jeudi 9 mars 2023
| Juridiction | COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON |
| Section | COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON |
| N° Dossier | CAA69-21LY02693 |
| Type | Décision |
| Recours | fiscal |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre - formation à 3 |
| Avocat requérant | GOGUELAT |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure
Mme D C a demandé au tribunal administratif de Dijon de prononcer la décharge de la cotisation d'impôt sur le revenu à laquelle elle a été assujettie au titre de l'année 2016 et des majorations correspondantes.
Par un jugement n° 2000758 du 20 mai 2021, le tribunal administratif de Dijon a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour
Par une requête, enregistrée le 31 juillet 2021, Mme C, représentée par Me Goguelat, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement ;
2°) de prononcer la décharge de ces impositions et des majorations correspondantes ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- selon la doctrine BOI-IR-RICI-280-30-10 § 90, pour les travaux d'isolation thermique des murs en façade ou en pignon, ainsi que des plafonds de combles et rampants de toiture, les dépenses ouvrant droit au crédit d'impôt comprennent les dépenses de fourniture des matériaux isolants, du parement et du système de fixation associé et les dépenses de pose y afférentes ; les solives sont le système de fixation des matériaux isolants expressément visés par la doctrine et le crédit d'impôt ne pouvait être remise en cause sur ce point ;
- le redressement est contraire au texte relatif au crédit d'impôt qui exige que les matériaux d'isolation thermique soient posés par une entreprise agréée qui vend ces matériaux ; le service avait indiqué en 2017 que le montant des frais de pose devait figurer dans la déclaration du contribuable ; la doctrine administrative BOI-IR-RICI-280-10-30 § 230 retient la pose dans les dépenses ouvrant droit au crédit d'impôt ;
- en application des articles L. 80 B et L. 80 A du livre des procédures fiscales, elle peut se prévaloir de la prise de position verbale de l'administration fiscale.
Par un mémoire, enregistré le 20 juillet 2022, le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative ;
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;
Après avoir entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Caraës, première conseillère ;
- et les conclusions de Mme Lesieux, rapporteure publique ;
Considérant ce qui suit :
1. La SCI La Vallée, dont Mme D C et son compagnon, M. A B, détiennent chacun 50 % des parts, est propriétaire d'une maison à Villy-le-Moutier. Mme C a souscrit, au titre de l'année 2016, une déclaration n° 2042 RICI, " Réductions d'impôt-Crédit d'impôt ", relative à des dépenses engagées pour la transition énergétique dans l'habitation principale pour un montant global de 5 812 euros. A l'issue d'un contrôle sur pièces, l'administration a remis en cause partiellement le crédit d'impôt dont elle a bénéficié au titre de l'année 2016 en application de l'article 200 quater du code général des impôts pour la réalisation de dépenses effectuées dans sa résidence principale. Mme C relève appel du jugement du 20 mai 2021 par lequel le tribunal administratif de Dijon a rejeté sa demande de décharge de la cotisation d'impôt sur le revenu à laquelle elle a été assujettie au titre de l'année 2016 suivant la procédure contradictoire.
Sur l'application de la loi fiscale :
2. Aux termes de l'article 200 quater du code général des impôts : " 1. Les contribuables domiciliés en France au sens de l'article 4 B peuvent bénéficier d'un crédit d'impôt sur le revenu au titre des dépenses effectivement supportées pour la contribution à la transition énergétique du logement dont ils sont propriétaires, locataires ou occupants à titre gratuit et qu'ils affectent à leur habitation principale. / A la condition que le logement soit achevé depuis plus de deux ans à la date de début d'exécution des travaux, ce crédit d'impôt s'applique : / () b. Aux dépenses, payées entre le 1er janvier 2005 et le 31 décembre 2016, au titre de : / () 2° L'acquisition de matériaux d'isolation thermique des parois vitrées, de volets isolants ou de portes d'entrée donnant sur l'extérieur ; / 3° L'acquisition et la pose de matériaux d'isolation thermique des parois opaques, dans la limite d'un plafond de dépenses par mètre carré, fixé par arrêté () / 2. Un arrêté conjoint des ministres chargés de l'énergie, du logement et du budget fixe la liste des équipements, matériaux et appareils qui ouvrent droit au crédit d'impôt. Il précise les caractéristiques techniques et les critères de performances minimales requis pour l'application du crédit d'impôt. / 3. Le crédit d'impôt s'applique pour le calcul de l'impôt dû au titre de l'année du paiement de la dépense par le contribuable. () / 5. Le crédit d'impôt est égal à 30 % du montant des matériaux, équipements, appareils et dépenses de diagnostic de performance énergétique mentionnés au 1. () / 6. () b. Les dépenses mentionnées au 1 ouvrent droit au bénéfice du crédit d'impôt, sous réserve que le contribuable soit en mesure de présenter, à la demande de l'administration fiscale, la facture () / Cette facture comporte, outre les mentions prévues à l'article 289 : / 1° Le lieu de réalisation des travaux () / 2° La nature de ces travaux ainsi que la désignation, le montant et, le cas échéant, les caractéristiques et les critères de performances, mentionnés à la deuxième phrase du premier alinéa du 2, des équipements, matériaux et appareils ; / 3° Dans le cas de l'acquisition et de la pose de matériaux d'isolation thermique des parois opaques, la surface en mètres carrés des parois opaques isolées, en distinguant ce qui relève de l'isolation par l'extérieur de ce qui relève de l'isolation par l'intérieur () ".
