jeudi 9 mars 2023
| Juridiction | COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON |
| Section | COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON |
| N° Dossier | CAA69-21LY02189 |
| Type | Décision |
| Recours | fiscal |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre - formation à 3 |
| Avocat requérant | REBINGUET |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure
Mme B A a demandé au tribunal administratif de Clermont-Ferrand de prononcer la décharge des droits de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés au titre de la période du 1er janvier 2011 au 31 décembre 2013 et des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2011, 2012 et 2013 et des majorations correspondantes.
Par un jugement nos 1800812 - 1800816 du 11 mai 2021, le tribunal administratif de Clermont-Ferrand a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour
Par une requête, enregistrée le 2 juillet 2021, et un mémoire complémentaire, enregistré le 19 janvier 2022, Mme A, représentée par Me Rebinguet, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement ;
2°) de prononcer la décharge de ces impositions et des pénalités correspondantes.
Elle soutient que :
- la proposition de rectification est insuffisamment motivée en méconnaissance de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales ;
- la proposition de rectification comporte des erreurs matérielles qui n'ont pas été rectifiées ; l'administration aurait dû lui adresser une nouvelle proposition de rectification, la réponse aux observations du contribuable ne pouvant tenir lieu de proposition de rectification ; à défaut de notification d'une nouvelle proposition de rectification relative au rehaussement des recettes du bar, les recettes à retenir pour la reconstitution des recettes de boissons sont celles figurant dans la proposition de rectification du 4 décembre 2014 ;
- la méthode de reconstitution des recettes du vin consommé au bar et des recettes du restaurant est sommaire et viciée ; la disproportion existant entre la méthode des pains et la méthode des desserts ne permet pas d'aboutir une moyenne des chiffres d'affaires réaliste.
Par un mémoire, enregistré le 4 janvier 2022, le ministre de l'économie, des finances et de la relance conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative ;
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;
Après avoir entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Caraës, première conseillère,
- et les conclusions de Mme Lesieux, rapporteure publique ;
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A, qui exploitait à titre individuel un bar-restaurant de type ouvrier à Ygrandes (Allier), à raison de laquelle elle était imposée, au titre des années 2011, 2012 et 2013, selon le régime des micro entreprises de l'article 50-0 du code général des impôts applicable aux titulaires de bénéfices industriels et commerciaux dont le chiffre d'affaires n'excède pas certaines limites et relevait, pour l'imposition à la taxe sur la valeur ajoutée, de la franchise en base de l'article 293 B du même code, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur ces trois années. Le vérificateur, estimant que l'intéressée ne respectait pas les obligations comptables allégées auxquelles elle était soumise, a mis en œuvre un droit de communication auprès de ses fournisseurs, des organismes attribuant des cartes de fidélité à la clientèle et de l'établissement bancaire détenteur de son compte et reconstitué ses chiffres d'affaires des trois années contrôlées. Constatant au vu des recettes reconstituées de l'année 2011, que Mme A ne relevait pas du régime de la franchise en base compte tenu du franchissement de la limite de 89 600 euros prévue au b du 1 du 11 de l'article 293 B du code général des impôts la rendant redevable de plein droit de la taxe sur la valeur ajoutée et qu'elle était corrélativement exclue du régime des micro-entreprises à compter du 1er janvier 2011 en application du b du 2 de l'article 50-0 du code, le vérificateur a estimé que l'intéressé relevait du régime réel simplifié d'imposition. A l'issue de la vérification de comptabilité, Mme A s'est vu réclamer, selon la procédure contradictoire, des droits de taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période du 1er janvier 2011 au 31 décembre 2013 et a été assujettie, au titre des années 2011, 2012 et 2013, à des compléments d'impôt sur le revenu résultant de l'inclusion dans les revenus imposables du foyer fiscal qu'elle formait avec son ancien époux des résultats rectifiés, lesquels ont également été notifiés sur le fondement de la procédure contradictoire. L'administration a assorti l'ensemble de ces impositions de la majoration de 40 % pour manquement délibéré prévue au a) de l'article 1729 du même code. Par un jugement du 11 mai 2021, dont Mme A relève appel, le tribunal administratif de Clermont-Ferrand a rejeté sa demande tendant à la décharge de ces impositions et pénalités.
