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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA69-22LY00677

COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON — Décision N° CAA69-22LY00677

lundi 30 mai 2022

JuridictionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
SectionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
N° DossierCAA69-22LY00677
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantFAURE CROMARIAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure

Mme A B a demandé au tribunal administratif de Clermont-Ferrand d'annuler les décisions du préfet du Puy-de-Dôme, du 25 mars 2021, lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, lui ordonnant de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et désignant le pays à destination duquel elle serait reconduite d'office.

Par un jugement n° 2101348 du 14 octobre 2021, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Clermont-Ferrand a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour

Par une requête enregistrée le 1er mars 2022, Mme B, représentée par Me Faure Cromarias, demande à la cour :

1°) d'annuler le jugement du 14 octobre 2021 ;

2°) d'annuler pour excès de pouvoir les décisions susmentionnées ;

3°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de lui délivrer un titre de séjour dans le délai de huit jours à compter du prononcé de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation et de lui remettre une autorisation provisoire de séjour, sous les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'État les sommes de 1 200 et 1 500 euros, à son profit, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

5°) de mettre à la charge de l'État la somme de 300 euros, au profit de son conseil, en application des dispositions de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision refusant un titre de séjour :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, dès lors qu'il n'est pas établi que l'avis du collège de médecins a été rendu par des praticiens compétents pour le faire, dans des conditions garantissant, en particulier, sa collégialité, ni que les signatures portées sur l'avis sont authentiques ;

- elle n'a pas été précédée d'une consultation de la commission du titre de séjour ;

- elle méconnaît les dispositions du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est contraire aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale, du fait de l'illégalité du refus de titre de séjour sur lequel elle est fondée ;

- elle a été prise en violation des dispositions du 10° de l'article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est illégale, du fait de l'illégalité du refus de titre de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est entachée d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation au regard des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle par une décision du 19 janvier 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel () peuvent, () par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. Mme B, ressortissante de la République du Kosovo née le 15 août 1980, est entrée irrégulièrement en France le 3 septembre 2012, selon ses déclarations. Sa demande d'asile a été rejetée, en dernier lieu, en avril 2014 par la Cour nationale du droit d'asile. La requérante a ensuite demandé son admission au séjour pour raisons médicales et s'est vu délivrer, à compter du 2 octobre 2014, une carte de séjour l'autorisant à travailler, qui a été renouvelée à plusieurs reprises. Le 28 octobre 2019, elle a sollicité le renouvellement de ce titre de séjour sur le même fondement et s'est vu remettre plusieurs récépissés de demande successifs. Par un arrêté du 25 mars 2021, le préfet du Puy-de-Dôme lui a opposé un refus, assorti de l'obligation de quitter le territoire français, et a désigné le pays de renvoi. Mme B fait appel du jugement par lequel le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Clermont-Ferrand a rejeté sa demande tendant à l'annulation de ces décisions.

Sur le refus de délivrance d'un titre de séjour :

3. En premier lieu, l'arrêté contesté est suffisamment motivé en droit par le visa du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui régissait alors la délivrance d'un titre de séjour, de plein droit, pour raison médicale. Il est aussi suffisamment motivé en fait par l'indication que le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a estimé, dans son avis du 29 décembre 2019, que l'état de santé de Mme B nécessite une prise en charge médicale mais qu'elle peut bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine, vers lequel elle peut voyager sans risque, et que l'intéressée n'est pas en mesure de se prévaloir de liens intenses, anciens et stables en France, alors qu'elle n'établit pas être dépourvue d'attaches au Kosovo. Par suite, le moyen tiré d'un défaut de motivation manque en fait.

4. En deuxième lieu, il ressort de la décision du 28 janvier 2021 modifiant la décision du 17 janvier 2017 portant désignation au collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, accessible aux parties, que les médecins composant le collège qui a rendu un avis sur la situation médicale de la requérante étaient compétents pour le faire et que le médecin qui l'a reçue pour examen et a rédigé le rapport soumis à ce collège n'était pas membre de ce dernier. Par ailleurs, aucune disposition n'impose qu'un tel avis mentionne les modalités pratiques de l'organisation de la collégialité et, en particulier, si le collège s'est réuni en un même lieu. Enfin, aucun élément du dossier ne permet, en l'espèce, de remettre sérieusement en cause la signature des membres de ce collège. Par suite, Mme B n'est pas fondée à soutenir que la décision contestée aurait été prise au vu d'un avis irrégulier.

