lundi 30 mai 2022
| Juridiction | COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON |
| Section | COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON |
| N° Dossier | CAA69-22LY00321 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
| Avocat requérant | SENE MAMADOU |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure
M. B A a demandé au tribunal administratif de Lyon d'annuler les décisions du préfet de la Savoie du 8 janvier 2022, l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, désignant le pays à destination duquel il serait reconduit d'office, lui interdisant le retour sur le territoire français durant un an et ordonnant son placement en rétention administrative.
Par un jugement n° 2200140 du 12 janvier 2022, le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Lyon a rejeté les conclusions présentées contre la décision de placement en rétention administrative comme portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître et rejeté le surplus de ces demandes.
Procédure devant la cour
Par une requête enregistrée le 31 janvier 2022, M. A, représenté par Me Sène, demande à la cour :
1°) d'annuler le jugement du magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Lyon du 12 janvier 2022 ;
2°) d'annuler, pour excès de pouvoir, les décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et lui interdisant le retour sur le territoire français pendant un an ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Savoie de réexaminer sa situation et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 800 euros, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
S'agissant du jugement attaqué :
- il est entaché d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions du 4° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
S'agissant des décisions portant obligation de quitter le territoire français et désignant le pays de renvoi :
- elles sont insuffisamment motivées ;
- elles sont entachées d'un défaut d'examen ;
- elle méconnaissent les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 (1°, 4° et 8°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elles méconnaissent les dispositions de l'article R. 621-2 de ce code ;
- elles sont entachées d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'il est entré régulièrement en France ;
- elle sont entachées d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation, car il justifie d'une insertion professionnelle particulière en France ;
S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :
- elle est privée de base légale, du fait de l'illégalité de la décision d'obligation de quitter le territoire français ;
S'agissant de la décision portant refus de délai de départ volontaire :
- elle est privée de base légale, du fait de l'illégalité de la décision d'obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 (1°, 4° et 8°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article R. 621-2 de ce code ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'elle emporte des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur sa situation personnelle :
S'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est privée de base légale, du fait de l'illégalité de la décision d'obligation de quitter le territoire français ;
- elle est insuffisamment motivée.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention franco-sénégalaise relative à la circulation et au séjour des personnes ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative ;
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel () peuvent, () par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".
2. M. A, ressortissant sénégalais né le 3 mars 1992, déclare être entré régulièrement en France le 20 février 2019, sous couvert d'un visa " États Schengen " délivré par les autorités portugaises. Le 7 janvier 2022, il a été interpellé et placé en garde à vue pour des faits d'usage frauduleux d'un document d'identité appartenant à un tiers. Par arrêté du 8 janvier 2022, le préfet de la Savoie lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a désigné le pays de renvoi et lui a interdit le retour sur le territoire français durant un an. M. A fait appel du jugement par lequel le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Lyon a rejeté sa demande tendant à l'annulation de ces décisions.
Sur le jugement attaqué :
3. Si M. A soutient que le jugement attaqué est entaché d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation, ces moyens se rattachent au bien-fondé de la décision juridictionnelle et ne constituent donc pas des moyens d'irrégularité dont la présente cour peut connaître.
Sur l'obligation de quitter le territoire français et la désignation du pays de destination :
4. En premier lieu, les décisions contestées comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. En outre, l'exigence de motivation instituée par les dispositions de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration s'applique à l'énoncé des seuls motifs sur lesquels l'administration entend faire reposer sa décision. Il suit de là que les décisions contestées ne sont pas entachées d'un défaut de motivation pour ne pas comporter le rappel d'éléments caractérisant la situation professionnelle de M. A, que celui-ci regarde comme lui étant favorables et sur lesquels le préfet de la Savoie n'a pas cru devoir se fonder pour l'obliger à quitter le territoire français et fixer le pays de renvoi. Les décisions en litige sont, par suite, suffisamment motivées.
5. En deuxième lieu, il ressort des mentions de l'arrêté en litige que le préfet a procédé à un examen complet et particulier de la situation de M. A et a pris en compte l'ensemble des éléments de sa situation personnelle dont il avait connaissance à la date de sa décision. Par suite, le moyen tiré d'un défaut d'examen de la situation personnelle ou professionnelle de M. A doit être écarté.
6. En troisième lieu, M. A ne saurait se prévaloir de la méconnaissance des dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, relatives au refus de délai de départ volontaire, à l'encontre des décisions portant obligation de quitter le territoire français et désignant le pays de destination.
