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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA69-21LY03811

COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON — Décision N° CAA69-21LY03811

mardi 14 juin 2022

JuridictionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
SectionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
N° DossierCAA69-21LY03811
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre - formation à 3
Avocat requérantMIRAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure

Mme C A a demandé au tribunal administratif de Grenoble d'annuler l'arrêté du 24 juin 2021 par lequel le préfet de l'Isère l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi en cas d'éloignement forcé et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

Par un jugement n° 2104342 du 28 juillet 2021, la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Grenoble a annulé l'arrêté du 24 juin 2021 en tant qu'il prononce une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an et a rejeté le surplus de cette demande.

Procédure devant la cour

Par une requête enregistrée le 23 novembre 2021, Mme A, représentée par Me Miran, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du tribunal administratif de Grenoble du 28 juillet 2021 en tant qu'il a rejeté le surplus de sa demande, ainsi que les décisions du 24 juin 2021 du préfet de l'Isère l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour ou à défaut de réexaminer sa situation et, dans l'attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision l'obligeant à quitter le territoire a été prise en méconnaissance du droit d'être entendu et en méconnaissance des dispositions des articles L. 425-1 et R. 425-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle n'a pas bénéficié de l'information selon laquelle elle pouvait, en qualité de victime d'infractions relatives à la traite des êtres humains ayant porté plainte, obtenir de plein droit un titre de séjour sur le fondement des dispositions des articles L. 425-1 et R. 425-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision l'obligeant à quitter le territoire porte une atteinte excessive à son droit à une vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ; ses liens avec le Nigéria se sont distendus et elle est dans l'impossibilité d'y poursuivre sa vie privée et familiale ;

- la décision fixant le pays de renvoi est illégale ; en cas de retour dans son pays d'origine, elle sera exposée à des persécutions ou à une atteinte grave du fait des membres d'un réseau de traite des êtres humains à des fins d'exploitation sexuelle dont elle s'est extraite, sans pouvoir bénéficier de la protection effective des autorités.

Le préfet de l'Isère n'a pas produit de mémoire en défense.

Mme A a été admise à l'aide juridictionnelle totale par décision du bureau d'aide juridictionnelle du 10 novembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative ;

Le président de la formation de jugement ayant dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Psilakis, première conseillère.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante nigériane née le 19 septembre 1991, est entrée sur le territoire français dans des conditions indéterminées. Sa demande d'asile, déposée en avril 2018, a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides puis la Cour nationale du droit d'asile les 31 janvier 2019 et 23 avril 2021. Par arrêté du 24 juin 2021 le préfet de l'Isère l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, en se fondant sur les dispositions de l'article L. 542-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a fixé le pays de renvoi en cas d'éloignement forcé et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par jugement du 28 juillet 2021, la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Grenoble a annulé l'arrêté du 24 juin 2021 en tant qu'il prononce une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an et a rejeté le surplus de cette demande. Mme A relève appel de ce jugement en tant qu'il a rejeté le surplus de sa demande.

2. En premier lieu, le droit d'être entendu implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français non prise concomitamment au refus de délivrance d'un titre de séjour, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Une violation des droits de la défense, en particulier du droit d'être entendu, n'entraîne l'annulation de la décision prise au terme de la procédure administrative en cause que si, en l'absence de cette irrégularité, cette procédure pouvait aboutir à un résultat différent.

