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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA69-22LY00333

COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON — Décision N° CAA69-22LY00333

lundi 30 mai 2022

JuridictionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
SectionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
N° DossierCAA69-22LY00333
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantHUARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure

M. A B et Mme C D épouse B ont demandé au tribunal administratif de Grenoble d'annuler les décisions du préfet de l'Isère du 3 juin 2021, leur refusant la délivrance d'un titre de séjour, les obligeant à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et désignant le pays à destination duquel ils seraient reconduits d'office à l'expiration de ce délai.

Par un jugement nos 2104413 et 2104415 du 25 octobre 2021, le tribunal administratif de Grenoble a rejeté leurs demandes.

Procédure devant la cour

Par une requête enregistrée le 2 février 2022, M. et Mme B, représentés par Me Huard, demandent à la cour :

1°) d'annuler le jugement du tribunal administratif de Grenoble du 25 octobre 2021 ;

2°) d'annuler les décisions susmentionnées pour excès de pouvoir ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de leur délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de réexaminer leurs demandes dans le délai d'un mois et, dans l'attente, de leur délivrer sous huitaine une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros, au profit de leur conseil, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Ils soutiennent que :

S'agissant du jugement attaqué :

- il est entaché d'un défaut d'examen et d'une erreur d'appréciation quant aux liens personnels et familiaux qu'ils ont tissés sur le territoire français ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'un défaut d'examen et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de leur investissement bénévole ;

- il est entaché d'un défaut d'examen et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de leur insertion professionnelle ;

- il est entaché d'une erreur de fait ;

- il est entaché d'un défaut d'examen et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en raison des motifs d'admission exceptionnelle au séjour qu'ils ont fait valoir ;

- il méconnaît les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'impossibilité pour leurs enfants de poursuivre leur scolarité en Algérie ;

- il est entaché d'un défaut d'examen et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'intégration et de la vie privée et familiale de leurs enfants ;

S'agissant des arrêtés attaqués :

- ils sont entachés d'une erreur de fait et d'appréciation au regard des stipulations du 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- ils sont entachés d'un défaut d'examen et d'une erreur d'appréciation quant aux liens personnels et familiaux qu'ils ont tissés sur le territoire français ;

- ils sont entachés d'un défaut d'examen et d'une erreur d'appréciation quant aux liens personnels et familiaux conservés dans leur pays d'origine ;

- ils sont entachés d'un défaut d'examen de leur intégration dans la société française ;

- ils sont entachés d'un défaut d'examen de leur insertion professionnelle ;

- ils méconnaissent les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- ils sont entachés d'un défaut d'examen et d'une erreur d'appréciation quant aux motifs exceptionnels qu'ils ont fait valoir pour leur admission au séjour ;

- ils méconnaissent les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant ;

- ils sont entachés d'une erreur d'appréciation par rapport à la scolarité de leurs enfants ;

- ils sont entachés d'un défaut d'examen et d'une erreur d'appréciation quant à l'intégration de leurs enfants sur le territoire français.

M. et Mme B ont été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 janvier 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention relative aux droits de l'enfant, signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel () peuvent, () par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. M. et Mme B, ressortissants algériens nés le 23 septembre 1981 et le 25 mars 1989, sont entrés en France le 10 novembre 2017, sous couvert de visas de court séjour valables du 10 septembre au 10 décembre 2017. Le 30 juillet 2020, ils ont sollicité leur admission au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations du 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien. Par arrêtés du 3 juin 2021, le préfet de l'Isère leur a opposé un refus, leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a désigné le pays de renvoi. M. et Mme B font appel du jugement par lequel le tribunal administratif de Grenoble a rejeté leur demande tendant à l'annulation de ces décisions.

Sur le jugement attaqué :

3. Hormis le cas où le juge de première instance a méconnu les règles de compétence, de forme ou de procédure qui s'imposaient à lui et a ainsi entaché son jugement d'une irrégularité, il appartient au juge d'appel, non d'apprécier le bien-fondé des motifs par lesquels le juge de première instance s'est prononcé sur les moyens qui lui étaient soumis, mais de se prononcer directement sur les moyens dirigés contre la décision administrative contestée dont il est saisi dans le cadre de l'effet dévolutif de l'appel. Le requérant ne peut donc utilement se prévaloir d'un défaut d'examen de sa situation, d'une erreur de fait, d'erreurs manifestes d'appréciation, et d'une méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou des stipulations du 1 de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant qu'aurait commis le tribunal pour demander l'annulation du jugement attaqué.

