jeudi 10 novembre 2022
| Juridiction | COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON |
| Section | COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON |
| N° Dossier | CAA69-21LY03821 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | fiscal |
| Avocat requérant | ARBOR TOURNOUD PIGNIER WOLF |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure
M. et Mme D C ont demandé au tribunal administratif de Grenoble de prononcer la décharge du complément d'impôt sur le revenu et des cotisations de contributions sociales auxquels ils ont été assujetti au titre de l'année 2014 et des majorations correspondantes.
Par un jugement n° 1905974 du 30 septembre 2021, le tribunal administratif de Grenoble a prononcé la décharge de ces impositions à concurrence du rehaussement de leur revenu foncier de 5 371 euros et a rejeté le surplus des conclusions de sa demande.
Procédure devant la cour
Par une requête enregistrée le 29 novembre 2021, M. et Mme D C, représentés par Me Tournoud, demandent à la cour :
1°) d'annuler ce jugement en tant qu'il a rejeté leur demande ;
2°) de leur accorder la décharge des impositions maintenues à leur charge ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 400 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que les charges comptabilisées justifiées par des factures émises par les entreprises F et Ben E B sont déductibles des résultats dès lors qu'elles sont justifiées par des factures régulières :
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative ;
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel, les premiers vice-présidents des cours et les présidents des formations de jugement des cours, ainsi que les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent, () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement ".
2. M. C, qui exerçait, à titre individuel, une activité de terrassement et travaux publics, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur les exercices clos les 31 décembre 2014 et 2015 à la suite de laquelle le vérificateur a notamment réintégré dans son bénéfice industriel et commercial de l'exercice clos en 2014 des charges de sous-traitance comptabilisées par l'intéressé au motif qu'elles correspondaient à des prestations fictives. M. et Mme C ont également fait l'objet d'un examen contradictoire de situation fiscale personnelle portant sur les années 2014 et 2015 à la suite duquel l'administration a réintégré dans leur revenu imposable dans la catégorie des revenus fonciers de l'année 2014 un revenu locatif. Par un jugement du 30 septembre 2021, le tribunal administratif de Grenoble a prononcé la décharge des impositions supplémentaires à l'impôt sur le revenu et des cotisations de contributions sociales auxquelles les intéressés ont été assujettis au titre de l'année 2014 à concurrence du rehaussement de leur revenu foncier et a rejeté le surplus des conclusions de leur demande. M. et Mme C relèvent appel de ce jugement en tant qu'il n'a pas entièrement fait droit à leur demande.
3. Aux termes du 1 de l'article 39 du code général des impôts : "Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant () notamment : 1° Les frais généraux de toute nature ()".
4. Si, en vertu des règles gouvernant l'attribution de la charge de la preuve devant le juge administratif, applicables sauf loi contraire, il incombe, en principe, à chaque partie d'établir les faits qu'elle invoque au soutien de ses prétentions, les éléments de preuve qu'une partie est seule en mesure de détenir ne sauraient être réclamés qu'à celle-ci. Il appartient, dès lors, au contribuable, pour l'application des dispositions du 1 de l'article 39 du code général des impôts, de justifier tant du montant des charges qu'il entend déduire du bénéfice net défini à l'article 38 du code général des impôts que de la correction de leur inscription en comptabilité, c'est-à-dire du principe même de leur déductibilité. Le contribuable apporte cette justification par la production de tous éléments suffisamment précis portant sur la nature de la charge en cause, ainsi que sur l'existence et la valeur de la contrepartie qu'il en a retirée. Dans l'hypothèse où le contribuable s'acquitte de cette obligation, il incombe ensuite au service, s'il s'y croit fondé, d'apporter la preuve de ce que la charge en cause n'est pas déductible par nature, qu'elle est dépourvue de contrepartie, qu'elle a une contrepartie dépourvue d'intérêt pour le contribuable ou que la rémunération de cette contrepartie est excessive.
