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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA69-22LY00409

COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON — Décision N° CAA69-22LY00409

lundi 7 novembre 2022

JuridictionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
SectionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
N° DossierCAA69-22LY00409
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantFRERY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure

Mme C B, épouse A, a demandé au tribunal administratif de Lyon d'annuler les décisions de la préfète de la Loire, du 24 février 2021, lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et désignant le pays à destination duquel elle serait reconduite d'office à l'expiration de ce délai.

Par un jugement n° 2104330 du 15 octobre 2021, le tribunal administratif de Lyon a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour

Par une requête enregistrée le 8 février 2022, Mme A, représentée par Me Frery, demande à la cour :

1°) d'annuler le jugement du tribunal administratif de Lyon du 15 octobre 2021 ;

2°) d'annuler les décisions susmentionnées pour excès de pouvoir ;

3°) d'enjoindre à la préfète de la Loire de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, et, dans l'attente, de la munir d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

4°) à défaut, d'enjoindre à la préfète de la Loire de réexaminer sa situation, dans le délai de deux mois à compter de la notification de la décision à intervenir, et, dans l'attente, de la munir d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

5°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros, au profit de son conseil, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

S'agissant du jugement contesté :

- il est insuffisamment motivé ;

S'agissant de l'arrêté :

- il est entaché d'un défaut d'examen suffisant et particulier de sa situation ;

S'agissant de la décision portant refus de délivrance de titre de séjour :

- elle est entachée d'erreur de droit et de méconnaissance du champ d'application de la loi dans le temps ;

- elle méconnaît les dispositions du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale, du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour, invoquée par voie de l'exception ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation concernant les conséquences qu'elle emporte au regard de sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision portant fixation du délai de départ volontaire :

- elle est illégale, du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, invoquée par voie de l'exception ;

- elle est " imprécise " ;

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est illégale, du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, invoquée par voie de l'exception.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 janvier 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel () peuvent, () par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. Mme A, ressortissante mongole née le 24 août 1988, est entrée irrégulièrement en France le 19 novembre 2015. Elle a été rejointe par ses deux enfants mineurs en 2017 et 2019. Elle a présenté une demande d'asile, rejetée en dernier lieu par la Cour nationale du droit d'asile le 17 novembre 2020. Elle a fait l'objet d'une mesure d'éloignement le 13 janvier 2020, qu'elle n'a pas exécutée. Le 8 septembre 2020, elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en raison de son état de santé. Par arrêté du 24 février 2021, la préfète de la Loire lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a désigné le pays de renvoi. Mme A fait appel du jugement par lequel le tribunal administratif de Lyon a rejeté sa demande tendant à l'annulation de ces décisions.

Sur la régularité du jugement :

3. Contrairement aux allégations de la requérante, il ressort des mentions du jugement attaqué que les premiers juges n'ont pas entaché leur jugement d'une insuffisance de motivation dans leur réponse au moyen tiré du défaut d'examen, qui avait été soulevé à l'encontre du refus de délivrance de titre de séjour contesté.

Sur l'arrêté contesté :

4. Il ressort des mentions de l'arrêté en litige que la préfète de la Loire a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de Mme A et a pris en compte l'ensemble des éléments dont elle avait connaissance à la date de sa décision, sans que les erreurs de plume qu'il contient soient susceptibles d'affecter sa régularité. Par suite, le moyen tiré d'un défaut d'examen de la situation de Mme A doit être écarté.

Sur la décision de refus de délivrance de titre de séjour :

5. En premier lieu, si Mme A soutient que la préfète de la Loire aurait méconnu le champ d'application temporel de la loi, en ne faisant pas application du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur, il ressort cependant de la lecture de la décision en litige que la préfète a effectivement examiné le droit au séjour de la requérante au regard des dispositions alors applicables du 11° de l'article L. 313-11 du code précité. En effet si, par une erreur de plume, la décision attaquée cite les dispositions de l'article L. 313-11, 11° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans une version qui était en vigueur jusqu'au 1er janvier 2017, il ressort néanmoins des pièces du dossier, notamment de l'avis rendu par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) le 29 décembre 2020, que l'examen de la demande de titre de séjour a été effectué au regard des dispositions effectivement en vigueur, notamment en prenant en compte le caractère effectif de l'accès aux soins dans le pays d'origine. Ainsi, pour regrettable que soit l'erreur commise dans la transcription in extenso des dispositions du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu de considérer que la préfète de la Loire n'a pas méconnu le champ d'application temporelle de la loi. Elle n'a pas davantage entaché sa décision d'erreur de droit.

