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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA69-21LY04294

COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON — Décision N° CAA69-21LY04294

lundi 27 juin 2022

JuridictionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
SectionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
N° DossierCAA69-21LY04294
TypeOrdonnance
Avocat requérantMENU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure

Mme B A a demandé au président du tribunal administratif de Lyon d'annuler l'arrêté du 27 septembre 2021 par lequel le préfet du Rhône a décidé son transfert aux autorités italiennes en vue de l'examen de sa demande d'asile.

Par un jugement n° 2107865 du 25 novembre 2021, la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Lyon a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour

Par une requête enregistrée le 27 décembre 2021, Mme A, représentée par Me Menu, demande à la cour :

1°) de prononcer la nullité du jugement du 25 novembre 2021 et de le déclarer mal fondé ;

2°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision de transfert susmentionnée et de déclarer la France État membre responsable de l'examen de sa demande d'asile ;

3°) d'enjoindre au préfet d'enregistrer sa demande d'asile dans le délai de quinze jours, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 500 euros, au profit de son conseil, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

S'agissant du jugement attaqué :

- il est entaché d'un défaut de motivation, dès lors qu'il ne répond pas aux arguments invoqués à l'appui des moyens tenant à l'insuffisance de motivation de l'arrêté préfectoral et au défaut d'examen particulier dont il est affecté, à la violation du principe général de confiance légitime dans l'administration et à l'erreur manifeste d'appréciation résultant d'une évalution incomplète de sa vulnérabilité ;

S'agissant de la décision de transfert aux autorités italiennes :

- elle est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen, en particulier en ce qui concerne sa vie privée et familiale ;

- elle méconnaît le principe général de confiance légitime ;

- elle est entachée d'erreur de droit, le préfet ne pouvant prendre un nouvel arrêté à la suite de l'annulation de sa décision du 28 juillet 2021, sans mettre en œuvre une nouvelle procédure de détermination de l'État membre responsable de la demande de protection ;

- elle est dépourvue de base légale, l'accord des autorités italiennes étant caduc ;

- elle a été prise en violation des stipulations du 1 de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation compte tenu de sa vulnérabilité ;

- elle est contraire aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La demande de Mme A tendant à être admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale a été classée sans suite, faute de dépôt par celle-ci de l'original de sa demande au tribunal judiciaire de Lyon.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative ;

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel, () peuvent, () par ordonnance : () 3° Constater qu'il n'y a pas lieu de statuer sur une requête ; () 5° Statuer sur les requêtes qui ne présentent plus à juger de questions autres que la condamnation prévue à l'article L. 761-1 ou la charge des dépens ; () ".

2. Mme A, ressortissante ivoirienne née le 29 août 1994, a franchi les frontières italiennes le 30 mai 2020, avant d'entrer irrégulièrement en France le 25 février 2021, selon ses déclarations. Le 29 mars 2021, elle a demandé son admission au séjour en qualité de demandeur d'asile auprès des services de la préfecture du Rhône. Par un arrêté du 28 juillet 2021, le préfet a décidé de la transférer vers l'Italie, décision annulée par un jugement du 13 août 2021, qui a enjoint au préfet de réexaminer la situation de l'intéressée dans un délai de deux mois. Le 27 septembre 2021, le préfet a de nouveau décidé son transfert aux autorités italiennes en vue de l'examen de sa demande d'asile. Mme A a contesté cette décision devant le tribunal administratif de Lyon, qui a rejeté sa demande par un jugement du 25 novembre 2021, dont Mme A fait appel.

Sur la régularité du jugement :

3. Aux termes de l'article L. 9 du code de justice administrative : " Les jugements sont motivés ". Il ressort de la lecture du jugement que, contrairement à ce que soutient Mme A, le jugement en litige est suffisamment motivé, la magistrate n'étant nullement tenue de répondre à l'ensemble des arguments évoqués dans sa requête. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité du jugement manque en fait.

