jeudi 1 juin 2023
| Juridiction | COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON |
| Section | COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON |
| N° Dossier | CAA69-22LY01263 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | fiscal |
| Publication | D |
| Avocat requérant | CABINET JEAUSSERAND AUDOUARD (AARPI) |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure
La SA Créations Fusalp a demandé au tribunal administratif de Grenoble de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2014 et 2015 en raison de la remise en cause du crédit d'impôt dont elle avait bénéficié.
Par un jugement n° 1907127 du 3 mars 2022, le tribunal administratif de Grenoble a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour
Par une requête, enregistrée le 27 avril 2022, la SA Créations Fusalp, représentée par Me Gour, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement ;
2°) de lui accorder le remboursement des sommes acquittées au titre de ces impositions assorties des intérêts moratoires ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle est éligible au crédit impôt recherche en faveur des dépenses de nouvelles collections des entreprises industrielles du secteur textile-habillement-cuir prévu au h) du II de l'article 244 quater B du code général des impôts dès lors qu'elle exerce une activité industrielle, au sens de ces dispositions, la circonstance qu'elle ait recours à la sous-traitance ne suffisant pas à l'exclure du bénéfice de ce dispositif ;
- elle est fondée à se prévaloir de l'interprétation de la loi fiscale référencée sous le numéro BOI-BIC-RICI-10-10-40 dans sa version applicable en 2014 et 2015.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative ;
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel, les premiers vice-présidents des cours et les présidents des formations de jugement des cours, ainsi que les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent, () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement ".
2. La SA Créations Fusalp, qui a pour objet social " toutes opérations industrielles et commerciales se rapportant à la conception, à la fabrication, la commercialisation, et le négoce de tous articles de textiles, d'articles de sport et de loisirs " et pour activité l'élaboration et la commercialisation de vêtements de ski et d'après-ski, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité à l'issue de laquelle l'administration a remis en cause le crédit d'impôt recherche prévu au h. de l'article 244 quater B du code général des impôts en faveur des dépenses liées à l'élaboration de nouvelles collections exposées par les entreprises industrielles du secteur textile-habillement-cuir dont elle avait bénéficié en 2014 et 2015. Elle relève appel du jugement du 3 mars 2022 par lequel le tribunal administratif de Grenoble a rejeté sa demande de décharge des compléments d'impôt sur les sociétés auxquels elle a été assujettie de ce chef au titre des exercices clos en 2014 et 2015.
3. Aux termes de l'article 244 quater B du code général des impôts dans sa rédaction applicable : " I. Les entreprises () imposées d'après leur bénéfice réel () peuvent bénéficier d'un crédit d'impôt au titre des dépenses de recherche qu'elles exposent au cours de l'année. () / II. Les dépenses de recherche ouvrant droit au crédit d'impôt sont : / () / h) Les dépenses liées à l'élaboration de nouvelles collections exposées par les entreprises industrielles du secteur textile-habillement-cuir () ". En adoptant ces dispositions, le législateur a entendu, par l'octroi d'un avantage fiscal, soutenir l'industrie manufacturière en favorisant les systèmes économiques intégrés qui allient la conception et la fabrication de nouvelles collections. Il en résulte que le bénéfice du crédit d'impôt recherche est ouvert sur le fondement de ces dispositions aux entreprises qui exercent une activité industrielle dans le secteur du textile, de l'habillement et du cuir lorsque les dépenses liées à l'élaboration de nouvelles collections sont exposées en vue d'une production dans le cadre de cette activité. Revêtent un caractère industriel, au sens de ces dispositions, les entreprises du secteur textile-habillement-cuir exerçant une activité de fabrication ou de transformation de biens corporels mobiliers qui nécessitent d'importants moyens techniques.
4. Il ressort de ses écritures d'appel que la SA Créations Fusalp assure la conception des articles, procède à l'acquisition des matières premières et assure la distribution des produits finis, la fabrication des vêtements qu'elle conçoit étant entièrement confiée à des sous-traitants. Si elle fait valoir que les nouvelles collections sont conçues à partir de prototypes mis au point avec des fournisseurs, qu'elle conserve la propriété de la matière première confiée à ses sous-traitants, que ceux-ci n'ont aucun droit d'usage sur les créations, qu'elle supervise et contrôle la fabrication et qu'elle en supporte le risque en souscrivant une assurance multirisque industrielle, il est constant qu'elle n'assure pas elle-même la fabrication ou la transformation des produits qu'elle vend. Il est également constant que son activité ne nécessite pas d'importants moyens en machines et outillages, les équipements techniques dont elle dispose, comptabilisés à hauteur de 90 000 euros, étant dédiés à la réalisation des prototypes et des essais techniques. Par suite, elle ne peut être regardée comme une entreprise industrielle, au sens des dispositions citées ci-dessus, laquelle ne saurait se déduire de la nomenclature INSEE ou du libellé de son objet social. Dans ces conditions, la SA Créations Fusalp n'est pas fondée à soutenir que c'est au prix d'une inexacte application de ces dispositions que l'administration a remis en cause le crédit d'impôt recherche prévu en faveur des entreprises du secteur du textile, de l'habillement et du cuir dont elle a bénéficié.
5. Si la SA Créations Fusalp entend invoquer, sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, le paragraphe 30 de l'instruction administrative référencée BOI-BIC-RICI-10-10-40 du 12 septembre 2012 selon lequel le bénéfice du crédit d'impôt recherche ne peut être refusé aux entreprises industrielles du secteur textile-habillement-cuir qui ont recours à la sous-traitance, dès lors qu'elles sont propriétaires de la matière première et qu'elles assurent tous les risques de la fabrication et la commercialisation, elle n'est, en tout état de cause, pas fondée à s'en prévaloir dès lors que, ainsi qu'il a été dit au point 4, elle n'est pas une entreprise industrielle au sens du h. du II de l'article 244 quater B du code général des impôts.
6. Enfin, le fait que l'administration n'ait pas remis en cause le crédit d'impôt recherche lors d'un précédent contrôle portant sur des exercices différents ne saurait constituer une prise de position formelle dont la SA Créations Fusalp pourrait se prévaloir au titre de la garantie prévue par l'article L. 80 B du livre des procédures fiscales.
7. Il résulte de ce qui précède que la requête de la SA Créations Fusalp est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, elle doit être rejetée, y compris en ses conclusions aux fins de mise à la charge de l'Etat des frais exposés et non compris dans les dépens.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de la SA Créations Fusalp est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à la SA Créations Fusalp. Copie en sera adressée pour information au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.
Fait à Lyon, le 1er juin 2023.
Le président de la 2ème chambre,
Dominique Pruvost
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
La greffière,
COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON — N° CAA69-24LY01635
26/07/2024
COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON — N° CAA69-23LY02455
11/07/2024
COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON — N° CAA69-23LY02454
11/07/2024
COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON — N° CAA69-23LY02351
11/07/2024