mardi 31 mai 2022
| Juridiction | COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON |
| Section | COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON |
| N° Dossier | CAA69-21LY03654 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre - formation à 3 |
| Avocat requérant | SHVEDA |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure
M. C A a demandé au tribunal administratif de Clermont-Ferrand d'annuler l'arrêté du 1er juillet 2021 par lequel le préfet de la Haute-Loire l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a fait obligation de se présenter aux forces de l'ordre une fois par semaine pour justifier de sa présence.
Par un jugement n° 2101669 du 12 octobre 2021, la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Clermont-Ferrand a annulé cet arrêté du 1er juillet 2021 en tant qu'il fixe le pays de destination, a enjoint au préfet de la Haute-Loire de réexaminer la situation du requérant dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement, a mis à la charge de l'Etat la somme de 900 euros à verser à Me Shveda, au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, et a rejeté le surplus des conclusions de la demande.
Procédure devant la cour
Par une requête enregistrée le 10 novembre 2021, et un mémoire en réplique enregistré le 10 février 2022, le préfet de la Haute-Loire demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement du 12 octobre 2021, en tant qu'il a partiellement fait droit à la demande de M. A ;
2°) de rejeter la demande de M. A en ce qu'elle tend à l'annulation de la décision fixant le pays de destination, ainsi que ses conclusions aux fins d'injonction et au titre de l'article L. 761- 1 du code de justice administrative.
Il soutient que la décision fixant le pays de destination ne méconnaît pas l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire enregistré le 3 février 2022, M. C A, représenté par Me Shveda, conclut au rejet de la requête, à ce qu'il soit enjoint au préfet de la Haute-Loire de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " après lui avoir délivré, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour dès notification de l'arrêt, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge de l'Etat au titre des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que c'est à bon droit que la première juge a estimé que la décision fixant le pays de destination méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, par une décision du bureau d'aide juridictionnelle en date du 2 mars 2022.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative ;
La présidente de la formation de jugement ayant dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;
Après avoir entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Besse, président-assesseur ;
Considérant ce qui suit :
1. M. A, de nationalités russe et géorgienne, est entré en France en novembre 2018 avec son épouse et ses deux fils. Sa demande d'asile a été rejetée le 12 novembre 2020 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, décision confirmée le 29 juin 2021 par la Cour nationale du droit d'asile. Par arrêté du 1er juillet 2021, le préfet de la Haute-Loire l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a fait obligation de se présenter aux forces de l'ordre une fois par semaine pour justifier de sa présence. Par jugement du 12 octobre 2021, la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Clermont-Ferrand a annulé cet arrêté, en tant qu'il fixe le pays de destination, et rejeté le surplus des conclusions aux fins d'annulation de la demande. Le préfet de la Haute-Loire demande l'annulation de ce jugement, en tant qu'il a partiellement fait droit à la demande de M. A.
2. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. "
3. M. A, qui est exposé à des craintes de persécution en Russie, en raison de son engagement et de celui de sa famille en Tchétchénie, ainsi que l'a reconnu la Cour nationale du droit d'asile dans sa décision du 29 juin 2021, soutient être également exposé à des risques en Géorgie, autre pays dont il a la nationalité, où il vivait avant son arrivée en France. Il expose qu'il y serait poursuivi par les services secrets tchétchènes et qu'il pourrait faire l'objet par les autorités géorgienne d'une extradition vers la Russie. Toutefois, les documents d'ordre général qu'il produit faisant état de la situation des personnes tchétchènes dans les pays européens ne peuvent permettre de tenir pour établis les risques auxquels il serait personnellement exposé. Par ailleurs, son récit est très peu précis sur les recherches dont il aurait fait l'objet par les services tchétchènes ou russes en Géorgie et n'est appuyé par aucun élément probant. Il ressort d'ailleurs des pièces du dossier que sa demande d'asile a été rejetée à deux reprises par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides puis la Cour nationale du droit d'asile. C'est par suite à tort que la première juge a annulé la décision fixant le pays de destination au motif qu'elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
4. Il appartient à la cour, saisie par l'effet dévolutif de l'appel, d'examiner l'autre moyen soulevé par l'intimé.
5. La décision en litige mentionne les textes dont il est fait application et précise qu'au regard notamment de la décision rejetant la demande d'asile de M. A, les craintes qu'il expose encourir en cas de retour en Géorgie ne sont pas établies. Par suite, elle est suffisamment motivée.
6. Il résulte de ce qui précède que le préfet de la Haute-Loire est fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Clermont-Ferrand a annulé son arrêté du 1er juillet 2021 en tant qu'il fixe le pays à destination duquel M. A pourrait être reconduit d'office.
7. Le présent arrêt, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation de la demande de M. A, n'appelle aucune mesure d'exécution. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction doivent également être rejetées.
8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions de M. A dirigées contre l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.
DÉCIDE :
Article 1er : Les articles 1er, 2 et 3 du jugement n° 2101669 du 12 octobre 2021 de la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Clermont-Ferrand sont annulés.
Article 2 : Les conclusions de la demande de M. A tendant à l'annulation de la décision du 1er juillet 2021 par laquelle le préfet de la Haute-Loire a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office sont rejetées, ainsi que le surplus des conclusions de sa demande et de ses conclusions d'appel.
Article 3 : Le présent arrêt sera notifié au ministre de l'intérieur, à M. C A et à Me Shveda.
Copie en sera adressée au préfet de la Haute-Loire.
Délibéré après l'audience du 10 mai 2022 à laquelle siégeaient :
Mme Danièle Déal, présidente de chambre,
M. Thierry Besse, président-assesseur,
Mme Christine Psilakis, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 mai 2022.
Le rapporteur,
Thierry Besse
La présidente,
Danièle Déal
La greffière,
Fabienne Prouteau
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
La greffière,
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026