3. Aux termes du I de l'article 18 bis de l'annexe IV au code général des impôts : " La liste des équipements, matériaux et appareils mentionnés au 1 de l'article 200 quater du code général des impôts est fixée comme suit : / () 2. Acquisition des équipements et matériaux suivants : / () b) Matériaux d'isolation thermique : / 1° Pour les logements situés en métropole, matériaux d'isolation thermique des parois opaques, dont la résistance thermique "R" est évaluée selon la norme NF EN 12664, la norme NF EN 12667 ou la norme NF EN 12939 pour les isolants non-réfléchissants ou la norme NF EN 16012 pour les isolants réfléchissants, dans la limite d'un plafond de dépenses fixé respectivement à 150 € et 100 €, toutes taxes comprises, par mètre carré de parois isolées par l'extérieur et par mètre carré de parois isolées par l'intérieur : / Planchers bas sur sous-sol, sur vide sanitaire ou sur passage ouvert, possédant une résistance thermique supérieure ou égale à 3 mètres carrés Kelvin par watt (m2.K/W) ; / Murs en façade ou en pignon, possédant une résistance thermique supérieure ou égale à 3,7 mètres carrés Kelvin par watt (m2.K/W) ; / Toitures-terrasses possédant une résistance thermique supérieure ou égale à 4,5 m2.K/W ; / Planchers de combles perdus possédant une résistance thermique supérieure ou égale à 7 m2.K/W ; / Rampants de toiture et plafonds de combles possédant une résistance thermique supérieure ou égale à 6 m2.K/W () / 2° Matériaux d'isolation thermique des parois vitrées : / Fenêtres ou porte-fenêtres () / Fenêtres en toitures () / Vitrages de remplacement à isolation renforcée dénommés également vitrages à faible émissivité, installés sur une menuiserie existante () / Doubles fenêtres, consistant en la pose sur la baie existante d'une seconde fenêtre à double vitrage renforcé () ".
En ce qui concerne les dépenses de travaux d'isolation thermique des parois opaques :
4. Il résulte de l'instruction que sur sa déclaration n° 2042 RICI, Mme C a porté au titre des dépenses pour la transition énergétique dans l'habitation principale la somme de 3 905 euros sur la ligne 7 AL " Matériaux d'isolation des planchers bas sur sous-sol, sur vide sanitaire ou sur passage ouvert ".
5. Selon les énonciations de la proposition de rectification du 19 février 2019, l'administration a relevé que, s'agissant des matériaux d'isolation thermique des parois opaques, seules les dépenses engagées pour la fourniture et la pose de ouate de cellulose ayant une résistance thermique R égale à 7,25 m2 au K/W et de panneaux type OBS 3 d'un montant total toutes taxes comprises de 3 845 euros étaient éligibles au crédit d'impôt au taux de 30 %, qu'étaient exclus du dispositif les frais de fournitures et de pose d'un solivage et que, compte tenu des parts détenues par Mme C dans la SCI La Vallée, la part des dépenses pour la transition énergétique engagées par celle-ci ouvrant droit au crédit d'impôt était de 1 923 euros.
6. Il ne résulte pas de l'instruction et notamment de la facture du 7 juillet 2016 établie par l'entreprise SARL Mob 21 selon laquelle les travaux relatifs à la fourniture et la pose d'un solivage correspondent, d'une part, à un solivage porteur qui est posé en renforts des solives existantes et comprend la remise à niveau du plancher pour un montant hors taxe de 3 604,70 euros et, d'autre part, à la fourniture et à la pose d'un solivage support à plafond d'un montant hors taxe de 1 164,24 euros, que le solivage, procédé consistant à poser des pièces placées horizontalement en appui sur les murs ou sur les poutres pour soutenir le plancher d'une pièce et porter en dessous les lattes d'un plafond ou les panneaux d'un plafond suspendu, constituerait des matériaux d'isolation thermique des parois opaques au sens des dispositions précitées de la loi fiscale.
En ce qui concerne les dépenses relatives aux travaux d'isolation thermique des parois vitrées :
7. Il résulte de l'instruction que sur sa déclaration n° 2042 RICI, Mme C a porté au titre des dépenses pour la transition énergétique dans l'habitation principale la somme de 1 907 euros sur la ligne 7AM " Matériaux d'isolation thermique des parois vitrées (fenêtres, portes-fenêtres).