Sur la régularité de la procédure d'imposition :
2. Aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation. () ". Aux termes de l'article R. 57 du même livre : " La proposition de rectification prévue par l'article L. 57 fait connaître au contribuable la nature et les motifs de la rectification envisagée. () ". Il résulte de ces dispositions que, pour être régulière, une proposition de rectification doit comporter la désignation de l'impôt concerné, de l'année d'imposition et de la base d'imposition, et énoncer les motifs sur lesquels l'administration entend se fonder pour justifier les rehaussements envisagés, de façon à permettre au contribuable de formuler de façon utile ses observations.
3. La proposition de rectification du 4 décembre 2014 par laquelle l'administration a notifié à Mme A, selon la procédure contradictoire, des droits de taxe sur la valeur ajoutée pour la période du 1er janvier 2011 au 31 décembre 2013 et des redressements d'impôt sur le revenu dans la catégorie des bénéfices industriels et commerciaux pour les années 2011, 2012 et 2013, mentionne les impôts concernés ainsi que les années et les bases d'imposition retenues, et expose les motifs sur lesquels le vérificateur s'est fondé pour écarter la comptabilité présentée par Mme A comme dépourvue de valeur probante et de la remise en cause du régime d'imposition appliqué par la contribuable. Elle expose également les méthodes utilisées par l'administration pour reconstituer le montant des recettes résultant de son activité de bar-restaurant et fait état du montant des recettes reconstituées. L'administration a joint à la proposition de rectification une annexe 1 relative au détail d'un échantillon des ventes journalières du bar et du restaurant ventilées par moyen de paiement intitulée " détail des ventes " et a indiqué, dans la partie relative à la reconstitution des recettes bar/boissons, que " l'ensemble des tableaux établissant les volumes revendus sont présentés par exercice dans l'annexe 2 " après avoir précisé que " l'intégralité des achats de l'entreprise a été recensée exercice par exercice, que les achats revendus ont été déterminés à partir de ces achats et après correction éventuelle de la variation des stocks et déduction des pertes, offerts et consommations personnelles " et que, pour déterminer le chiffre d'affaires toutes taxes comprises relatifs aux boissons, les prix de vente tels qu'indiqués par l'entreprise ont été appliqués aux achats. Si Mme A fait valoir que l'annexe 2 n'était pas jointe à la proposition de rectification, celle-ci comporte en annexe des " tableaux des doses avant et après prise en compte des pertes boissons, coulages et offerts " qui, s'ils ne sont pas rassemblés sous un intitulé " annexe 2 ", détaillent par exercice et par type de boisson les volumes d'achats exprimés en litres, kilogrammes, doses ou unités, les doses avant pertes, coulages et offerts et le taux de pertes, coulage, offerts appliqué par type de boisson et constituent bien l'annexe 2 à laquelle renvoie la proposition de rectification en page 10. Mme A fait également valoir que la proposition de rectification ne comporte pas le détail des factures des fournisseurs. Toutefois, les indications contenues dans les " tableaux des doses avant et après prise en compte des pertes boissons, coulages et offerts " joints à la proposition de rectification étaient suffisantes pour éclairer Mme A et lui permettre de discuter utilement le bien-fondé des droits réclamés et redressements envisagés, ce qu'elle a d'ailleurs fait en adressant au service, le 25 janvier 2015, des observations, auxquelles il a été répondu le 11 mai 2015. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la proposition de rectification ne peut, par suite, qu'être écarté.
