lundi 27 juin 2022
| Juridiction | COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON |
| Section | COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON |
| N° Dossier | CAA69-22LY00530 |
| Type | Ordonnance |
| Avocat requérant | CANS |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure
M. B A a demandé au tribunal administratif de Grenoble d'annuler les décisions du préfet de l'Isère, du 16 février 2021, lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, lui ordonnant de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, désignant le pays à destination duquel il serait reconduit d'office et lui interdisant le retour sur le territoire français durant un an.
Par un jugement n° 2103961 du 1er octobre 2021, le tribunal administratif de Grenoble a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour
Par une requête enregistrée le 17 février 2022, M. A, représenté par Me Djinderedjian demande à la cour :
1°) d'annuler le jugement du 1er octobre 2021 ;
2°) d'annuler pour excès de pouvoir les décisions susmentionnées ;
3°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois en lui remettant, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour lui permettant de travailler ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
S'agissant des décisions portant refus de délivrance d'un titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour sur le territoire français :
- elles ont été prises en violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elles sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation quant à leurs conséquences sur sa situation personnelle ;
S'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français :
- elle méconnaît les dispositions du III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, compte tenu de la durée de son séjour en France, de son intégration et de l'absence de menace à l'ordre public.
La demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle présentée par M. A a été rejetée par une décision du 19 janvier 2022.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative ;
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel () peuvent, () par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".
2. M. A, ressortissant guinéen né le 1er mai 2000, est entré en France le 29 avril 2017, selon ses déclarations. En 2018, il a demandé à être exceptionnellement admis au séjour en qualité d'ancien mineur isolé. Le rejet de cette demande, le 11 juin 2018, assorti d'une mesure d'éloignement, a été confirmé par le tribunal administratif de Grenoble le 7 février 2019 et la présente cour le 1er octobre suivant. Le 24 février 2020, M. A a sollicité la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " étudiant ". Par un arrêté du 16 février 2021, le préfet de l'Isère lui a opposé un nouveau refus, lui a fait obligation de quitter le territoire français, a désigné le pays de renvoi et a prononcé une interdiction de retour d'un an. L'intéressé fait appel du jugement par lequel le tribunal administratif de Grenoble a rejeté sa demande tendant à l'annulation de ces décisions.
Sur le refus de délivrance d'un titre de séjour :
3. En premier lieu, M. A soutient que la décision contestée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors, en particulier, qu'il est dépourvu d'attaches familiales en Guinée, où sa mère est décédée en 2010, qu'il est bien intégré en France, y a tissé un réseau amical, s'est investi dans sa scolarité et a effectué des stages professionnels et des missions d'intérim dans le domaine de la logistique. Toutefois, il ressort du dossier que le requérant est entré en France irrégulièrement et a été à la charge des services de l'aide à l'enfance jusqu'à sa majorité et qu'il s'y est maintenu en violation de la décision du 11 juin 2018 lui ordonnant de quitter le sol national, pourtant confirmée par le tribunal administratif de Grenoble et par la présente cour. Par ce comportement, M. A ne manifeste aucunement son adhésion aux valeurs de la République, dont le respect des lois et des institutions est une des composantes. Par ailleurs, à la date de cette décision de refus, il ne séjournait que depuis trois ans et neuf mois sur le sol français, où il ne dispose d'aucune attache familiale. Si M. A produit en appel un extrait d'acte de décès concernant une personne qu'il présente comme sa mère, sans toutefois l'établir, cet extrait, dépourvu de légalisation, mentionne au surplus que l'acte a été " dressé le 7 juin 2010 () sur la déclaration d'Ibrahima Sory Diaby () frère de la famille d'accueil ". Or, selon l'attestation rédigée le 9 mars 2021 par le père de sa famille d'accueil, qui déclare l'avoir aidé à " faire ses papiers en Guinée " et que l'intéressé " n'a plus de contact en Guinée avec sa famille ", M. A ne résidait alors chez lui que depuis trois ans et demi. Cette pièce, qui ne présente aucune garantie d'authenticité, ne permet nullement d'établir qu'il est dépourvu d'attaches familiales en Guinée. En outre, il ne justifie pas de liens personnels caractérisés par une ancienneté, une stabilité et une intensité particulières, susceptibles de lui conférer un droit au séjour en France. Enfin, s'il a obtenu un CAP d'opérateur logistique et a effectué des stages scolaires de plusieurs semaines dans différents domaines, M. A ne saurait se prévaloir d'une insertion professionnelle particulière en France, son activité professionnelle se limitant à des missions d'intérim de très courte durée en qualité d'agent de quai, sur une durée de cinq mois entre septembre 2020 et janvier 2021. Il ne ressort, au surplus, d'aucun élément du dossier qu'il serait dans l'impossibilité de se réinsérer dans son pays d'origine, y compris professionnellement, en mettant à profit la formation acquise en France. Par suite, la décision de refus contestée ne porte pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts d'intérêt général dans lesquels elle a été prise.
4. En second lieu, contrairement à ce que soutient M. A, le refus de régulariser sa situation administrative par la délivrance d'un titre de séjour n'a pas, par lui-même, pour effet de l'obliger à retourner en Guinée. Pour ce motif et ceux énoncés au point précédent, M. A n'est pas fondé à soutenir que cette décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
5. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 3 ci-dessus, les moyens tirés de ce que l'obligation qui lui est faite de quitter le territoire français méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :
6. En premier lieu, M. A, qui s'est vu accorder un délai de départ volontaire, résidait en France depuis moins de quatre ans à la date de la décision en litige, alors qu'il a passé l'essentiel de sa vie en Guinée, où il a été scolarisé et n'établit pas être dépourvu d'attaches personnelles ou familiales. Il ne manifeste pas une intégration particulière en France, où il ne dispose en outre que d'une expérience professionnelle très limitée et dépourvue de stabilité. Enfin, s'il ne représente pas une menace pour l'ordre public, le requérant n'a toutefois pas exécuté la précédente mesure d'éloignement prise à son endroit par les autorités françaises. Dès lors, il n'est pas fondé à soutenir qu'en lui interdisant de revenir sur le territoire français pendant un an, le préfet aurait méconnu les dispositions du III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur.
7. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 3, M. A n'est pas fondé à soutenir que cette interdiction porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ni qu'elle serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation, compte tenu de ses conséquences sur sa situation.
8. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, elle doit être rejetée, y compris en ses conclusions aux fins d'injonction et de mise à la charge de l'État des frais exposés et non compris dans les dépens.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée au préfet de l'Isère.
Fait à Lyon, le 27 juin 2022.
Le président,
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Le greffier,