8. Selon les énonciations de la proposition de rectification, l'administration a relevé que si les dépenses engagées pour la fourniture et la pose de quatre velux d'un montant toutes taxes comprises de 1 726 euros et la fourniture d'une fenêtre PVC d'un montant de 227 euros toutes taxes comprises étaient éligibles au crédit d'impôt au taux de 30 %, les frais de pose en sont exclus et que, compte tenu des parts détenues par Mme C dans la SCI La Vallée, la part des dépenses pour la transition énergétique engagées par celle-ci ouvrant droit au crédit d'impôt était de 977 euros.
9. Les frais de pose des parois vitrées n'ouvrent pas droit au crédit d'impôt, le coût de la main d'œuvre étant exclu par les dispositions de l'article 200 quater du code général des impôts qui prévoient l'éligibilité du prix des seuls matériaux s'agissant de l'isolation des parois vitrées. Par suite, c'est à bon droit que l'administration a refusé d'accorder à Mme C le bénéfice du crédit d'impôt sollicité par le contribuable au titre des dépenses en cause.
Sur l'interprétation administrative de la loi fiscale :
10. Aux termes de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales : " Il ne sera procédé à aucun rehaussement d'impositions antérieures si la cause du rehaussement poursuivi par l'administration est un différend sur l'interprétation par le redevable de bonne foi du texte fiscal et s'il est démontré que l'interprétation sur laquelle est fondée la première décision a été, à l'époque, formellement admise par l'administration. Lorsque le redevable a appliqué un texte fiscal selon l'interprétation que l'administration avait fait connaître par ses instructions ou circulaires publiées et qu'elle n'avait pas rapportée à la date des opérations en cause, elle ne peut poursuivre aucun rehaussement en soutenant une interprétation différente. " Aux termes des deux premiers alinéas de l'article L. 80 B du même livre : " La garantie prévue au premier alinéa de l'article L. 80 A est applicable : / 1° Lorsque l'administration a formellement pris position sur l'appréciation d'une situation de fait au regard d'un texte fiscal ; elle se prononce dans un délai de trois mois lorsqu'elle est saisie d'une demande écrite, précise et complète par un redevable de bonne foi. ".
11. Mme C ne peut se prévaloir du paragraphe 90 de la doctrine référencée BOI-IR-RICI-280-30-10, qui prévoit que " Pour les dépenses d'isolation thermique des parois opaques, la base du crédit d'impôt est constituée du prix du matériau isolant ainsi que du coût de la pose qui s'y rapporte (I-C-2 § 50), retenu toutes taxes comprises (TTC). Pour les travaux d'isolation thermique des murs en façade ou en pignon, ainsi que des plafonds de combles et rampants de toiture, les dépenses ouvrant droit au crédit d'impôt comprennent les dépenses de fourniture des matériaux isolants, du parement et du système de fixation associé et les dépenses de pose y afférentes. " dès lors qu'il n'est pas établi que les solives constitueraient le système de fixation des matériaux isolants en litige.
12. Mme C ne peut se prévaloir du paragraphe 230 de la doctrine référencée BOI-IR-RICI-280-10-30, qui prévoit que : " Les dépenses relatives à l'acquisition des matériaux d'isolation thermique des parois vitrées, ouvrant droit au bénéfice du crédit d'impôt, concernent : () - les doubles fenêtres, consistant en la pose sur la baie existante d'une seconde fenêtre à double vitrage renforcé. " qui a trait aux doubles fenêtres et ne comporte pas d'interprétation formelle de la loi fiscale différente de celle dont il a été fait application.
13. Si Mme C soutient qu'un agent du service des impôts des particuliers de Dijon qui l'a assistée pour sa déclaration de revenus lui a indiqué verbalement que les dépenses correspondant aux frais de la pose des fenêtres et à la fourniture des solives étaient éligibles au crédit d'impôt, ces indications verbales, dont la réalité n'est d'ailleurs pas établie par le courrier du 12 juillet 2019, ne sauraient en tout état de cause constituer une interprétation formelle de la loi fiscale. Par suite, cette prise de position verbale ne peut être utilement invoquée sur le fondement des articles L. 80 A et L. 80 B du livre des procédures fiscales.
14. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Dijon a rejeté sa demande. Par voie de conséquence, ses conclusions au titre des frais exposés et non compris dans les dépens, ne sauraient être accueillies.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à Mme D C et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.
Délibéré après l'audience du 16 février 2023 à laquelle siégeaient :
M. Pruvost, président de chambre,
Mme Courbon, présidente-assesseure,
Mme Caraës, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 9 mars 2023.
La rapporteure,
R. Caraës
Le président,
D. PruvostLa greffière,
N. Lecouey
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
La greffière,
Cour Administrative d'Appel de Nancy — N° CAA54-25NC00255
09/04/2026
Cour Administrative d'Appel de Nancy — N° CAA54-25NC00414
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09/04/2026