jeudi 5 octobre 2023
| Juridiction | COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON |
| Section | COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON |
| N° Dossier | CAA69-22LY02742 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
| Formation | 5ème chambre - formation à 3 |
| Avocat requérant | REMEDEM |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure
M. A B a demandé au tribunal administratif de Clermont-Ferrand d'annuler les décisions du 20 janvier 2022 par lesquelles le préfet du Puy-de-Dôme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français et fixé le pays de destination.
Par jugement n° 2200400 du 11 août 2022, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Clermont-Ferrand a, dans un article 1er, considéré qu'il n'y avait pas lieu d'admettre M. B, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle, dans un article 2, renvoyé les conclusions de M. B dirigées contre la décision portant refus de séjour à une formation collégiale du tribunal et, dans un article 3, rejeté le surplus des conclusions de la requête.
Procédure devant la cour
Par une requête, enregistrée le 9 septembre 2022, M. B, représenté par la SCP Blanc-Barbier-Vert-Remedem et associés, avocats, demande à la cour :
1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler ce jugement du 11 août 2022 ainsi que les décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français susvisées ;
3°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de lui délivrer un titre de séjour d'une durée d'un an mention " vie privée et familiale " sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification de l'arrêt ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- le jugement attaqué est irrégulier dès lors que le tribunal devait également statuer sur la décision portant refus de séjour ; le préfet du Puy-de-Dôme ne pouvait légalement édicter une interdiction de retour sur le territoire français et une assignation à résidence en cours d'instance ;
- la décision portant refus de séjour méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du même code ainsi que la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012 ;
- le préfet du Puy-de-Dôme a méconnu l'étendue de sa compétence en s'abstenant d'examiner la demande de titre de séjour sur ce fondement ;
- cette décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français emporte des conséquences disproportionnées au regard de son droit à suivre ses soins ;
- cette décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision fixant le pays de renvoi est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions de l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
La requête a été communiquée au préfet du Puy-de-Dôme qui n'a pas produit d'observations.
Par un courrier du 3 juillet 2023, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que l'arrêt à intervenir était susceptible d'être fondé sur un moyen d'ordre public relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre le refus de séjour du 20 janvier 2022 sur lesquelles le premier juge n'a pas statué.
La demande d'aide juridictionnelle présentée par M. B a été classée sans suite par une décision du 8 novembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative ;
Le président de la formation de jugement ayant dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;
Le rapport de Mme Rémy-Néris, première conseillère, ayant été entendu au cours de l'audience publique ;
Considérant ce qui suit :
1.M. A B, ressortissant arménien né le 7 septembre 1989, est entré sur le territoire français le 31 juillet 2019 accompagné de son épouse et leurs deux enfants. Sa demande d'asile a été définitivement rejetée par décision de la Cour nationale du droit d'asile du 3 novembre 2020. Le 5 février 2021, il a sollicité du préfet du Puy-de-Dôme la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté du 20 janvier 2022, le préfet du Puy-de-Dôme a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours sur le fondement du 3°) de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé. M. B relève appel du jugement par lequel le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Clermont-Ferrand a, dans un article 1er, considéré qu'il n'y avait pas lieu d'admettre M. B, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle, dans un article 2, renvoyé les conclusions de M. B dirigées contre la décision portant refus de séjour à une formation collégiale du tribunal et, dans un article 3, rejeté le surplus des conclusions de la requête.
Sur la régularité du jugement attaqué :
2. Par le jugement attaqué, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Clermont-Ferrand a à bon droit, en application des dispositions de l'article R. 776-10 et de l'article R. 776-17 du code de justice administrative, statué sur les conclusions du requérant dirigées contre les décisions portant obligation de quitter sans délai le territoire français et fixation du pays de destination contenues dans l'arrêté du 20 janvier 2022, n'examinant pas la légalité de la décision de refus de séjour demeurant de la compétence d'une formation collégiale du tribunal. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que le jugement attaqué est irrégulier dès lors que le magistrat désigné devait également statuer sur la décision portant refus de séjour.
3. En outre, si M. B conteste en appel la légalité des décisions portant interdiction de retour sur le territoire français et assignation à résidence prises en cours d'instance devant le tribunal par le même préfet le 17 juin 2022, ces décisions ne sont pas contenues dans l'arrêté en litige qui a seul fait l'objet du recours pour excès de pouvoir de M. B devant le tribunal. Dès lors, c'est à bon droit que le magistrat désigné n'a pas statué sur ces conclusions et moyens.
Sur l'étendue du litige :
4. Par le jugement attaqué, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Clermont-Ferrand a renvoyé à une formation collégiale du tribunal les conclusions de la requête aux fins d'annulation de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour à M. B. Par suite, les conclusions dirigées contre cette décision en appel par le requérant et sur lesquelles le premier juge n'a pas statué sont étrangères au présent litige et sont ainsi irrecevables.
Sur le bien-fondé du jugement attaqué :
5. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. "
6. L'avis du 23 septembre 2021 rendu par le collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a estimé que si l'état de santé de M. B nécessitait une prise en charge médicale, le défaut d'une telle prise en charge ne devrait pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité. Le requérant n'apporte aucune pièce médicale circonstanciée susceptible de contredire sérieusement l'avis du collège de médecins de l'OFII quant aux conséquences d'un défaut de prise en charge médicale de ses pathologies. Il se borne à ce titre à produire des résultats d'examen médicaux et des ordonnances. Compte tenu des termes de l'avis rendu qui ne considère pas que le défaut de prise en charge pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, M. B ne peut utilement soutenir qu'il ne pourrait avoir effectivement accès à un traitement approprié dans son pays d'origine. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français en litige emporterait des conséquences disproportionnées au regard de son droit à suivre ses soins.
7. Le requérant réitère en appel le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français en litige méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales sans apporter aucun élément nouveau de fait ou de droit à l'appui de celui-ci. Il y a lieu, par suite, d'écarter ce moyen par adoption des motifs retenus à bon droit par le premier juge aux points 12 à 14 du jugement attaqué.
8. Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. " Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
9. Ainsi qu'il a été dit au point 6, M. B, pour l'état de santé duquel le défaut de prise en charge médicale ne devrait pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité, n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de renvoi l'exposerait à des traitements inhumains et dégradants et méconnaîtrait à ce titre les dispositions et stipulations précitées.
10. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Clermont-Ferrand a, dans un article 3, rejeté le surplus des conclusions de sa demande. Les conclusions qu'il présente aux mêmes fins en appel doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
DECIDE :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet du Puy-de-Dôme.
Délibéré après l'audience du 21 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Bourrachot, président de chambre,
Mme Dèche, présidente assesseure,
Mme Rémy-Néris, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 5 octobre 2023.
La rapporteure,
V. Rémy-NérisLe président,
F. Bourrachot
La greffière,
A-C. Ponnelle
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
La greffière,
ar
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026