lundi 4 avril 2022
| Juridiction | COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON |
| Section | COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON |
| N° Dossier | CAA69-21LY03553 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
| Avocat requérant | LANTHEAUME |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure
M. B A a demandé au tribunal administratif de Lyon d'annuler les décisions du préfet du Rhône, du 20 avril 2021, lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français dans le délai de quatre-vingt-dix jours et désignant le pays à destination duquel il serait reconduit d'office, à l'expiration de ce délai.
Par un jugement n° 2103722 du 1er octobre 2021, le tribunal administratif de Lyon a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour
Par une requête enregistrée le 1er novembre 2021, M. A, représenté par Me Lantheaume, demande à la cour :
1°) d'annuler le jugement du tribunal administratif de Lyon du 1er octobre 2021 ;
2°) d'annuler pour excès de pouvoir les décisions susmentionnées ;
3°) d'enjoindre au préfet du Rhône de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " entrepreneur - profession libérale ", dans le délai de trente jours à compter de la notification de la décision à intervenir ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans le même délai ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
S'agissant du jugement attaqué :
- il est entaché d'irrégularité, au regard de la composition de la formation de jugement ;
- il est irrégulier, dès lors que le rapporteur public, dispensé de prononcer ses conclusions, n'était pas présent à l'audience ;
- il est entaché d'omission à statuer, en ce qui concerne le moyen tiré de l'erreur de fait résultant de la mention de la présence au Togo de deux de ses frères, au lieu d'un ;
S'agissant de la décision portant refus de délivrance de titre de séjour :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle n'a pas été précédée d'un examen effectif et particulier de sa situation ;
- elle est entachée d'erreur de droit, le préfet s'étant abstenu d'exercer son pouvoir général de régularisation ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- elle a été prise en violation des dispositions du 3° de l'article R. 313-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du même code et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors, en particulier, que le préfet a commis une erreur dans l'appréciation de ses attaches familiales au Togo ;
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale, du fait de l'illégalité du refus de délivrance d'un titre de séjour ;
S'agissant de la décision fixant le délai de départ volontaire :
- elle est illégale, du fait de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;
S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :
- elle est illégale, du fait de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;
- elle est insuffisamment motivée.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention franco-togolaise du 13 juin 1996 relative à la circulation et au séjour des personnes et la convention franco-togolaise d'établissement, signée le même jour ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative ;
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel () peuvent, () par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".
2. M. A, ressortissant togolais né le 7 janvier 1993, s'est vu refuser la délivrance d'un visa d'étudiant le 28 octobre 2014, en raison d'un risque migratoire. Il est entré irrégulièrement en France le 2 mai 2015, selon ses déclarations, au moyen d'un passeport d'emprunt. Le 21 août suivant, il a présenté une demande d'asile, avant de s'inscrire en troisième année de Bachelor of Science de Supinfo, établissement privé d'enseignement supérieur. La Cour nationale du droit d'asile ayant rejeté sa demande le 20 juillet 2016, le préfet de l'Ain, par des décisions du 11 août 2016, a refusé d'admettre M. A au séjour et lui a ordonné de quitter le territoire français. Par un courrier du 23 février 2017 et sa présentation en préfecture en octobre 2017, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour, à la fois, en qualité d'étudiant et en faisant valoir sa vie privée et familiale en France. A l'issue de l'année de Master of Science, achevée en octobre 2018, il a obtenu le titre d'expert en informatique et systèmes d'information. Il a ensuite présenté une demande d'admission au séjour au titre de son activité d'autoentrepreneur, pour laquelle le préfet du Rhône a demandé des justificatifs le 10 septembre 2019. Par un arrêté du 20 avril 2021, le préfet lui a opposé un refus, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de quatre-vingt-dix jours et a désigné le pays de renvoi. M. A fait appel du jugement par lequel le tribunal administratif de Lyon a rejeté sa demande tendant à l'annulation de ces décisions.
Sur la régularité du jugement
3. En premier lieu, aux termes de l'article R. 222-3 du code de justice administrative : " Le président prend les dispositions nécessaires au fonctionnement de la juridiction qu'il préside. () ". Il ne ressort d'aucune disposition législative ou réglementaire que le président d'un tribunal administratif ne pourrait, en cas de besoin, compléter l'effectif d'une formation de jugement de la juridiction dont il a la charge par des magistrats de cette juridiction qui ne sont pas rattachés à la chambre concernée ni, a fortiori, qu'une telle décision serait soumise à des conditions de forme spécifiques. Par suite, le requérant n'est pas fondé, sur ce point, à soutenir que le jugement en litige est entaché d'irrégularité à raison d'une composition irrégulière de la formation de jugement.
