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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA69-22LY02057

COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON — Décision N° CAA69-22LY02057

lundi 3 octobre 2022

JuridictionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
SectionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
N° DossierCAA69-22LY02057
TypeDécision
Recoursplein contentieux
Avocat requérantAD'VOCARE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure

M. B C et Mme A C ont demandé au tribunal administratif de Clermont-Ferrand de condamner l'État à leur verser une provision de 48 193,10 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du jour de l'enregistrement de la requête.

Par une ordonnance n° 2201316 du 30 juin 2022 le juge des référés du tribunal a rejeté leur demande.

Procédure devant la cour

Par une requête enregistrée le 4 juillet 2022, M. et Mme C, représentés par Me Bourg, demandent au tribunal :

1°) d'annuler cette ordonnance et de condamner l'État a` leur verser une provision d'un montant de 48 193,10 euros a` valoir sur l'indemnisation des préjudices subis, assortie des intérêts au taux légal eux-mêmes capitalisés a` compter de la date de réception de la demande préalable indemnitaire ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Ils soutiennent que :

- ils sont serbes entrés sur le territoire national en novembre 2017 ; leurs demandes d'asile ont été rejetées en dernier lieu par la Cour nationale du droit d'asile le 28 octobre 2019 compte tenu de ses problèmes de santé, un taux d'incapacité supérieur ou égal a` 80 % lui a été reconnu, et l'allocation adulte handicapé lui a été accordée à compter du 1er juillet 2018 ; leurs demandes de titre de séjour ont été rejetées le 20 janvier 2020 et ils ont fait l'objet d'obligations de quitter le territoire français ; malgré l'annulation de ces refus le 13 janvier 2021 et l'injonction de leur délivrer des titres de séjour " vie privée et familiale ", le préfet ne leur a accordé ces titres que les 7 et 17 mai 2021 ; par un courrier du 16 août 2021, reçu le 17 août 2021, ils ont saisi le préfet du Puy-de-Dôme d'une demande indemnitaire préalable ;

- l'ordonnance est irrégulière faute de viser la capitalisation des intérêts demandés et d'être suffisamment motivée ;

- ils sont restés sans ressources pendant deux ans et dix mois ; M. C n'a pu percevoir l'allocation adulte handicapé pour un montant de 31 396,20 euros alors même que les droits étaient ouverts du 1er juillet 2018 au 30 juin 2021 ; l'intervention chirurgicale de Monsieur a été retardée dans l'attente que ce dernier obtienne un document l'autorisation a` séjourner ; en l'absence de titre de séjour, ses droits a` l'assurance maladie ouverts jusqu'au 31 décembre 2020 inclus et la couverture santé solidaire dont ils disposait jusqu'au 31 décembre 2020 n'ont pas été reconduits ; un titre exécutoire tendant au paiement de la somme de 10 796,90 euros correspondant au montant des prestations hospitalières réclamées par le centre hospitalier universitaire de Clermont-Ferrand a été émis à son encontre ; ils ont subis des troubles dans leurs conditions d'existence pouvant être évalués à 6 000 euros au total ;

- M. C a perdu le bénéfice de ses droits a` assurance maladie ouverts jusqu'au 31 décembre 2020 ;

- leur créance n'est pas sérieusement contestable.

La requête a été communiquée au préfet du Puy-de-Dôme qui n'a pas produit d'observations.

M. et Mme C ont été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 août 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable () ". Il revient aux requérants d'établir le caractère non sérieusement contestable de la créance dont ils se prévalent, tant dans son principe que dans son montant.

2. M. B C, ressortissant serbe est entré irrégulièrement en France en novembre 2017 accompagné de son épouse. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides du 22 mars 2018, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 28 octobre 2019. Le 18 mai 2018, M. C a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et son épouse comme conjoint d'étranger malade. Par un jugement du 13 janvier 2021, le tribunal a annulé les arrêtés du 20 janvier 2020 par lesquels le préfet du Puy-de-Dôme a expressément refusé de leur délivrer un titre de séjour, les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a enjoint au préfet du Puy-de-Dôme de leur délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois. Le 17 mai 2021 le préfet du Puy-de-Dôme a finalement délivré à M. et Mme C, chacun, un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". La demande indemnitaire préalable qu'ils ont par ailleurs adressée au préfet du Puy-de-Dôme par un courrier du 16 août 2021 est restée sans réponse. Ils ont alors saisi le juge des référés du tribunal administratif de Clermont-Ferrand d'une demande de condamnation de l'État au versement d'une provision d'un montant total de 48 193,10 euros comprenant une somme de 31 639,20 euros au titre d'allocations adulte handicapé non-versées durant une durée de trois ans, une somme de 10 796,90 euros correspondant aux prestations hospitalières réclamées par le CHU de Clermont-Ferrand pour des soins dispensés en novembre et décembre 2017 ainsi qu'une somme de 6 000 euros en réparation des troubles dans leurs conditions d'existence. Par une ordonnance du 30 juin 2022 dont ils relèvent appel, le juge des référés a rejeté leur demande.

