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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA69-22LY00413

COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON — Décision N° CAA69-22LY00413

lundi 30 mai 2022

JuridictionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
SectionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
N° DossierCAA69-22LY00413
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantSELARL BS2A - BESCOU & SABATIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure

M. Prince B A a demandé au tribunal administratif de Lyon d'annuler les décisions du préfet du Rhône, du 25 mars 2021, lui refusant l'admission au séjour, lui ordonnant de quitter le territoire français dans le délai de quarante-cinq jours, désignant le pays à destination duquel il serait reconduit d'office et lui interdisant le retour sur le territoire français durant trente-six mois.

Par un jugement n° 2009301 du 18 janvier 2022, le tribunal administratif de Lyon a annulé l'interdiction de retour et a rejeté le surplus de sa demande.

Procédure devant la cour

Par une requête enregistrée le 9 février 2022, M. A, représenté par Me Huard, demande à la cour :

1°) d'annuler le jugement du 18 janvier 2022 ;

2°) d'annuler pour excès de pouvoir les décisions susmentionnées lui refusant un titre de séjour, lui ordonnant de quitter le sol français dans le délai de quarante-cinq jours et désignant le pays de renvoi ;

3°) d'enjoindre au préfet du Rhône de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, de réexaminer sa demande dans les deux mois suivant la notification de la décision à intervenir, dans l'attente, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros, à son profit, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant du refus d'admission au séjour :

- il n'a pas été précédé de la consultation de la commission du titre de séjour ;

- il méconnaît les dispositions du 7° de l'article L. 313-11, devenu l'article L. 423-23, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 313-14, devenu l'article L. 435-1, du même code ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale, du fait de l'illégalité du refus de titre de séjour ;

- elle a été prise en violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est illégale, du fait de l'illégalité du refus de titre de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel () peuvent, () par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. M. Prince B A, ressortissant nigérian né le 7 avril 1984, déclare être entré en France le 27 octobre 2008. Il a formulé une demande de protection internationale, qui a été rejetée en dernier lieu le 19 février 2010, de même que sa demande de réexamen, le 20 juin 2011. Condamné à des peines d'emprisonnement pour des faits de vol avec arme, violences sur concubin et agression sexuelle, il s'est vu refuser la délivrance de titres de séjour les 23 avril et 26 octobre 2010, 29 septembre 2012, 19 décembre 2013 et 11 juin 2018, refus assortis de mesures d'éloignement qu'il a, pour la plupart, contestés en justice. Il n'a exécuté aucune de ces décisions malgré leur confirmation et a sollicité, le 3 mars 2020, la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " visiteur " ou " vie privée et familiale " ou son admission à titre exceptionnel. M. A a contesté le refus implicite né du silence de l'administration, auquel s'est substitué l'arrêté du 25 mars 2021 par lequel le préfet du Rhône lui a de nouveau opposé un refus, assorti de l'obligation de quitter le territoire français dans le délai de quarante-cinq jours, a désigné le pays de renvoi et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire d'une durée de trente-six mois. M. A fait appel du jugement par lequel le tribunal administratif de Lyon, après avoir annulé l'interdiction de retour, a rejeté le surplus de sa demande tendant à l'annulation de ces décisions.

Sur le refus de délivrance d'un titre de séjour :

3. M. A, entré sur le territoire français en 2008, s'y est maintenu en dépit du rejet réitéré de sa demande d'asile et de plusieurs décisions de l'autorité préfectorale lui refusant le droit de séjourner en France, y compris après leur confirmation par des décisions des juridictions administratives. Par ce comportement, il ne manifeste aucune adhésion aux valeurs de la République, dont le respect des lois et des institutions est une des composantes. Célibataire et sans enfant à charge en France, il n'établit pas entretenir avec sa mère et ses frères et sœurs présents en France des relations telles qu'elles imposeraient son maintien sur le sol national, alors, au demeurant qu'il conserve des attaches familiales dans son pays d'origine, où résident notamment son fils et son père et où il a lui-même passé l'essentiel de sa vie. M. A dont la durée de présence en France tient essentiellement au temps nécessaire à l'instruction de ses demandes d'asile et de titres de séjour, ainsi qu'à ses périodes de détention, ne justifie d'aucune intégration particulière au sein de la société française, y compris sur le plan socioprofessionnel. Il n'établit pas disposer, ni d'un logement personnel, dès lors qu'il se dit hébergé par sa mère, ni de ressources personnelles légales lui permettant de subvenir à ses besoins sans constituer une charge injustifiée pour le système social français. Enfin, il ne verse au dossier aucun élément permettant de considérer qu'il serait exposé à des menaces l'empêchant de mener une vie privée et familiale au Nigéria. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir qu'en refusant de lui délivrer un titre de séjour de plein droit au regard de sa vie privée et familiale, le préfet aurait méconnu les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur.

4. En second lieu, il ressort du dossier que M. A n'entre pas dans l'un des cas prévus à l'article L. 312-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur. Dès lors, le préfet du Rhône n'était pas tenu de consulter la commission du titre de séjour avant de prendre la décision de refus contestée.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur : " La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 313-11 ou la carte de séjour temporaire mentionnée aux 1° et 2° de l'article L. 313-10 peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 313-2. / L'autorité administrative est tenue de soumettre pour avis à la commission mentionnée à l'article L. 312-1 la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par l'étranger qui justifie par tout moyen résider en France habituellement depuis plus de dix ans. () ".

6. Il résulte de l'ensemble des pièces du dossier et de ce qui a été dit au point 3 que la situation de M. A ne relève ni de circonstances humanitaires ni de motifs exceptionnels, et qu'il n'est nullement établi que le requérant résidait habituellement en France depuis plus de dix ans à la date de la décision contestée, au sens de dispositions précitées. En particulier, les périodes où il a résidé en France sous le régime de la détention ne sauraient être prises en compte pour déterminer la durée de cette résidence habituelle. Par suite, M. A, qui n'entre pas dans le champ de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut utilement invoquer la violation des dispositions de cet article à l'encontre de la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, il ressort de l'examen de la légalité du refus de titre de séjour que M. A n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de ce refus à l'encontre de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.

8. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 3, le moyen tiré de ce que cette décision méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

Sur la désignation du pays de destination :

9. Il résulte de l'examen de la légalité de l'obligation de quitter le territoire français que M. A n'est pas fondé à invoquer l'illégalité de cette mesure à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi. Par ailleurs, cette dernière ne trouvant pas son fondement dans le refus de régulariser sa situation administrative, le moyen tiré de l'illégalité de ce refus est inopérant à son encontre.

10. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, elle doit être rejetée, y compris en ses conclusions aux fins d'injonction et de mise à la charge de l'État des frais exposés et non compris dans les dépens.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. Prince B A et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet du Rhône.

Fait à Lyon, le 30 mai 2022.

Le président,

Gilles Hermitte

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Le greffier,

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