4. En deuxième lieu, aucune disposition n'impose non plus que le rapporteur public soit tenu d'être présent à une audience relative à un litige pour lequel il a été dispensé de prononcer des conclusions, en application des dispositions de l'article L. 732-1-1 du code de justice administrative. Dès lors, à supposer même que le rapporteur public de la 9ème chambre du tribunal administratif de Lyon n'ait pas assisté à l'audience au cours de laquelle l'affaire de M. A a été examinée, cette circonstance n'est pas de nature à entacher d'irrégularité le jugement contesté.
5. En troisième lieu, M. A soutient que le jugement est irrégulier, au motif que le tribunal administratif de Lyon aurait omis de statuer sur le moyen tiré de l'erreur de fait tenant au nombre de ses frères vivant au Togo. Toutefois, il ressort du dossier que cet élément était présenté dans sa requête de première instance comme un argument énoncé à l'appui du moyen relatif à la violation alléguée des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, sur lequel le tribunal administratif s'est prononcé. Par suite, le moyen doit être écarté.
Sur le refus de délivrance d'un titre de séjour :
6. En premier lieu, contrairement à ce que soutient M. A, il ne ressort pas de la décision en litige, aux termes de laquelle " une mesure dérogatoire n'a pas paru justifiée ", que le préfet aurait omis d'apprécier sa situation dans le cadre du pouvoir général de régularisation dont il dispose indépendamment des cas d'admission exceptionnelle au séjour, alors régis par les dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
7. En second lieu, M. A soutient que la décision de refus contestée porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Toutefois, il ressort du dossier que, s'il réside depuis 2015 en France, où il est entré irrégulièrement et s'est maintenu en dépit de la mesure d'éloignement du 11 août 2016 consécutive au rejet de sa demande d'asile par la Cour nationale du droit d'asile, sa présence est essentiellement due au temps nécessaire à l'instruction de sa demande de titre de séjour modifiée. Célibataire et sans charge de famille dans ce pays, il justifie seulement de la présence d'un frère installé en Seine-et-Marne et d'une cousine domiciliée dans l'Ain, avec lesquels il n'établit pas entretenir des liens excédant les relations familiales ordinaires. S'il fait valoir que le préfet a exagéré l'importance de ses attaches au Togo, où demeurent notamment ses deux parents, il ressort du dossier que M. A a lui-même déclaré aux services préfectoraux, le 27 octobre 2017, avoir trois autres frères, vivant aux Etats-Unis et au Togo, alors que le courrier de son avocat ne fait état que de deux autres frères résidant, chacun, dans l'un de ces pays. Ainsi, le requérant, qui a fourni à l'administration des informations contradictoires, ne saurait imputer à cette dernière une erreur dont il est à l'origine, au demeurant sans incidence sur le sens de la décision préfectorale, dès lors qu'en tout état de cause, il n'est pas dépourvu de toute attache familiale au Togo. Par ailleurs, il n'apparaît pas que M. A aurait tissé en France des relations personnelles telles qu'elles pourraient lui conférer un droit au séjour dans ce pays. Il n'établit pas non plus exercer sur le sol français une activité professionnelle caractérisée par une ancienneté et une stabilité particulières. Enfin, il ne ressort d'aucun élément probant versé au dossier qu'il serait exposé à des menaces au Togo, l'empêchant d'y mener une vie privée et familiale normale et, en particulier, de mettre à profit la formation et l'expérience professionnelles qu'il aurait acquises en France. Dès lors, compte tenu de ce qui précède, la décision contestée ne méconnaît ni les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers alors en vigueur ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
8. Il ressort de l'examen de la légalité de la décision refusant d'admettre M. A au séjour, au regard de l'ensemble des moyens soulevés à son encontre, que le requérant ne peut utilement exciper de l'illégalité de ce refus à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision lui ordonnant de quitter le territoire français.
Sur l'octroi d'un délai de départ volontaire et la désignation du pays de destination :
9. Il résulte de ce qui précède que l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut être utilement invoquée à l'encontre des décisions accordant à M. A un délai de départ volontaire de quatre-vingt-dix jours et fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit.
10. M. A se borne, pour le reste, à reprendre en appel les moyens déjà invoqués devant le tribunal administratif de Lyon, qui les a écartés à bon droit. Dès lors, il y a lieu d'écarter ces autres moyens par adoption des motifs du jugement attaqué, à l'encontre desquels le requérant ne formule aucune critique utile ou pertinente.
11. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, elle doit être rejetée, y compris en ses conclusions aux fins d'injonction et de mise à la charge de l'État des frais exposés et non compris dans les dépens.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée au préfet du Rhône.
Fait à Lyon, le 4 avril 2022.
Le président,
Gilles Hermitte
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Le greffier,
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026