Sur les arrêtés attaqués :

4. En premier lieu, M. et Mme B font valoir qu'ils possèdent d'importantes attaches familiales en France, où ils résident depuis novembre 2017 aux côtés de leurs quatre enfants. Ils font valoir que leurs liens avec l'Algérie se sont distendus et qu'ils sont bien intégrés à la société française, notamment en raison de leurs activités de bénévolat et des promesses d'embauche dont bénéficie M. B. Toutefois, il est constant que le séjour des intéressés sur le territoire français demeure récent. En tout état de cause, les époux B ne sauraient s'en prévaloir, dès lors qu'ils se sont maintenus irrégulièrement en France deux ans et neuf mois avant de solliciter la délivrance d'un titre de séjour, mettant ainsi délibérément les autorités devant le fait accompli. Si les requérants se prévalent de la présence de plusieurs membres de leur famille en France, en la personne d'oncles, de tantes et de cousins, il ressort des pièces du dossier qu'ils disposent toujours de liens importants dans leur pays d'origine, où résident les parents et les deux frères de M. B, ainsi que la mère et la sœur de son épouse. En outre, ils ont vécu la majeure partie de leur existence en Algérie, respectivement jusqu'à trente-six et vingt-huit ans. Dans ces conditions, rien ne fait obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue dans le pays d'origine, où leurs enfants pourront les accompagner et poursuivre leur scolarité. Rien ne fait davantage obstacle à ce que M. B y fasse valoir ses compétences pour y occuper un emploi. Par suite, dans les circonstances de l'espèce, les arrêtés en litige n'ont pas porté au droit des intéressés une atteinte disproportionnée au regard des motifs de leur édiction. En conséquence, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des liens personnels et familiaux des requérants, ni au regard des stipulations des articles précités.

5. En deuxième lieu, les arrêtés révèlent un examen suffisant des situations personnelles de M.et Mme B.

6. En troisième lieu, M.et Mme B ne peuvent utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui ne s'applique pas aux ressortissants algériens, dont la situation est régie de manière exclusive par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Ce moyen doit donc être écarté comme inopérant.

7. L'autorité préfectorale peut cependant délivrer un titre de séjour à un ressortissant algérien qui ne remplit pas les conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit, en usant à cette fin du pouvoir discrétionnaire dont elle dispose pour apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation. En l'espèce, il ressort des arrêtés en litige que le préfet de l'Isère, en indiquant " qu'une mesure dérogatoire n'a pas paru justifiée ", a examiné la possibilité d'admettre au séjour les époux B sur le fondement de l'admission exceptionnelle. En outre, pour les mêmes motifs qu'exposés au point 4, le préfet n'a pas commis d'erreur d'appréciation en refusant leur admission exceptionnelle au séjour.

8. En troisième lieu, les arrêtés en litige n'ont ni pour objet ni pour effet de séparer M. et Mme B de leurs quatre enfants mineurs. La circonstance, au demeurant non établie, que les enfants bénéficieraient de conditions matérielles moins favorables en cas de retour en Algérie n'est pas de nature à démontrer que ceux-ci ne pourraient pas y poursuivre leur scolarité ou y développer de nouvelles relations amicales ou sociales. De surcroît, l'intensité des relations avec les membres de leur famille présents en France n'est pas attestée par les pièces versées au dossier. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du 1 de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant ne peut qu'être écarté. Pour les mêmes motifs, le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation quant à la scolarité ou à l'intégration des enfants en France.

9. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. et Mme B est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, elle doit être rejetée, y compris en ses conclusions aux fins d'injonction et de mise à la charge de l'État des frais exposés et non compris dans les dépens.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M.et Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B, Mme C D et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet de l'Isère.

Fait à Lyon, le 30 mai 2022.

Le président,

Gilles Hermitte

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Le greffier,

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