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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA69-23LY00223

COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON — Décision N° CAA69-23LY00223

lundi 29 avril 2024

JuridictionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
SectionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
N° DossierCAA69-23LY00223
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantSELARL AD JUSTITIAM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure

M. A B a demandé au tribunal administratif de Lyon d'annuler les décisions de la préfète de la Loire du 12 septembre 2022, lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, désignant le pays à destination duquel il serait reconduit d'office à l'expiration de ce délai.

Par un jugement n° 2207272 du 20 décembre 2022, le tribunal administratif de Lyon a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour

Par une requête enregistrée le 17 janvier 2023, M. B, représenté par Me Thinon, demande à la cour :

1°) d'annuler le jugement du tribunal administratif de Lyon du 20 décembre 2022 ;

2°) d'annuler les décisions susmentionnées pour excès de pouvoir ;

Il soutient que :

S'agissant de l'arrêté pris dans son ensemble :

- il est entaché d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

S'agissant de la décision portant refus de délivrance de titre de séjour :

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par décision du 22 mars 2023, le bureau d'aide juridictionnelle a rejeté la demande d'aide juridictionnelle présentée par M. B.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel (), les premiers vice-présidents des cours et les présidents des formations de jugement des cours () peuvent, () par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

2. M. B, ressortissant algérien né le 8 août 1994, déclare être entré en France le 13 mars 2016. Le 6 septembre 2021, il a déposé une demande de titre de séjour sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté du 12 septembre 2022, la préfète de la Loire lui a opposé un refus, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a désigné le pays de renvoi. M. B fait appel du jugement par lequel le tribunal administratif de Lyon a rejeté sa demande tendant à l'annulation de ces décisions.

Sur l'arrêté pris dans son ensemble :

3. L'arrêté préfectoral a été signé par M. Schuffenecker, secrétaire général de la préfecture, le 12 septembre 2022. Comme l'ont relevé à bon droit les premiers juges, celui-ci bénéficiait d'une délégation de signature de la préfète de la Loire en date du 12 juillet 2022, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de la Loire le 13 juillet 2022, à l'effet notamment de signer les décisions prises en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté manque en fait.

Sur la décision de refus de délivrance de titre de séjour :

4. En premier lieu, M. B étant de nationalité algérienne, sa situation administrative est régie par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Toutefois, bien que cet accord ne prévoie pas de modalités d'admission exceptionnelle au séjour semblables à celles de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet peut délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit, et dispose à cette fin d'un pouvoir discrétionnaire pour apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une telle mesure de régularisation. Il ressort des pièces du dossier que la préfète de la Loire a examiné la situation de M. B au regard des dispositions de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, notamment ses articles 6 (5°) et 7, et de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sous les deux aspects concernant la vie privée et familiale et le travail, avant de refuser de lui délivrer un titre de séjour et de l'admettre exceptionnellement au séjour et d'assortir sa décision d'une obligation de quitter le territoire français. Par suite, la préfète de la Loire n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en refusant de lui délivrer un titre de séjour.

5. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. M. B fait valoir qu'il est présent en France depuis près de six ans à la date de l'arrêté contesté, qu'il est père de trois enfants mineurs et que sa concubine, ressortissante kosovare réfugiée, est titulaire d'une carte de résident. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. B est entré irrégulièrement sur le territoire français et s'y est maintenu sans déférer à deux précédentes obligations de quitter le territoire français prises les 28 mars 2018 et 12 juillet 2019. À la date de la décision contestée, la production d'une attestation d'hébergement et d'un contrat d'électricité à leurs deux noms est insuffisante pour établir la réalité d'une communauté de vie entre le requérant et sa concubine alors que la quittance de loyer est au seul nom de celle-ci. En outre, les intéressés ne pouvaient pas ignorer, dès le début de leur relation, que leurs perspectives communes d'installation en France étaient incertaines, en l'absence de droit au séjour détenu par M. B. De plus, M. B n'établit pas être impliqué dans l'éducation des enfants, ni même de subvenir à leurs besoins et ne fait valoir aucune intégration sociale ou professionnelle particulière en France. Enfin, l'intéressé a également fait l'objet de trois condamnations par le tribunal correctionnel de Saint-Etienne en trois ans, pour des faits qui tendent à démontrer l'absence de volonté de M. B de se conformer aux lois de la République et son manque d'intégration au sein de la société française. Ainsi, et alors que rien ne fait obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue hors de France et notamment en Algérie où M. B a vécu jusqu'à l'âge de 23 ans et conserve de fortes attaches familiales en la personne de son père et ses deux sœurs, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le refus de titre de séjour contesté porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale par rapport aux motifs du refus et méconnaît, par suite, les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, il résulte de l'examen de la légalité de la décision de refus de délivrance de titre de séjour, que M. B n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de cette décision à l'appui de ses conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre.

8. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points 4 et 6, les moyens tirés de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés comme non fondés.

9. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. B est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, elle doit être rejetée.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de la Loire.

Fait à Lyon, le 29 avril 2024.

Le président de la cour,

Gilles Hermitte

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Le greffier,

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