jeudi 9 mars 2023
| Juridiction | COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON |
| Section | COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON |
| N° Dossier | CAA69-21LY03098 |
| Type | Décision |
| Recours | fiscal |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre - formation à 3 |
| Avocat requérant | CABINET DURAFFOURD |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure
La SARL Saincobel a demandé au tribunal administratif de Grenoble de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices clos en 2014 et 2015.
Par un jugement n° 1807081 du 27 juillet 2021, le tribunal administratif de Grenoble a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour
Par une requête, enregistrée le 21 septembre 2021, la SARL Saincobel, représentée par Me Duraffourd, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement en tant qu'il a rejeté sa demande tendant à la décharge de la cotisation supplémentaire d'impôt sur les sociétés à laquelle elle a été assujettie au titre de l'exercice clos en 2015 du chef de la réintégration de la provision de 120 000 euros dans son résultat imposable à l'impôt sur les sociétés ;
2°) de prononcer la décharge de cette imposition ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'indemnité versée par la SARL Saincobel n'a aucune valeur et est insusceptible de générer une ressource dès lors qu'elle n'est versée que dans l'espoir de réussir à commercialiser les appartements ;
- n'ayant acquis aucun droit susceptible de constituer une source régulière de profit dotée d'une pérennité suffisante, l'indemnité ne constitue pas la contrepartie de l'acquisition d'un élément d'actif.
Par un mémoire, enregistré le 13 avril 2022, le ministre de l'économie, des finances et de la relance conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative ;
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;
Après avoir entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- et les conclusions de Mme Lesieux, rapporteure publique ;
Considérant ce qui suit :
1. La SARL Saincobel, qui a pour objet la promotion immobilière, a acquis, le 22 mars 2012, un ensemble immobilier en cours de construction à Saint-Colomban-des-Villards (Savoie) destiné à devenir une résidence de tourisme classée dont les appartements devaient être vendus à des particuliers agissant dans le cadre du dispositif de défiscalisation de l'article 199 sexvicies du code général des impôts prévu en faveur des locations de logements meublés. Par convention de prise à bail du 28 juin 2012, elle a confié la gestion et l'exploitation de la résidence de tourisme à la SARL Goelia Gestion, laquelle s'est engagée à accepter, dès sa signature, les baux commerciaux d'une durée de neuf ans présentés par les acquéreurs, la SARL Saincobel s'engageant à livrer l'ensemble immobilier au plus tard le 23 novembre 2012 avec une ouverture au public le 22 décembre 2012 et à lui verser, avant le démarrage de l'exploitation, un concours financier de 450 000 euros. Le montant de ce concours a été porté à 557 389 euros par un avenant modifiant les engagements contractuels des 25 septembre et 2 octobre 2014. A la suite d'une vérification de comptabilité, l'administration lui a notifié divers redressements et a notamment remis en cause la provision de 120 000 euros comptabilisée par la SARL Saincobel au titre de l'exercice clos en 2015 à raison du " fonds de concours " au motif qu'il correspondait à l'entrée dans son patrimoine d'un élément d'actif immobilisé insusceptible de donner lieu à la comptabilisation d'une provision. Par un jugement du 27 juillet 2021, le tribunal administratif de Grenoble a rejeté la demande de décharge des compléments d'impôt sur les sociétés auxquels la SARL Saincobel a été assujettie au titre des exercice clos en 2014 et 2015 à l'issue du contrôle. Celle-ci relève appel de ce jugement en tant seulement qu'il a rejeté sa demande relative au complément d'impôt établi au titre de l'exercice clos en 2015 du chef de la réintégration de cette provision dans son résultat imposable à l'impôt sur les sociétés.
Sur le bien-fondé de l'imposition :
2. Aux termes de l'article 39 du code général des impôts : " 1. Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant, () notamment () 5° Les provisions constituées en vue de faire face à des pertes ou charges nettement précisées et que des événements en cours rendent probables, à condition qu'elles aient été effectivement constatées dans les écritures de l'exercice. "
3. Aux termes du 2 de l'article 38 du code général des impôts : " Le bénéfice net est constitué par la différence entre les valeurs de l'actif net à la clôture et à l'ouverture de la période dont les résultats doivent servir de base à l'impôt diminuée des suppléments d'apport et augmentée des prélèvements effectués au cours de cette période par l'exploitant ou par les associés. L'actif net s'entend de l'excédent des valeurs d'actif sur le total formé au passif par les créances des tiers, les amortissements et les provisions justifiés ". Ne doivent suivre le régime fiscal des éléments incorporels de l'actif immobilisé de l'entreprise que les droits constituant une source régulière de profits, dotés d'une pérennité suffisante et susceptibles de faire l'objet d'une cession.
