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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA69-21LY01731

COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON — Décision N° CAA69-21LY01731

jeudi 4 août 2022

JuridictionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
SectionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
N° DossierCAA69-21LY01731
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème chambre - formation à 3
Avocat requérantHUARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure

M. G a demandé au tribunal administratif de Grenoble d'annuler l'arrêté du 6 mai 2020 par lequel le préfet de la Savoie a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai.

Par un jugement n° 2007523 du 19 mars 2021, le tribunal a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour

Par une requête enregistrée le 31 mai 2021 sous le n° 21LY01731, M. E, représenté par Me Huard, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement et l'arrêté du 6 mai 2020 ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Savoie de lui délivrer un titre de séjour, subsidiairement, de réexaminer sa demande dans le délai d'un mois à compter de la notification de l'arrêt ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégratin (OFII) est irrégulier et la procédure entachée d'irrégularité ;

- le préfet s'est estimé lié par l'avis de l'OFII ;

- les dispositions des articles L. 311-12 et L. 313-11 (11°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ont été méconnues ;

- le refus de séjour méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire enregistré le 30 juin 2022, le préfet de la Savoie conclut au rejet de la requête en soutenant que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 mai 2021.

II°) Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure

M. G a demandé au tribunal administratif de Grenoble d'annuler les décisions du 12 octobre 2021 par lesquelles le préfet de la Savoie l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans et l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.

Par un jugement n° 2107008, 2107009 du 25 octobre 2021, le magistrat désigné par le président du tribunal a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour

Par une requête enregistrée sous le n° 21LY04173 le 20 décembre 2021 et un mémoire enregistré le 6 avril 2022, M. E, représenté par Me Huard, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement et les décisions du 12 octobre 2021 ;

2°) de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'interdiction de retour est insuffisamment motivée au regard des critères prévus par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet ne pouvait l'édicter dès lors que l'obligation de quitter le territoire français qui lui avait été opposée n'était plus exécutoire ;

- il a respecté l'assignation à résidence et la non-exécution de la décision d'éloignement ne peut lui être reprochée compte tenu de la crise sanitaire ;

- des circonstances humanitaires justifiaient qu'une telle mesure ne lui soit pas opposée ;

- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'interdiction de retour ne pouvait fonder la mesure d'assignation à résidence en litige compte tenu de l'absence d'exécution de la mesure d'éloignement.

Par un mémoire enregistré le 28 février 2022, le préfet de la Savoie conclut au rejet de la requête en soutenant que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 décembre 2021.

III°) Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme D C épouse F a demandé au tribunal administratif de Grenoble d'annuler les décisions du 12 octobre 2021 par lesquelles le préfet de la Savoie l'a interdite de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans et l'a assignée à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.

Par jugement n° 2107016, 2107017 du 25 octobre 2021, le magistrat désigné par le président du tribunal a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour

Par une requête enregistrée sous le n° 21LY04172 le 20 décembre 2021 et un mémoire enregistré le 6 avril 2022, Mme F, représentée par Me Huard, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement et les décisions du 12 octobre 2021 ;

2°) de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'interdiction de retour est insuffisamment motivée au regard des critères prévus par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet ne pouvait l'édicter dès lors que l'obligation de quitter le territoire français qui lui avait été opposée n'était plus exécutoire ;

- elle a respecté l'assignation à résidence et la non-exécution de la décision d'éloignement ne peut lui être reprochée compte tenu de la crise sanitaire ;

- des circonstances humanitaires justifiaient qu'une telle mesure ne lui soit pas opposée ;

- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'interdiction de retour ne pouvait fonder la mesure d'assignation à résidence en litige compte tenu de l'absence d'exécution de la mesure d'éloignement.

Par un mémoire enregistré le 28 février 2022, le préfet de la Savoie conclut au rejet de la requête en soutenant que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Mme F a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 décembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

- la directive 2008/115/ CE du 16 décembre 2008 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Le président de la formation de jugement ayant dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

Le rapport de Mme Burnichon, première conseillère, ayant été entendu au cours de l'audience publique ;

Considérant ce qui suit :

1. Les époux E, ressortissants macédoniens, sont entrés en France irrégulièrement le 22 août 2017 avec plusieurs de leurs enfants mineurs. Après rejet définitif de leur demande d'asile le 22 juin 2018 par la Cour nationale du droit d'asile, ils ont bénéficié d'une autorisation provisoire de séjour valable du 4 février 2019 au 3 août 2019 en qualité de parents d'un enfant malade. Par arrêtés du 4 et 6 mai 2020, le préfet de la Savoie leur a refusé la délivrance d'un titre de séjour et leur a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours. M. E, par une requête enregistrée sous le n° 21LY01731, relève appel du jugement du 19 mars 2021 par lequel le tribunal administratif de Grenoble a rejeté sa demande d'annulation de cet arrêté du 6 mai 2020. Par requêtes enregistrées sous les n° 21LY04172 et 21LY04173 Mme F et M. E relèvent appel des jugements du 25 octobre 2021 par lequel le magistrat désigné du tribunal a rejeté leur demande d'annulation des décisions du 12 octobre 2021 du préfet de la Savoie portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans et assignation à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.

