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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA69-22LY00772

COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON — Décision N° CAA69-22LY00772

lundi 18 juillet 2022

JuridictionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
SectionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
N° DossierCAA69-22LY00772
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantSELARL BROCARD AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure

Mme B A a demandé au tribunal administratif de Lyon de prononcer la décharge des amendes prononcées au titre des années 2014, 2015 et 2017 pour défaut de déclaration d'un compte bancaire en Suisse ainsi que de celles prononcées au titre des années 2017 et 2018 pour défaut de déclaration de deux comptes bancaires à Jersey et de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par un jugement n° 2008139 du 15 février 2022, le tribunal administratif de Lyon a rejeté cette demande.

Procédure devant la cour

Par une requête enregistrée le 11 mars 2022, Mme B A, représentée par Me Brocard, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du tribunal administratif de Lyon en date du 15 février 2022 ;

2°) de lui accorder la décharge des amendes contestées ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'amende qui lui a été infligée pour défaut de déclaration d'un compte détenu dans un établissement bancaire suisse au titre des années 2014, 2015 et 2017 constitue une restriction disproportionnée à la libre circulation des capitaux, dès lors que dans le cadre de la procédure de divulgation volontaire prévue par l'article 2 de l'accord du 26 octobre 2004 conclu entre la France et la Suisse, à la mise en œuvre de laquelle elle a expressément consenti, les autorités fiscales françaises ont nécessairement été informées par les autorités suisses de ce qu'elle y détenait un compte bancaire au titre des années 2014 et 2015, de l'adresse de l'établissement bancaire concerné et du numéro du compte en cause et pouvaient solliciter de ces autorités toute information nécessaire à l'établissement de l'impôt en application de l'article 28 de la convention fiscale franco-suisse ;

- l'amende qui lui a été infligée pour défaut de déclaration du même compte au titre de l'année 2017 ainsi que de deux comptes détenus dans un établissement bancaire à Jersey au titre des années 2017 et 2018 constitue une restriction disproportionnée à la libre circulation des capitaux, en raison de l'entrée en vigueur de la norme internationale relative à l'échange automatique de renseignements en matière fiscale, qui prévoit notamment la communication du solde des comptes bancaires détenus dans un Etat partie par les résidents d'un autre Etat aux autorités dont ils relèvent.

Par une lettre en date du 16 mai 2022, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que la Cour était susceptible de soulever d'office la décision n° 2016-554 QPC du 22 juillet 2016 (NOR : CSCX1620927S), par laquelle le Conseil constitutionnel a déclaré le deuxième alinéa du paragraphe IV de l'article 1736 du code général des impôts dans sa rédaction issue de la loi n° 2012-354 du 14 mars 2012 de finances rectificative pour 2012 contraire à la Constitution et prévu que la déclaration d'inconstitutionnalité prend effet à compter de la publication de ladite décision dans les conditions fixées par son paragraphe 9.

Par un mémoire enregistré le 9 juin 2022, Mme A a présenté ses observations.

Par un mémoire enregistré le 14 juin 2022, le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique a présenté ses observations et conclut au rejet de la requête.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la Constitution ;

- le traité sur le fonctionnement de l'Union européenne ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- la décision du Conseil constitutionnel n° 2015-481 QPC du 17 septembre 2015;

- la décision du Conseil constitutionnel n° 2016-554 QPC du 22 juillet 2016 ;

- l'arrêt de la Cour de justice de l'Union européenne C-788/19 du 27 janvier 2022 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les premiers vice-présidents des cours et les présidents des formations de jugement des cours peuvent, () par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. Après avoir constaté que Mme B A avait omis de déclarer, au titre des années 2014 à 2017, un compte bancaire ouvert en Suisse et deux comptes bancaires ouverts à Jersey, l'administration a, au terme d'une procédure contradictoire, infligé à l'intéressée l'amende prévue par le IV de l'article 1736 du code général des impôts. Sa réclamation contentieuse ayant été rejetée, Mme A a demandé au tribunal administratif de Lyon de prononcer la décharge des amendes prononcées à raison de l'absence de déclaration du compte bancaire ouvert en Suisse au titre des années 2014, 2015 et 2017 ainsi que de celles prononcées du fait de l'absence de déclaration des deux comptes bancaires ouverts à Jersey au titre des années 2016 et 2017. Mme A relève appel du jugement 15 février 2022 par lequel le tribunal administratif de Lyon a rejeté cette demande.