Sur les conclusions à fins d'annulation de l'arrêté :

4. Aux termes de l'article 29 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 du Parlement européen et du Conseil : " Le transfert du demandeur () de l'État membre requérant vers l'État membre responsable s'effectue () au plus tard, dans un délai de six mois à compter de l'acceptation par un autre État membre de la requête aux fins de prise en charge ou de reprise en charge de la personne concernée ou de la décision définitive sur le recours ou la révision lorsque l'effet suspensif est accordé () / 2. Si le transfert n'est pas exécuté dans le délai de six mois, l'État membre responsable est libéré de son obligation de prendre en charge ou de reprendre en charge la personne concernée et la responsabilité est alors transférée à l'État membre requérant. Ce délai peut être porté à un an au maximum s'il n'a pas pu être procédé au transfert en raison d'un emprisonnement de la personne concernée ou à dix-huit mois au maximum si la personne concernée prend la fuite ". En vertu des dispositions de l'article L. 572-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision de transfert mentionnée à l'article L. 572-1 peut, dans les conditions et délais prévus à la présente section, en demander l'annulation au président du tribunal administratif. () ". Aux termes de l'article L. 572-2 du même code : " La décision de transfert ne peut faire l'objet d'une exécution d'office avant l'expiration d'un délai de quinze jours. Toutefois, ce délai est ramené à quarante-huit heures dans les cas où une décision d'assignation à résidence en application de l'article L. 751-2 ou de placement en rétention en application de l'article L. 751-9 a été notifiée avec la décision de transfert ou que l'étranger fait déjà l'objet de telles mesures en application des articles L. 731-1, L. 741-1, L. 741-2, L. 751-2 ou L. 751-9. Lorsque le tribunal administratif a été saisi d'un recours contre la décision de transfert, celle-ci ne peut faire l'objet d'une exécution d'office avant qu'il ait été statué sur ce recours ". Enfin, aux termes de l'article 51 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles : " II. - Sans préjudice de l'application des dispositions relatives à l'admission provisoire, la juridiction avisée du dépôt d'une demande d'aide juridictionnelle sursoit à statuer dans l'attente de la décision relative à cette demande. () ".

5. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que l'introduction d'un recours devant le tribunal administratif contre la décision de transfert a pour effet d'interrompre le délai de six mois fixé à l'article 29 du règlement (UE) n° 604/2013, qui courait à compter de l'acceptation du transfert par l'État requis. En cas de recours, ce délai, qui recommence à courir intégralement à compter de la notification au préfet du jugement par lequel le tribunal administratif statue au principal sur cette demande, quel que soit le sens de sa décision, rend à nouveau la mesure de transfert susceptible d'exécution.

6. En l'espèce, le délai de six mois imparti à l'administration pour procéder à la remise de Mme A aux autorités italiennes a recommencé à courir à compter du 13 août 2021, date à laquelle le préfet du Rhône a reçu notification du jugement n° 2106055 rendu le même jour par la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Lyon lui enjoignant de réexaminer sa situation. Il ne ressort pas des pièces du dossier que l'autorité préfectorale aurait notifié aux autorités italiennes une décision de porter à un an ou dix-huit mois le délai de remise après avoir constaté que l'intéressée aurait pris la fuite ou qu'elle aurait été emprisonnée. Il en ressort que la décision de transfert n'a pas été exécutée à la date d'expiration de ce délai de six mois. Dans ces conditions, la décision de transfert en litige est, à ce jour, devenue caduque. Par suite, les conclusions présentées par M. A tendant à l'annulation de l'arrêté du 27 septembre 2021 portant transfert vers l'Italie et du jugement n° 2107865 du 25 novembre 2021 sont devenues sans objet et il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur les frais liés au litige :

7. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'État le versement de la somme demandée au profit du conseil de Mme A au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de Mme A tendant à l'annulation du jugement de la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Lyon du 25 novembre 2021 et de la décision du 27 septembre 2021 du préfet du Rhône.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet du Rhône

Fait à Lyon, le 27 juin 2022.

Le président

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Le greffier,

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