2.Les trois requêtes susvisées ont fait l'objet d'une instruction commune, il y a lieu de les joindre pour qu'elles fassent l'objet d'un même arrêt.

Sur l'arrêté du 6 mai 2020 portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire sous trente jours et fixation du pays de destination :

3.En premier lieu, le recours en excès de pouvoir a pour objet, non de sommer le défendeur de justifier a priori de la légalité de la décision en litige, mais de soumettre au débat des moyens sur lesquels le juge puisse statuer. Le défendeur n'est, en conséquence, tenu de verser des éléments au débat que si les moyens invoqués sont appuyés d'arguments ou de commencements de démonstration appelant une réfutation par la production d'éléments propres à l'espèce. Or, M. E se borne à sommer le préfet de la Savoie de démontrer la régularité de la consultation du collège médical de l'Office français de l'immigration et l'intégration (OFII), sans préciser ce qui le conduit à soutenir ce qui vicierait cet élément de procédure. Il suit de là que son moyen, pris en toutes ses branches, doit être écarté comme dépourvu de commencement de démonstration.

4.En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Savoie, qui a procédé à un examen particulier de la situation de M. E, se soit estimé lié par l'avis du collège de médecins de l'OFII.

5.En troisième lieu, aux termes des dispositions alors codifiées à l'article L. 311-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () une autorisation provisoire de séjour est délivrée aux parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions mentionnées au 11° de l'article L. 313-11 () / L'autorisation provisoire de séjour (), qui ne peut être d'une durée supérieure à six mois, est délivrée par l'autorité administrative, après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration () ". Aux termes des dispositions alors codifiées à l'article L. 313-11 du même code : " () la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : () 11° A l'étranger (), si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. () ".

6.D'une part, dès lors que le refus de séjour en litige ne concerne que M. E, lui-même exempt de problèmes de santé, et non sa fille mineure, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est inopérant.

7.D'autre part, par un avis du 9 février 2020, le collège des médecins de l'OFII a estimé que si l'état de santé de la fille de M. E, née le 20 juillet 2012, nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais qu'elle peut effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Or, il ressort des pièces du dossier que le handicap neurologique et moteur de cet enfant nécessite seulement une prise en charge paramédicale et une assistance socio-éducative, alors que semble n'exister aucune perspective de traitement médical curatif, y compris en France. Dans ces circonstances, la situation de M. E n'ouvre pas droit à la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour sur le fondement des dispositions alors codifiées à l'article L. 311-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8.En quatrième lieu, il y a lieu d'écarter par adoption des motifs retenus à bon droit par les premiers juges le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales l'insuffisante motivation de l'arrêté litigieux.

9.En dernier lieu, les décisions en litige n'ont ni pour objet ni pour effet de séparer M. E et son épouse, qui a également fait l'objet d'un refus de séjour assorti d'une mesure d'éloignement, de leurs quatre enfants mineurs, ou A les empêcher de continuer à pourvoir à leurs intérêts matériels et moraux au nombre desquels figure l'assistance qu'ils doivent à leur fille handicapée. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant doit être écarté.

10.Il résulte de ce qui précède que M. E n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal a rejeté sa demande d'annulation de l'arrêté du 6 mai 2020 portant refus de séjour, obligation à quitter le territoire français sous trente jours et fixation du pays à destination. Les conclusions de sa requête 21LY01731, présentées aux mêmes fins, doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction.

Sur les décisions du 12 octobre 2021 portant interdiction de retour pendant deux ans sur le territoire français et assignation à résidence de quarante-cinq jours :

S'agissant de l'interdiction de retour :

11.Aux termes de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour (), l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

12.En premier lieu, pour prononcer les interdictions de retour sur le territoire français en litige, le préfet de la Savoie a visé les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile notamment les articles L. 612-7 et L. 612-10 précité, les décisions des 4 et 6 mai 2020 par lesquelles il a refusé la délivrance d'un titre de séjour et a fait obligation de quitter le territoire français respectivement à Mme F et M. E. Il a dès lors suffisamment motivé le principe de l'édiction d'une interdiction de retour sur le territoire français à l'encontre des intéressés. Par ailleurs, ces mêmes décisions, précisent les attaches privées et familiales des intéressés sur le territoire français, leur soustraction à une précédente mesure d'éloignement et l'absence de circonstances humanitaires particulières. Si ces décisions ne mentionnent pas la menace pour l'ordre public que représente leur présence sur le territoire français, alors qu'il n'est pas contesté que la présence des requérants ne constitue pas une telle menace, cette circonstance n'est pas de nature à entacher d'insuffisance de motivation la durée de deux années des interdictions de retour sur le territoire français qui leur ont été opposées.

