jeudi 10 novembre 2022
| Juridiction | COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON |
| Section | COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON |
| N° Dossier | CAA69-21LY02700 |
| Type | Décision |
| Recours | plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre - formation à 3 |
| Avocat requérant | TERRASSON CLEMENT |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure
Mme E A et M. B D ont demandé au tribunal administratif de Grenoble d'annuler les arrêtés du 27 avril 2021 par lesquels le préfet de l'Isère leur a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Par un jugement nos 2103349 - 2103350 du 6 juillet 2021, le magistrat désigné du tribunal administratif de Grenoble, après avoir admis les intéressés au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire (article 1er), a prononcé un non-lieu à statuer sur leurs conclusions aux fins d'annulation et d'injonction (article 2) et rejeté les conclusions présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 (article 3).
Procédure devant la cour
Par une requête, enregistrée le 3 août 2021, Me C demande à la cour :
1°) d'annuler l'article 3 de ce jugement ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat, sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, une somme de 1 200 euros au titre des diligences effectuées devant le tribunal administratif pour Mme A et de 1 200 euros au titre des diligences effectuées pour M. D ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative au titre de la procédure d'appel.
Il soutient que :
- le retrait, peu avant l'audience, des arrêtés contestés par le préfet de l'Isère faisait suite aux requêtes introduites devant le tribunal administratif et aux moyens qu'elles contenaient ;
- ces requêtes ont impliqué de sa part des diligences, à savoir, outre le dépôt des demandes d'aide juridictionnelle, l'introduction de recours succincts dans le délai de quinze jours, la réunion des pièces nécessaires à leur instruction, la transmission, le dimanche 6 juin 2021, de mémoires complémentaires, son déplacement de Lyon à Grenoble pour l'audience du 16 juin suivant, au cours de laquelle il a été informé du retrait des décisions contestées.
La requête a été communiquée au préfet de l'Isère, qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Par ordonnance du 29 juillet 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 15 septembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative ;
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;
Après avoir entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Courbon, présidente-assesseure,
- et les conclusions de Mme Lesieux, rapporteure publique ;
Considérant ce qui suit :
1. Par un jugement du 6 juillet 2021, le magistrat désigné du tribunal administratif de Grenoble, prenant acte du retrait, le 16 juin 2021, par le préfet de l'Isère, des arrêtés du 27 avril 2021 obligeant Mme A et M. D à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixant le pays de destination, a prononcé un non-lieu à statuer sur les conclusions de ces derniers à fin d'annulation desdites décisions et tendant à ce qu'il soit enjoint au préfet de l'Isère de leur délivrer une autorisation provisoire de séjour. Il a également, à l'article 3 de ce jugement, rejeté les conclusions des intéressés tendant à ce que la somme de 1 200 euros par requête soit versée à leur conseil, Me C, sous réserve qu'il renonce à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle. Me C relève appel de ce jugement en tant qu'il a rejeté ces dernières conclusions.
2. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ". Aux termes de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Les auxiliaires de justice rémunérés selon un tarif peuvent renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et poursuivre contre la partie condamnée aux dépens et non bénéficiaire de l'aide juridictionnelle le recouvrement des émoluments auxquels ils peuvent prétendre. Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens, ou qui perd son procès, et non bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, à payer à l'avocat du bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, partielle ou totale, une somme qu'il détermine et qui ne saurait être inférieure à la part contributive de l'Etat majorée de 50%, au titre des honoraires et frais non compris dans les dépens que le bénéficiaire de l'aide aurait exposés s'il n'avait pas eu cette aide. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation () ".
3. Ces dispositions font obstacle à ce que soit mis à la charge d'une personne qui n'est ni tenue aux dépens, ni la partie perdante, une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Lorsque les conclusions principales de la requête ont perdu leur objet, il appartient au juge d'apprécier, en fonction des circonstances de l'espèce, si l'autre partie doit être regardée comme la partie perdante à l'instance et de décider s'il y a lieu de faire droit à ces conclusions, en tant compte, notamment, de l'équité.
4. Il ressort des termes du jugement du 6 juillet 2021 que le magistrat désigné du tribunal administratif de Grenoble a prononcé un non-lieu à statuer sur les conclusions à fin d'annulation et d'injonction présentées par Mme A et M. D, bénéficiaires de l'aide juridictionnelle, en raison du retrait des décisions les obligeant à quitter le territoire français après le rejet de leurs demandes d'asile, prononcé par le préfet de l'Isère par deux décisions datées du 16 mai 2021, soit le jour même de l'audience, fixée à 14 heures, et transmises à l'appui de son mémoire en défense enregistré au greffe du tribunal le même jour, à 12 heures 30.
5. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier, et notamment des écritures du préfet de l'Isère, que ce retrait fait suite à la circonstance que des rendez-vous en préfecture ont été fixés aux intéressés, afin de déposer des demandes de titres de séjour, en qualité d'étranger malade pour M. D et de parent d'enfant étranger malade pour Mme A. Dans ces conditions, le retrait des arrêtés contestés, intervenu le jour de l'audience, est lié aux instances que les intéressés avaient engagées devant le tribunal administratif et par conséquent, l'Etat doit être regardé comme étant la partie perdante, au sens des dispositions précitées, dans celles-ci.
6. Il résulte de ce qui précède, et alors qu'aucune considération tirée de l'équité ne faisait obstacle à la condamnation de l'Etat à ce titre, que Me C est fondé à soutenir que c'est à tort que, par l'article 3 du jugement contesté, le magistrat désigné par le tribunal administratif de Grenoble a rejeté les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
7. Il y a lieu pour la cour, statuant par l'effet dévolutif de l'appel, de mettre à la charge de l'Etat, dans les circonstances de l'espèce, la somme de 1 000 euros à verser à Me C en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridique qui lui a été confiée, au titre des instances nos 2103349 et 2103350 engagées devant le tribunal administratif de Grenoble par Mme A et M. D.
8. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative au bénéfice de M. C, dont les conclusions présentées sur ce fondement au titre de l'instance d'appel doivent être rejetées.
DÉCIDE :
Article 1er : L'article 3 du jugement nos 2103349 - 2103350 du magistrat désigné du tribunal administratif de Grenoble du 6 juillet 2021 est annulé.
Article 2 : L'Etat versera à Me C la somme de 1 000 euros en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 au titre des instances nos 2103349 - 2103350 devant le tribunal administratif de Grenoble, sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridique qui lui a été confiée.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent arrêt sera notifié à Me Clément C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer. Copie en sera adressée au préfet de l'Isère.
Délibéré après l'audience du 13 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Pruvost, président de chambre,
Mme Courbon, présidente-assesseure,
M. Pin, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 10 novembre 2022.
La rapporteure,
A. Courbon
Le président,
D. Pruvost
La greffière,
N. Lecouey
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
La greffière,
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE03336
La Cour administrative d’appel de Versailles, statuant en référé, a rejeté la requête de Mme C... contestant l’ordonnance du tribunal administratif de Versailles qui avait rejeté sa demande indemnitaire pour rupture abusive de son contrat de travail avec la commune de Carrières-sous-Poissy. La cour a confirmé que la demande de première instance était irrecevable, faute pour la requérante d’avoir produit la preuve du dépôt d’une demande indemnitaire préalable, condition nécessaire pour lier le contentieux. En l’absence de contestation de cette irrecevabilité, les moyens soulevés en appel ont été jugés inopérants. L’ordonnance a été rendue sur le fondement de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-24MA03276
La Cour administrative d'appel de Marseille, dans un arrêt du 25 mars 2026, a examiné le litige opposant la société EEA à l'office public de l'habitat Pays d'Aix Habitat Métropole (aux droits duquel vient la société Famille et Provence) concernant la résiliation de trois accords-cadres de travaux. Saisie en appel du jugement du tribunal administratif de Marseille ayant rejeté la demande de la société EEA, la cour a soulevé d'office un moyen tiré de la nullité des contrats en raison d'un conflit d'intérêts. Elle a constaté que le directeur technique de l'office, ayant participé à la procédure de passation des trois contrats, se trouvait dans une situation de conflit d'intérêts constitutive d'un vice d'une particulière gravité, justifiant ainsi l'annulation du jugement et la constatation de la nullité des accords-cadres.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02403
La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, est saisie par la société Neko Ramen d'une demande de suspension de l'exécution provisoire d'un jugement du tribunal administratif de Paris du 19 février 2026. Ce jugement avait partiellement annulé une décision de l'OFII du 14 septembre 2023, mais avait maintenu à la charge de la société une contribution spéciale de 661 650 euros pour emploi d'étrangers sans titre. La société invoque l'urgence et l'existence de moyens sérieux (irrégularité de procédure, erreur de droit dans la modulation, disproportion de la sanction). Le juge des référés rappelle que la suspension prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative nécessite une urgence justifiée et un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA01426
Cette décision de la Cour administrative d'appel de Marseille concerne le non-renouvellement du contrat d'une assistante d'éducation par le collège des Hautes Vallées. La cour rejette la requête de Mme A... qui contestait ce non-renouvellement. Elle juge que l'absence d'entretien préalable, prévu par l'article 45 du décret n° 86-83 du 17 janvier 1986, ne constitue pas une garantie dont la privation entraîne automatiquement l'annulation de la décision, sauf en cas de caractère disciplinaire, ce qui n'était pas le cas. La cour confirme ainsi le jugement du tribunal administratif de Marseille.
04/05/2026