5. En vertu de ces principes, lorsqu'une entreprise a déduit en charges une dépense réellement supportée, conformément à une facture régulière relative à un achat de prestations ou de biens dont la déductibilité par nature n'est pas contestée par l'administration, celle-ci peut demander à l'entreprise qu'elle lui fournisse tous éléments d'information en sa possession susceptibles de justifier la réalité et la valeur des prestations ou biens ainsi acquis. La seule circonstance que l'entreprise n'aurait pas suffisamment répondu à ces demandes d'explication ne saurait suffire à fonder en droit la réintégration de la dépense litigieuse, l'administration devant alors fournir devant le juge tous éléments de nature à étayer sa contestation du caractère déductible de la dépense. Le juge de l'impôt doit apprécier la valeur des explications qui lui sont respectivement fournies par le contribuable et par l'administration.
6. Il résulte de l'instruction que, pour justifier deux écritures de charges de sous-traitance inscrites en comptabilité en 2014 dont les montants, les libellés et les numéros de pièces comportaient des incohérences, M. C a présenté, en cours de contrôle, sur demande du vérificateur, d'une part, une facture au nom de M. F, datée du 31 décembre 2014, d'un montant de 25 000 euros hors taxes et, d'autre part, une facture au nom de M. A E B, datée du 16 décembre 2014, d'un montant de 3 685 euros. Il n'est pas contesté que les factures présentées ne disposent pas d'une numérotation chronologique en méconnaissance des règles de facturation et ne comportent pas de mentions relatives aux lieux, à la date et au détail des prestations effectuées. Il n'est pas davantage contesté qu'aucun des deux prestataires dont les noms figurent sur les factures n'est identifié en comptabilité par un compte ouvert à son nom.
7. Il est constant en outre que la facture au nom de M. F fait référence à quatre chantiers en cours dont le principal, d'un montant de 15 500 euros hors taxes, concerne la situation n°2 du chantier 3C à Grenoble, non référencé en comptabilité. Elle fait état de travaux de maçonnerie générale au CEA de Grenoble, pour lesquels aucun contrat de sous-traitance n'a été établi alors que l'entrée dans l'enceinte de l'établissement est soumise à des restrictions d'accès. Cette facture ne précise enfin ni les dates et lieux d'intervention ni les prestations effectivement réalisées et n'a donné lieu à aucun paiement ni n'a été déclarée dans le cadre de liquidation judiciaire de l'entreprise en 2015.
8. Quant à la facture au nom de M. A E, il est constant qu'elle est antérieure au devis réalisé pour le chantier référencé et qu'elle ne correspond à aucune des factures enregistrées pour le chantier Eurovia auquel les frais de sous-traitance en litige ont été rattachés. Outre le caractère extrêmement sommaire des mentions de cette facture qui n'indique aucune date de réalisation des prestations, il n'est pas contesté que la dette a été soldée en comptabilité par trois écritures de règlement dont un versement en espèce et deux chèques dont il n'est pas contesté qu'ils ont bénéficié à des tiers.
9. Pour combattre ces éléments, qui sont de nature à laisser penser que les charges en cause sont dépourvues de contrepartie, M. et Mme C se bornent à faire état de l'existence de factures justificatives. Eu égard à l'ensemble de ces éléments, la réalité des prestations facturées ne peut être regardée comme établie et c'est dès lors à bon droit que l'administration a remis en cause la déduction des charges comptabilisées par M. C.
10. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. et Mme C est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, elle doit être rejetée, y compris en ses conclusions aux fins de mise à la charge de l'Etat des frais liés au litige.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de M. et Mme C est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. et Mme D C.
Copie en sera adressée pour information au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.
Fait à Lyon, le 10 novembre 2022.
Le président de la 2ème chambre,
Dominique Pruvost
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
La greffière,
COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON — N° CAA69-24LY01635
26/07/2024
COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON — N° CAA69-23LY02455
11/07/2024
COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON — N° CAA69-23LY02454
11/07/2024
COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON — N° CAA69-23LY02351
11/07/2024