5. En troisième lieu, Mme B soutient que son traitement n'est pas disponible au Kosovo et qu'elle ne pourrait, en tout état de cause, y avoir accès gratuitement ou pour un coût accessible, en l'absence de prise en charge sociale de ses frais médicaux. Toutefois, si elle fait état de craintes quant à une possible récidive susceptible de mettre en cause son pronostic vital, il ressort du dossier qu'à la date de la décision en litige, les soins qui lui étaient dispensés consistaient en des consultations spécialisées, examens d'imagerie et analyses biologiques, mais qu'aucune intervention chirurgicale ni aucun traitement par chimiothérapie ou radiothérapie n'était programmé ou en cours et qu'aucune récidive n'était alors suspectée. Si les pièces qu'elle produit soulignent les faiblesses du système de santé kosovar en 2013, notamment en ce qui concerne la chirurgie oncologique et les traitements par radiothérapie, encore peu développés, ces éléments à caractère général et déjà anciens ne permettent pas de remettre en cause l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dressé au vu du dossier médical de l'intéressée et des informations qui étaient accessibles à ce collège en décembre 2019. En outre, Mme B ne produit aucun élément permettant de considérer qu'elle serait dans l'impossibilité de se procurer dans son pays d'origine un revenu suffisant, lui permettant de financer son suivi médical. Dès lors, le moyen tiré de ce que la décision refusant de régulariser sa situation administrative serait entachée d'erreur de droit, par méconnaissance des dispositions du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, doit être écarté. Pour les mêmes motifs, cette décision n'est pas non plus entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 312-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La commission [du titre de séjour] est saisie par l'autorité administrative lorsque celle-ci envisage de refuser de délivrer ou de renouveler une carte de séjour temporaire à un étranger mentionné à l'article L. 313-11 ou de délivrer une carte de résident à un étranger mentionné aux articles L. 314-11 et L. 314-12, ainsi que dans le cas prévu à l'article L. 431-3. () ".

7. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'entre pas dans le champ d'application de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, l'autorité préfectorale n'était pas tenue de consulter la commission du titre de séjour avant de prendre sa décision sur le droit au séjour de la requérante.

8. En cinquième lieu, Mme B soutient que cette décision de refus porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Toutefois, il ressort du dossier qu'elle est célibataire et sans enfant à charge sur le territoire français, où elle n'allègue pas disposer d'attaches familiales, alors que, selon ses déclarations, elle conserve de telles attaches au Kosovo, en la personne de son frère. Si elle fait valoir qu'elle a tissé des liens amicaux et d'entraide dans ce pays, elle ne verse au dossier aucun élément corroborant l'existence d'attaches personnelles caractérisées par une ancienneté, une intensité et une stabilité particulières, susceptibles de lui conférer un droit au séjour en France. Il ne ressort pas non plus de la situation de Mme B, employée à la plonge dans les cuisines d'un EHPAD dans le cadre de contrats à durée déterminée, qu'à la date de la décision de refus contestée, celle-ci disposait d'une insertion professionnelle particulièrement forte en France, telle qu'elle justifierait à elle seule son admission au séjour. Enfin, ainsi qu'il a été dit, elle peut bénéficier au Kosovo d'un suivi médical approprié à sa pathologie. Dès lors, les moyens tirés d'une erreur manifeste d'appréciation et de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, il résulte de l'examen de la légalité du refus de titre de séjour que la requérante n'est pas fondée à invoquer l'illégalité de ce refus à l'encontre de la décision l'obligeant à quitter le sol français.

10. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5, le moyen tiré de la violation des dispositions du 10° de l'article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur, doit être écarté.

11. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 8, Mme B n'est pas fondée à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français prise à son égard méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Sur la désignation du pays de renvoi :

12. En premier lieu, l'obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, la requérante n'est pas fondée à invoquer, par voie d'exception, l'illégalité de cette mesure à l'encontre de la décision fixant le pays de retour. Par ailleurs, le moyen tiré de l'illégalité du refus de régulariser sa situation administrative est inopérant à l'encontre de la désignation du pays de renvoi, dont il ne constitue pas la base juridique.

13. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 8, la décision contestée ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

14. En troisième lieu, Mme B ne produit aucune pièce permettant de considérer qu'elle serait exposée à des traitements prohibés à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour au Kosovo, alors, en particulier, qu'elle peut bénéficier d'un suivi médical approprié dans son pays d'origine.

15. En dernier lieu, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision par laquelle le préfet a désigné le pays de renvoi est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

16. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme B est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, elle doit être rejetée, y compris en ses conclusions aux fins d'injonction et de mise à la charge de l'État des frais exposés et non compris dans les dépens.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet du Puy-de-Dôme.

Fait à Lyon, le 30 mai 2022.

Le président,

Gilles Hermitte

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Le greffier,

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