13.En deuxième lieu, et d'une part, les requérants ne sauraient se prévaloir directement de la méconnaissance des dispositions de la directive 2008/115/UE susvisée, qui a été transposée en droit interne. D'autre part, aucune disposition législative ou règlementaire ne fait obstacle à ce que l'autorité administrative, sauf modification des circonstances de droit ou de fait, édicte plus d'une année après avoir opposé aux intéressés une mesure d'éloignement avec délai de départ volontaire, et en l'absence d'exécution de cette mesure, une interdiction de retour fondée sur l'inexécution de cette mesure d'éloignement. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les interdictions de retour en litige ne pouvaient être édictées en raison de l'inexécution des mesures d'éloignement avec délai de départ volontaire dont ils ont fait l'objet en mai 2020.

14.En troisième lieu, contrairement à ce que soutiennent les requérants, le respect des mesures d'assignation qui leur ont été opposées n'est pas de nature à emporter l'illégalité des interdictions de retour en litige. Par ailleurs, si la crise sanitaire a pu emporter une difficulté d'exécution des obligations de quitter le territoire français opposées aux intéressés en mai 2020, ces derniers disposaient d'un délai de départ volontaire de trente jours permettant leur exécution et les intéressés, qui ne démontrent pas avoir effectué la moindre démarche en vue de cette exécution, en refusant le bénéfice de l'aide au départ volontaire, ont démontré leur intention de ne pas exécuter cette mesure d'éloignement justifiant le prononcé des interdictions de retour sur le territoire français en litige sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

15.En quatrième lieu, compte tenu de ce qui a été dit au point 7 et en l'absence de modifications des circonstances de fait au 12 octobre 2021, le préfet de la Savoie n'a pas méconnu le 1er alinéa de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en estimant qu'aucune circonstance humanitaire ne faisait obstacle au prononcé des interdictions de retour en litige.

16.Enfin, il y a lieu d'écarter par adoption des motifs retenus à bon droit par le premier juge les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

S'agissant de l'assignation à résidence :

17.Il résulte de la combinaison des articles L. 612-7 et L. 731-1 (2°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que la mise à exécution d'office d'une interdiction de retour et l'assignation à résidence qui peut être prononcée à cette occasion n'ont d'objet que si l'étranger, éloigné en exécution d'une obligation de quitter le territoire, est revenu sur le territoire avant l'expiration de la période d'interdiction de retour, qui elle-même, n'a pris effet qu'après l'éloignement effectif de l'intéressé dans son pays d'origine. En conséquence, si l'opposabilité des interdictions de retour oblige de plein droit les intéressés à s'abstenir de revenir en France pendant deux ans à compter de leur retour dans leur pays d'origine, il ne saurait justifier que l'autorité qui les prononce en assure par anticipation l'exécution.

18.Il suit de là que le préfet de la Savoie n'a pu, sans méconnaître ces dispositions combinées, assigner à résidence Mme F et M. E.

19.Il résulte de ce qui précède que Mme F et M. E sont seulement fondés à soutenir que c'est à tort que le magistrat désigné par le président du tribunal a rejeté leurs demandes d'annulation des décisions du 12 octobre 2021 par lesquelles le préfet de la Savoie les a assignés à résidence, le surplus des conclusions des requêtes devant être rejeté.

Sur les conclusions présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

20.Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions de Mme F et M. E.

DÉCIDE :

Article 1er :Le jugement n° 2107008, 2107009 du 25 octobre 2021 du magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Grenoble est annulé en tant qu'il a rejeté les demandes de Mme F et M. E tendant à l'annulation des décisions du 12 octobre 2021 par lesquelles le préfet de la Savoie les a assignés à résidence.

Articles 2 :Les décisions du 12 octobre 2021 par lesquelles le préfet de la Savoie a assigné à résidence Mme F et M. E sont annulées.

Article 3 :La requête n° 21LY01731 de M. E et le surplus des conclusions des requêtes n° 21LY04172 et 21LY04173 de Mme F et M. E sont rejetés.

Article 4 :Le présent arrêt sera notifié à M. G, Mme D C épouse F et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie sera adressée au préfet de la Savoie.

Délibéré après l'audience du 7 juillet 2022 à laquelle siégeaient :

M. Arbarétaz, président de chambre ;

M. Seillet, président assesseur ;

Mme Burnichon, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 août 2022.

La rapporteure,

C. BurnichonLe président,

Ph. Arbarétaz

La greffière,

A. Le Colleter

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,, 21LY04172, 21LY04173ap

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