4. Si les tableaux de reconstitution de l'activité bar insérés en page 10, 11 et 12 de la proposition de rectification comportent des erreurs en ce qu'ils omettent de reporter 4 à 5 lignes suivant les exercices vérifiés correspondant aux résultats de la reconstitution concernant 4 à 5 boissons, il ne résulte pas de l'instruction que ces erreurs matérielles entachant les tableaux de reconstitution des recettes de l'activité bar auraient conduit l'administration à notifier à Mme A des droits plus élevés que ceux figurant dans la proposition de rectification. Mme A n'est donc pas fondée à soutenir que la procédure d'imposition est irrégulière faute pour l'administration de lui avoir notifié une nouvelle proposition de rectification.
Sur le bien-fondé de l'imposition :
En ce qui concerne l'erreur affectant la proposition de rectification :
5. Mme A fait valoir que la somme des recettes renseignées sur les tableaux récapitulatifs de la reconstitution des recettes bar/boissons figurant en page 10, 11 et 12 de la proposition de rectification ne correspond pas aux montants totaux des recettes mentionnées dans cette même proposition.
6. S'il n'est pas contesté, ainsi qu'il a été dit au point 4, que les tableaux insérés en pages 10, 11 et 12 de la proposition de rectification sont incomplets et omettent de reporter 4 à 5 lignes correspondant aux résultats de la reconstitution concernant 4 à 5 boissons selon les exercices vérifiés, il n'est pas sérieusement contesté que la somme de l'ensemble des recettes par type de boisson correspond aux montants des recettes reconstituées renseignées dans la proposition de rectification. Il en résulte que les sommes de 41 322 euros pour l'année 2011, de 44 530 euros pour l'année 2012 et de 27 282 euros pour l'année 2013 constituent les montant des recettes reconstituées issues de la vente de boissons de l'activité de bar exercée par Mme A que l'administration a pu à bon droit retenir pour asseoir les rectifications en litige. Par suite, le moyen tiré de ce que la proposition de rectification est entachée d'erreurs de chiffrage ne peut qu'être écartés.
En ce qui concerne la reconstitution des chiffres d'affaires et des résultats :
7. Mme A reprend en appel le moyen tiré de ce que les méthodes de reconstitution de ses chiffres d'affaires au titre de son activité de bar-restaurant sont viciées dès lors que, d'une part, s'agissant de la reconstitution des recettes du bar, la consommation de vin au bar est plus réduite que par le passé et le vérificateur n'a pas tenu compte de ce que la confection des plats en sauce nécessitent l'utilisation de deux litres de vin par semaine, que, d'autre part, s'agissant de la reconstitution des recettes du restaurant, la méthode de reconstitution à partir de la consommation du pain ne tient pas compte des variations de cette consommation selon le type de clientèle et de la perte et la méthode de reconstitution à partir de la consommation des desserts qui n'a pas été recoupée par la méthode de consommation des vins ou des liquides ne tient pas compte de sa consommation personnelle et des pertes et qu'enfin, la disproportion existant entre la méthode des pains et la méthode des desserts ne permet pas d'aboutir une moyenne des chiffres d'affaires réaliste. Ce moyen a été écarté à bon droit par les premiers juges aux points 10 à 14 et 16 de leur jugement par des motifs qu'il convient pour la cour d'adopter.
8. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Clermont-Ferrand a rejeté sa demande.
DECIDE :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à Mme B A et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.
Délibéré après l'audience du 16 février 2023, à laquelle siégeaient :
M. Pruvost, président de chambre,
Mme Courbon, présidente-assesseure,
Mme Caraës, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 mars 2023.
La rapporteure,
R. Caraës
Le président,
D. PruvostLa greffière,
N. Lecouey
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
La greffière,
Cour Administrative d'Appel de Nancy — N° CAA54-25NC00255
09/04/2026
Cour Administrative d'Appel de Nancy — N° CAA54-25NC00414
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09/04/2026