7. En quatrième lieu, M. A soutient être entré régulièrement en France. Pour en justifier, le requérant verse au dossier la copie de son passeport, revêtu d'un visa Schengen de court séjour délivré par les autorités consulaires portugaises, valable du 13 février au 29 mars 2019, ainsi que d'un tampon d'entrée en France via l'aéroport de Roissy le 21 février 2019. Toutefois, il est constant que M. A n'a pas fourni son passeport au préfet de la Savoie. Au contraire, le requérant avait alors été placé en garde à vue pour usage frauduleux d'un document d'identité appartenant à un tiers. Ainsi, à la date d'édiction des décisions contestées, M. A ne pouvait justifier être entré régulièrement sur le territoire français. De surcroît, s'il est établi que le requérant est entré en France le 21 février 2019, durant la durée de validité de son visa Schengen susmentionné, il est constant que l'intéressé ne relevait pas des catégories d'étrangers dispensées de l'obligation de déclaration d'entrée par les dispositions des articles R. 621-2 et R. 621-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile permettant de justifier de son entrée régulière sur le territoire français. M. A ne peut se prévaloir de ce qu'il serait entré directement en France alors que son visa, sollicité auprès des autorités portugaises, lui donnait vocation, en vertu de l'article 12 de la convention d'application de l'accord de Schengen, à se rendre au Portugal sinon à entrer dans l'espace Schengen par le territoire portugais, d'autant plus que M. A reconnaît, dans le procès-verbal d'audition, avoir sollicité un visa court séjour auprès des autorités portugaises dans le seul but de s'installer en France, détournant ainsi l'objet de son visa. En outre, le cachet d'entrée en France apposé par le service des douanes comportant le symbole de l'entrée sur le territoire avec la mention de la date ne peut être regardé comme l'accusé de réception de la déclaration d'entrée, prévu par les dispositions de l'article R. 621-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, le préfet a pu, sans méconnaître les dispositions de l'article R. 621-2 de ce code, ni commettre d'erreur de droit ou d'appréciation, obliger l'intéressé à quitter le territoire français sur le fondement des dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du même code.
8. En cinquième et dernier lieu, la circonstance que M. A ait travaillé, au demeurant irrégulièrement, sur le territoire français est insuffisante à faire obstacle à l'édiction d'une mesure d'éloignement. Les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur d'appréciation ne peuvent donc qu'être écartés.
Sur la décision fixant le pays de destination :
9. La décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, M. A ne saurait soutenir que la décision fixant le pays de renvoi serait en conséquence privée de base légale.
Sur la décision refusant un délai de départ volontaire :
10. En premier lieu, il résulte de ce qui a été exposé des points 4 à 8 que l'obligation de quitter le territoire français n'est pas illégale. Dès lors, M. A ne saurait soutenir que la décision refusant le délai de départ volontaire est privée de base légale.
11. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 7 que M. A ne peut justifier de la régularité de son entrée sur le territoire français et n'a jamais sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Il ne pouvait, à la date d'édiction de la décision contestée, présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité. En outre, ainsi que l'a indiqué le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Lyon, la circonstance qu'il serait hébergé par un tiers en région parisienne et qu'il ait accepté la prise de photos et le relevé de ses empreintes digitales ne suffit pas établir qu'il présenterait des garanties de représentation suffisantes pour prévenir un risque de fuite mentionné par les dispositions des article L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, c'est sans méconnaître les dispositions des articles précités que le préfet de la Savoie a pu estimer qu'il existait un risque que M. A se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français et, par suite, lui refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire.
12. En troisième lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 7 que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 621-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
13. En quatrième lieu, M. A soutient qu'il a travaillé plus de deux ans en France et qu'il est titulaire d'un contrat de travail à durée indéterminée. Toutefois, ces seules circonstances, alors même que l'intéressé n'a jamais été autorisé à travailler sur le territoire, ne sont pas de nature à établir que le refus de délai de départ volontaire emporterait des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur sa situation personnelle.
Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :
14. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, M. A ne saurait soutenir que l'interdiction de retour serait en conséquence privée de base légale.
15. En second et dernier lieu, la décision attaquée vise l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, rappelle que M. A fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans qu'un délai de départ volontaire lui soit accordé, et se réfère notamment à la durée de sa présence sur le territoire français et à l'absence d'attaches familiales proches. Elle est, par suite, suffisamment motivée. Au demeurant, le requérant ne saurait utilement faire valoir que le préfet n'a pas examiné sa situation en cas de retour dans au Sénégal, alors que l'interdiction de retour n'emporte pas, par elle-même, retour dans le pays d'origine.
16. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, elle doit être rejetée, y compris en ses conclusions aux fins d'injonction et de mise à la charge de l'État des frais exposés et non compris dans les dépens.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée au préfet de la Savoie.
Fait à Lyon, le 30 mai 2022.
Le président,
Gilles Hermitte
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Le greffier,
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026