3. Aux termes de l'article 1649 A du code général des impôts : " () Les personnes physiques, les associations, les sociétés n'ayant pas la forme commerciale, domiciliées ou établies en France, sont tenues de déclarer, en même temps que leur déclaration de revenus ou de résultats, les références des comptes ouverts, détenus, utilisés ou clos à l'étranger. Les modalités d'application du présent alinéa sont fixées par décret. () ". Aux termes de l'article 1736 du même code : " () IV. - () 2. Les infractions aux dispositions du deuxième alinéa de l'article 1649 A et de l'article 1649 A bis sont passibles d'une amende de 1 500 € par compte ou avance non déclaré. Toutefois, pour l'infraction aux dispositions du deuxième alinéa de l'article 1649 A, ce montant est porté à 10 000 € par compte non déclaré lorsque l'obligation déclarative concerne un Etat ou un territoire qui n'a pas conclu avec la France une convention d'assistance administrative en vue de lutter contre la fraude et l'évasion fiscales permettant l'accès aux renseignements bancaires. () ".

4. Aux termes de l'article 63 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne : " 1. Dans le cadre des dispositions du présent chapitre, toutes les restrictions aux mouvements de capitaux entre les États membres et entre les États membres et les pays tiers sont interdites. () ". Aux termes de l'article 65 du même traité : " 1. L'article 63 ne porte pas atteinte au droit qu'ont les États membres: / () b) de prendre toutes les mesures indispensables pour faire échec aux infractions à leurs lois et règlements, notamment en matière fiscale ou en matière de contrôle prudentiel des établissements financiers, de prévoir des procédures de déclaration des mouvements de capitaux à des fins d'information administrative ou statistique ou de prendre des mesures justifiées par des motifs liés à l'ordre public ou à la sécurité publique. / () 3. Les mesures et procédures visées aux paragraphes 1 et 2 ne doivent constituer ni un moyen de discrimination arbitraire ni une restriction déguisée à la libre circulation des capitaux et des paiements telle que définie à l'article 63. () ".

5. En réprimant la méconnaissance des obligations déclaratives relatives aux comptes bancaires ouverts, utilisés ou clos à l'étranger posées par les dispositions du deuxième alinéa de l'article 1649 A du code général des impôts, le législateur a, par la sanction ayant le caractère d'une punition qu'il a instaurée, entendu faciliter l'accès de l'administration fiscale aux informations bancaires et prévenir la dissimulation de revenus à l'étranger. Cette sanction est, ainsi, au nombre des mesures indispensables que les Etats peuvent prendre pour faire échec aux infractions à leurs lois et règlements en matière fiscale et auxquelles les principes du droit européen comme du droit international ne s'opposent pas, pour autant que ces mesures respectent le principe de proportionnalité.

6. Alors même qu'elle est susceptible d'être cumulée avec l'imposition des revenus constatés sur les comptes non déclarés par application d'une présomption réfragable et une majoration de 40 % des impositions dues, l'amende forfaitaire de 1 500 euros susceptible d'être prononcée en cas de défaut de déclaration annuelle de tout compte bancaire ouvert, utilisé ou clos à l'étranger est propre à garantir la réalisation des objectifs poursuivis par le législateur et, eu égard à son montant, apparaît en adéquation avec la gravité du manquement qu'elle vise à réprimer, de sorte qu'elle doit être regardée comme respectant le principe de proportionnalité. Est sans incidence sur cette appréciation l'existence de dispositifs permettant à l'administration fiscale de disposer, d'office ou à sa demande, d'informations concernant ces comptes bancaires.

7. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme A est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, elle doit être rejetée, y compris en ses conclusions aux fins de mise à la charge de l'Etat des frais exposés et non compris dans les dépens.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.

Fait à Lyon, le 18 juillet 2022.

Le premier vice-président,

François Bourrachot

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Le greffier,

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