Sur la régularité :

3. Contrairement à ce que soutiennent M. et Mme C, le jugement attaqué, qui explicite, même de manière concise, les raisons pour lesquelles le tribunal a jugé leur demande infondée, est motivé.

4. En revanche ce jugement ne comporte l'analyse des conclusions tendant au bénéfice de la capitalisation des intérêts ni dans ses visas ni dans ses motifs. Il est donc sur ce point entaché d'irrégularité et doit, dans cette mesure, être annulé.

5. Il y a donc lieu d'évoquer et de statuer sur la demande de capitalisation des intérêts présentée devant le tribunal et, pour les autres conclusions, de se prononcer par la voie de l'effet dévolutif de l'appel.

Sur le bien-fondé :

6. Il résulte de l'instruction que, par une décision du 26 novembre 2028, la maison départementale des personnes handicapées du Puy-de-Dôme a accordé à M. C l'allocation adulte handicapé à taux plein pour la période du 1er juillet 2018 au 30 juin 2021. Si la perte de versement de cette allocation procède directement du refus illégal de titre de séjour que lui a opposé le préfet du Puy de Dôme le 20 janvier 2020, il apparaît également que, dans son avis du 27 février 2019, le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, après avoir estimé que l'état de santé l'intéressé nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pouvait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé en Serbie, il ne pouvait effectivement y bénéficier d'un traitement approprié, a précisé que ces soins devaient, " en l'état ", être poursuivis pour une durée de six mois. Rien au dossier ne permet de dire que l'état de santé de M. C aurait sûrement exigé que sa prise en charge en France se poursuive au-delà de cette période. Dans ces conditions, et même si l'intéressé comme son épouse ont bénéficié de la délivrance d'un titre de séjour valable un an, il y a lieu, en l'espèce, de fixer le montant de l'indemnité provisionnelle au titre de la perte d'allocation adulte handicapé à 5 400 euros.

7. Par ailleurs, et eu égard aux difficultés d'ordres divers auxquelles la faute commise par le préfet a exposé le couple, il sera fait une juste évaluation des troubles dans leurs conditions d'existence en leur allouant à ce titre une somme provisionnelle globale d'un montant de 1 000 euros.

8. En revanche, s'agissant des prestations hospitalières, dont l'origine est antérieure à leurs demandes de titre de séjour présentées le 18 mai 2018, aucune indemnité provisionnelle ne saurait leur être accordée.

9. Il résulte de tout ce qui précède que l'État doit seulement être condamné à verser à M. et Mme C une indemnité provisionnelle d'un montant total de 6 400 euros.

Sur les intérêts et leur capitalisation :

10. Les requérants ont droit aux intérêts au taux légal sur la somme leur étant due à compter de la réception par l'administration, le 17 août 2021, de leur demande indemnitaire préalable. Ils ont également droit à la capitalisation des intérêts à compter du 17 août 2022 puis, le cas échéant, à chaque échéance annuelle.

Sur le paiement des frais de l'instance :

11. M. et Mme C ont obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que leur conseil renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement leur conseil d'une somme de 900 euros.

ORDONNE :

Article 1er :L'ordonnance n° 2201316 du juge des référés du tribunal administratif de Clermont-Ferrand du 30 juin 2022 est annulée en ce qu'elle ne comporte pas l'analyse des conclusions tendant au bénéfice de la capitalisation des intérêts présentées par M. et Mme C.

Article 2 :L'État est condamné à verser à une provision de 6 400 euros, assortie des intérêts et de leur capitalisation dans les conditions définies plus haut.

Article 3 :L'État versera à Me Bourg une somme de 900 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir l'aide juridictionnelle.

Article 4 :Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 :La présente ordonnance sera notifiée à M. B C, à Mme A C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet du Puy-de-Dôme.

Fait à Lyon, le 3 octobre 2022.

Le juge des référés,

V.-M. Picard

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,al

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