.

Sur le bien-fondé du jugement attaqué :

4. Pour éloigner M. A, le préfet de l'Isère s'est fondé sur le 3° et le 6° de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur et sur la circonstance que l'intéressé ne bénéficie plus du statut de réfugié depuis la décision de l'OFPRA du 26 juin 2019, que la présence en France de l'intéressé constitue une menace grave pour la sécurité de l'Etat et que l'intéressé, qui vit dans l'itinérance avec ses deux fils qui se rendent régulièrement en Serbie et Kosovo, peut reconstituer sa cellule familiale hors de France.

5. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors applicable : " I. ' L'autorité administrative peut obliger à quitter le territoire français un étranger non ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne, d'un autre Etat partie à l'accord sur l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse et qui n'est pas membre de la famille d'un tel ressortissant au sens des 4° et 5° de l'article L. 121-1, lorsqu'il se trouve dans l'un des cas suivants : () 3° Si la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour a été refusé à l'étranger ou si le titre de séjour qui lui avait été délivré lui a été retiré ; / () 6° Si la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou si l'étranger ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application de l'article L. 743-2, à moins qu'il ne soit titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; ".

6. Pour annuler l'arrêté litigieux, le tribunal administratif de Lyon a estimé d'une part, que la décision du préfet de l'Isère méconnaissait le 6° de l'article L. 511-1 6° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, M. A n'entrant pas dans le champ des déboutés du droit d'asile, ainsi que le jugement du 2 juin 2020 du magistrat désigné B le tribunal administratif de Grenoble, revêtu de l'autorité de la chose jugée et qui a prononcé l'annulation d'une précédente obligation de quitter le territoire du même préfet du 27 février 2020 au motif que la résidence régulière depuis plus de 10 ans de M. A sur le territoire faisait obstacle en vertu de l'article L. 511-4 du même code à l'édiction de cette mesure.

7. Pour contester le jugement attaqué, le préfet se borne à soutenir à tort que l'autorité de la chose jugée du jugement précité du 2 juin 2020 ne s'attache pas aux motifs de l'annulation prononcée ou à faire valoir que l'intimé présente une menace pour l'ordre public. Alors qu'il n'est pas sérieusement contesté que M. A présente une résidence régulière sur le territoire depuis plus de dix ans et qu'aucune circonstance de fait ou de droit nouvelle n'est intervenue s'agissant de la situation de l'intéressé, ce moyen doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux retenus B les premiers juges. B ailleurs, la situation de l'intimé ne relève pas du 6° de l'article L. 511-1 précité, ce qui n'est d'ailleurs pas contesté B le préfet de l'Isère en appel.

8. Il résulte de ce qui précède, que le préfet de l'Isère n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que B le jugement attaqué, le tribunal administratif de Lyon a annulé l'arrêté du 26 février 2021.

Sur les frais d'instance :

9. En l'espèce, M. A n'établissant pas avoir exposé d'autres frais que ceux pris en charge B l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle totale qui lui a été accordée B décision du bureau d'aide juridictionnelle du 16 juin 2021, sa demande tendant à ce que l'Etat lui verse la somme de 1500 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens doit être rejetée.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête du préfet de l'Isère est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de M. A tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent arrêt sera notifié au ministre de l'intérieur et des outre-mer ainsi qu'à M. C A.

Copie en sera notifiée au préfet de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 5 juillet 2022 à laquelle siégeaient :

Mme Daniele Déal, présidente ;

M. Thierry Besse, président-assesseur ;

Mme Christine Psilakis, première conseillère.

Rendu public B mise à disposition au greffe le 26 juillet 2022.

La rapporteure,

Christine Psilakis La présidente,

Danièle Déal

La greffière,

Fabienne Prouteau

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

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