3. Par ailleurs, aux termes de l'article L. 421-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui dépose plainte contre une personne qu'il accuse d'avoir commis à son encontre des faits constitutifs des infractions de traite des êtres humains ou de proxénétisme, visées aux articles 225-4-1 à 225-4-6 et 225-5 à 225-10 du code pénal, ou témoigne dans une procédure pénale concernant une personne poursuivie pour ces mêmes infractions, se voit délivrer, sous réserve qu'il ait rompu tout lien avec cette personne, une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. ". Aux termes de l'article R. 425-1 du même code : " Le service de police ou de gendarmerie qui dispose d'éléments permettant de considérer qu'un étranger, victime d'une des infractions constitutives de la traite des êtres humains ou du proxénétisme prévues et réprimées par les articles 225-4-1 à 225-4-6 et 225-5 à 225-10 du code pénal, est susceptible de porter plainte contre les auteurs de cette infraction ou de témoigner dans une procédure pénale contre une personne poursuivie pour une infraction identique, l'informe : 1° De la possibilité d'admission au séjour et du droit à l'exercice d'une activité professionnelle qui lui sont ouverts par l'article L. 425-1 ; / 2° Des mesures d'accueil, d'hébergement et de protection prévues aux articles R. 425-4 et R. 425-7 à R. 425-10 ; / 3° Des droits mentionnés à l'article 53-1 du code de procédure pénale, notamment de la possibilité d'obtenir une aide juridique pour faire valoir ses droits. /Le service de police ou de gendarmerie informe également l'étranger qu'il peut bénéficier d'un délai de réflexion de trente jours, dans les conditions prévues à l'article R. 425-2, pour choisir de bénéficier ou non de la possibilité d'admission au séjour mentionnée au 1°. / Ces informations sont données dans une langue que l'étranger comprend et dans des conditions de confidentialité permettant de le mettre en confiance et d'assurer sa protection. / Ces informations peuvent être fournies, complétées ou développées auprès des personnes intéressées par des organismes de droit privé à but non lucratif, spécialisés dans le soutien aux personnes prostituées ou victimes de la traite des êtres humains, dans l'aide aux migrants ou dans l'action sociale, désignés à cet effet par le ministre chargé de l'action sociale. ".

4. Il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme A aurait été, à un moment de la procédure de demande d'asile, informée de ce qu'elle était susceptible de faire l'objet d'une mesure d'éloignement ou mise à même de présenter des observations, la procédure de demande d'asile n'ayant pas une telle finalité. L'intéressée, qui se borne à faire état de ce qu'elle n'a pas été informée de ce qu'elle aurait pu bénéficier de la protection des autorités françaises en vertu des dispositions évoquées au point 3, n'établit toutefois pas, quand bien même elle aurait bénéficié en France d'un accompagnement par une association spécialisée dans l'insertion professionnelle des femmes victimes d'un réseau de prostitution, relever des dispositions précitées de l'article R. 425-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que les faits constitutifs de proxénétisme dont elle s'estime victime et qui ont motivé sa demande d'asile se sont déroulés, selon ses propres déclarations, exclusivement en Italie et qu'elle est venue en France pour fuir ce réseau sans y engager ou participer à des poursuites pénales contre les membres de ce réseau de prostitution. Dans ces conditions, l'intéressée, qui, ne démontre pas qu'elle aurait été empêchée de porter tout élément nouveau à la connaissance de l'administration préalablement à l'adoption de la décision attaquée, ni que de tels éléments auraient été susceptibles d'influer sur le prononcé de cette décision n'est, par suite, pas fondée à soutenir qu'elle a été privée de son droit d'être entendue. Par ailleurs, pour les mêmes motifs, Mme A n'est pas fondée à se prévaloir de ce que la décision l'obligeant à quitter le territoire méconnait l'article R. 425-1 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme A est entrée selon ses déclarations en mars 2018 en France, où elle ne justifie d'aucun lien personnel ou familial et où les efforts d'intégration dont elle se prévaut et consistant à suivre des cours de français et effectuer des stages d'insertion professionnelle, ne peuvent à eux seuls être considérés comme lui ayant permis de fixer ses intérêts privés et familiaux sur le territoire. Par suite, les moyens tirés de ce que la décision lui faisant obligation de quitter le territoire méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle doivent être écartés.

6. En troisième et dernier lieu, Mme A qui se borne à faire état de menaces proférées à l'encontre de sa mère demeurée au Nigéria, par le réseau de prostitution auquel elle a appartenu sans aucunement les étayer et dont la demande d'asile a d'ailleurs été rejetée comme il a été rappelé au point 1, n'établit pas qu'elle serait exposée à des risques actuels et personnels en cas de retour au Nigéria. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales manque en fait et doit être écarté.

7. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Grenoble a rejeté ses conclusions à fin d'annulation dirigées contre les décisions du 24 juin 2021 lui faisant obligation de quitter le territoire et fixant le pays de renvoi. Ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative au profit de son conseil doivent être rejetées par voie de conséquence.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à Mme C A et(/nom)(ano)A(/ano) au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 24 mai 2022 à laquelle siégeaient :

M. Thierry Besse, président ;

M. François Bodin-Hullin, premier conseiller ;

Mme Christine Psilakis, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 juin 2022.

La rapporteure,

Christine Psilakis Le président,

Thierry Besse

La greffière,

Fabienne Prouteau

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

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