4. Pour remettre en cause la provision de 120 000 euros comptabilisée au titre de l'exercice 2015 par la SARL Saincobel, l'administration a estimé qu'elle correspondait au surcoût du concours financier prévu par l'avenant de 2014 à la convention de prise à bail conclue en 2012, lequel devait être comptabilisé comme une immobilisation dès lors qu'il était porteur d'avantages économiques futurs, pouvait être évalué avec une fiabilité suffisante et que la SARL Saincobel maîtrisait les avantages en résultat et assumait les risques y afférents.
5. La convention de prise à bail conclue le 28 juin 2012 stipule que la SARL Saincobel verse à la SARL Goelia Gestion un concours financier de 450 000 euros en contrepartie de l'engagement irrévocable de la SARL Goelia Gestion d'accepter les baux commerciaux présentés par les acquéreurs d'appartements et d'assurer la continuité de l'exploitation de la résidence de tourisme pendant une période de neuf années à compter de la date d'ouverture de la résidence fixée au 22 décembre 2012. Cette convention, dont les clauses n'ont pas été modifiées sur ce point par l'avenant de 2014, lequel a seulement eu pour objet de reporter au 10 novembre 2014 la date d'achèvement des deux premières tranches du programme et au 20 décembre 2014 la date d'ouverture au public, de modifier les conditions financières imposées pour les baux commerciaux, de prévoir que des logements pourront être vendus par la SARL Saincobel sans bail commercial et de reporter l'engagement d'exploitation de neuf ans pris par la SARL Goelia Gestion à la date d'ouverture de la résidence, stipule que le gestionnaire s'oblige irrévocablement à signer tous les baux qui lui sont présentés sans prévoir une date d'échéance déterminée. Cette convention, conclue par la SARL Saincobel pour lui permettre de commercialiser des logements défiscalisés, prend donc fin lorsqu'elle les aura vendus en totalité, soit le jour de la signature du dernier acte de vente. Par suite, les effets positifs sur l'exploitation de la SARL Saincobel des droits qui découlent de ce contrat sans date d'échéance et dont le terme coïncide avec l'achèvement de la commercialisation du programme, ne sont pas suffisamment durables pour qu'ils puissent être regardés comme dotés d'une pérennité suffisante. Dans ces conditions, les droits acquis au moyen du versement du concours financier ne peuvent être regardés comme ayant généré l'entrée dans son patrimoine d'un nouvel élément d'actif immobilisé. C'est dès lors à tort que l'administration s'est fondée sur ce motif pour réintégrer la provision de 120 000 euros comptabilisée par la SARL Saincobel dans son résultat imposable de l'exercice clos en 2015.
6. Il résulte de ce qui précède que la SARL Saincobel est fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Grenoble a rejeté sa demande.
Sur les frais liés au litige :
7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la SARL Saincobel dans l'instance en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DÉCIDE :
Article 1er : La SARL Saincobel est déchargée du complément d'impôt auquel elle a été assujettie au titre de l'exercice 2015 résultant de la réintégration de la provision de 120 000 euros dans son résultat imposable à l'impôt sur les sociétés.
Article 2 : Le jugement du 27 juillet 2021 du tribunal administratif de Grenoble est réformé en ce qu'il a de contraire au présent arrêt.
Article 3 : L'Etat versera à la SARL Saincobel une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent arrêt sera notifié à la SARL Saincobel et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.
Délibéré après l'audience du 16 février 2023, à laquelle siégeaient :
M. Pruvost, président de chambre,
Mme Courbon, présidente-assesseure,
Mme Caraës, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 mars 2023.
La rapporteure,
R. A
Le président,
D. PruvostLa greffière,
N. Lecouey
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
La greffière,
Cour Administrative d'Appel de Nancy — N° CAA54-25NC00255
09/04/2026
Cour Administrative d'Appel de Nancy — N° CAA54-25NC00414
09/04/2026
Cour Administrative d'Appel de Nancy — N° CAA54-25NC00416
09/04/2026
Cour Administrative d'Appel de Nancy — N° CAA54-25NC00460
09/04/2026