6. En deuxième lieu, pour refuser la délivrance du titre de séjour sollicité sur le fondement du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la préfète de la Loire s'est fondée sur l'avis précité émis le 29 décembre 2020 par le collège des médecins de l'OFII, selon lequel l'état de santé de Mme A nécessite une prise en charge médicale, dont le défaut aurait pour elle des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais un traitement approprié existe dans son pays d'origine, vers lequel elle peut voyager sans risque. Il ne ressort pas des pièces du dossier et notamment des pièces médicales produites par Mme A, au vu desquelles cette dernière souffre de troubles psychiatriques causés par les traumatismes qu'elle a subis en Mongolie, qui nécessitent un suivi psychiatrique ainsi qu'un traitement, que les pathologies dont Mme A est atteinte ne pourraient pas bénéficier d'un traitement médical approprié dans son pays d'origine. Si elle fait état d'un certificat établi par un médecin indiquant l'indisponibilité du traitement en Mongolie, celui-ci est postérieur à la décision et sa provenance demeure incertaine, de même que l'attestation d'un centre de santé mongole, produite en appel. Par suite, Mme A n'est pas fondée à soutenir qu'en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour sur ce fondement, la préfète de la Loire a méconnu ces dispositions.

7. En dernier lieu, Mme A fait valoir qu'elle séjourne en France depuis six ans, où résident également son mari et ses enfants, qui y sont scolarisés, et où elle serait parfaitement intégrée, notamment par sa participation au dispositif " ouvrir l'école aux parents " et son engagement associatif au sein du Secours populaire, et disposerait de capacités d'insertion professionnelle, ce qu'elle démontre par la production d'une promesse d'embauche. Il ressort toutefois des pièces du dossier qu'elle s'est maintenue sur le territoire français, sans respecter l'obligation qui lui avait été faite par décision du 13 janvier 2020. Par ailleurs, son mari ne dispose pas d'un droit au séjour en France et rien ne fait obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue hors de France, et notamment en Mongolie, pays dont tous les membres du foyer ont la nationalité et où la requérante n'établit pas être dépourvue d'attaches. Ainsi, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, en particulier de la durée et des conditions de séjour de l'intéressée en France, la décision de refus de délivrance de titre de séjour contestée n'a pas porté au droit de cette dernière au respect de sa vie privée et familiale, une atteinte disproportionnée par rapport aux motifs du refus. Dès lors, elle ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'est pas davantage entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences qu'elle est susceptible de comporter pour la situation personnelle de Mme A.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de la décision de refus de délivrance de titre de séjour à l'appui de ses conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre.

9. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 7, le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés comme non fondés.

Sur la décision fixant un délai de départ volontaire :

10. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant un délai de départ volontaire prise à son encontre.

11. En second lieu, aucune disposition législative ou réglementaire n'impose au préfet de motiver spécifiquement l'octroi du délai de départ volontaire quand celui-ci correspond à la durée légale de trente jours et que l'étranger n'a présenté aucune demande afin d'obtenir un délai supérieur. La préfète de la Loire, qui indique que la requérante dispose d'un délai de trente jours pour quitter le territoire n'a pas entaché sa décision d'illégalité.

Sur la décision désignant le pays de destination :

12. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision désignant le pays de renvoi.

13. Par suite, la requête de Mme A est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, elle doit être rejetée, y compris en ses conclusions aux fins d'injonction et de mise à la charge de l'État des frais exposés et non compris dans les dépens.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C B, épouse A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée à la préfète de la Loire.

Fait à Lyon, le 7 novembre 2022.

Le président,

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Le greffier,

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