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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA69-23LY01629

COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON — Décision N° CAA69-23LY01629

mercredi 29 octobre 2025

JuridictionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
SectionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
N° DossierCAA69-23LY01629
TypeDécision
Recoursplein contentieux
PublicationC
Formation3ème chambre - formation à 3
Avocat requérantALDEGUER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure

Mme A... B... a demandé au tribunal administratif de Grenoble, d’une part, d’annuler la décision du 15 février 2019 par laquelle le maire de la commune de Grenoble a refusé de renouveler son contrat en qualité d’ingénieur à l’issue de l’échéance de ce contrat, le 30 avril 2019, ensemble le rejet de son recours gracieux et, d’autre part, de condamner la commune de Grenoble à lui verser la somme de 31 512,96 euros, ou, à tout le moins, la somme de 14 073,76 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter de la demande préalable, au titre des troubles dans ses conditions d’existence liés à la perte de revenus, à titre subsidiaire, de lui verser la somme de 13 691,52 euros à titre d’indemnité de licenciement.

Par un jugement n° 1905156 du 14 mars 2023, le tribunal administratif de Grenoble a condamné la commune de Grenoble à verser à Mme B... la somme de 31 512,96 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 15 avril 2019, en réparation de la perte de revenus subie entre la date de son éviction et celle à laquelle elle aurait pu faire valoir ses droits à la retraite, et a rejeté le surplus de la demande.



Procédure devant la cour

I. Par une requête enregistrée le 12 mai 2023 sous le n°23LY01629, la commune de Grenoble, représentée par Me Tissot, demande à la cour :
1°) d’annuler ce jugement du tribunal administratif de Grenoble du 14 mars 2023, en tant qu’il la condamne à verser à Mme B... la somme de 31 512,96 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 15 avril 2019 et a mis à sa charge une somme de 1 200 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative ;
2°) de rejeter la demande de Mme B... ;
3°) de mettre à la charge de Mme B... une somme de 3 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- c’est à tort que le tribunal a estimé que Mme B... pouvait bénéficier d’un contrat à durée indéterminée à compter du 1er août 2017, alors que cette date ne correspond ni au commencement ni à l’échéance d’un quelconque contrat ;
- le contrat du 2 mai 2017 a été conclu, non pas en application de l’article 3-3 de la loi du 26 janvier 1984, mais, comme il l’indique expressément, en application de l’article 3-2, afin de faire face à la vacance temporaire d’emploi dans l’attente du recrutement d’un fonctionnaire ;
- ce contrat était relatif à des fonctions, distinctes de celles de chef de service occupées sur le fondement des contrats antérieurs, d’architecte du patrimoine ;
- l’unique contrat conclu sur le fondement de l’article 3-3 de la loi, couvrant la période du 1er mai 2013 au 30 avril 2016, reconduit du 1er mai 2016 au 30 avril 2017, n’a pas été renouvelé compte tenu du recrutement d’un fonctionnaire ;
- Mme B... ne justifie ainsi pas d’un recrutement en contrat à durée déterminée pour une durée de six ans sur le fondement de l’article 3-3 de la loi ;
- elle ne peut ainsi se prévaloir d’un droit à la reconduction de son engagement pour une durée indéterminée ;
- elle n’a pas fait l’objet d’un licenciement pour insuffisance professionnelle ;
- à supposer même que la durée totale d’engagement ait dépassé six ans sur le fondement de l’article 3-3 de la loi, elle ne saurait être regardée comme ayant été titulaire d’un contrat à durée indéterminée tacite ;
- les moyens relatifs à l’irrégularité d’un tel licenciement de même que l’absence d’insuffisance professionnelle sont inopérants ;
- c’est à tort que le tribunal l’a condamnée à verser à Mme B... la somme de 31 512,96 euros ;
- la demande doit être rejetée dès lors que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense enregistré le 17 novembre 2023, Mme B..., représentée par Me Aldeguer, demande à la cour :
1°) de rejeter la requête ;
2°) à titre incident, d’annuler la décision du 15 février 2019 du maire de Grenoble et de condamner la commune à lui verser la somme de 14 073,76 euros, au titre des troubles dans ses conditions d’existence liés à la perte de revenus, ou, à titre subsidiaire, la somme de 13 691,52 euros à titre d’indemnité de licenciement, ces sommes étant assorties des intérêts au taux légal à compter de la demande préalable ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Grenoble une somme de 4 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle doit être regardée comme pouvant bénéficier d’un contrat à durée indéterminée, dès lors que la commune a pris l’engagement de la recruter par un tel contrat et que les fonctions auxquelles elle a été affectée correspondaient à un besoin permanent de la commune ;
- ses conclusions tendant à l’annulation de la décision du 15 février 2019 ne sont pas tardives ;
- ses conclusions indemnitaires sont recevables dès lors qu’elles ont été précédées d’une demande préalable ;
- la décision du 15 février 2019, qui constitue une décision de licenciement pour insuffisance professionnelle, lui faisait grief ;
- cette décision est irrégulière dès lors qu’elle n’a pas été mise à même de consulter son dossier ;
- la commune n’établit pas l’existence d’une insuffisance professionnelle justifiant son licenciement ;
- en tout état de cause, la décision du 15 février 2019, si elle doit être regardée comme un non renouvellement de contrat à durée déterminée, est irrégulière dès lors que le délai de prévenance n’a pas été respecté ;
- la commune n’établit pas l’existence d’une insuffisance professionnelle justifiant le non-renouvellement de son contrat ;
- elle a eu recours de manière abusive aux contrats à durée déterminée, si bien qu’elle peut prétendre à l’indemnisation du préjudice qu’elle a subi ;
- elle a subi une perte de revenu de 31 512,96 euros ;
- à titre subsidiaire, elle peut prétendre au versement de la somme de 14 073,76 euros, ou à celle de 3 422,88 euros.

II. Par une requête enregistrée le 15 mai 2023 sous le n°23LY01656, et un mémoire, enregistré le 21 juillet 2025, Mme B..., représentée par Me Aldeguer, demande à la cour :
1°) d’annuler le jugement du tribunal administratif de Grenoble du 14 mars 2023, en tant qu’il a rejeté ses conclusions dirigées contre la décision du 15 février 2019 par laquelle le maire de la commune de Grenoble a refusé de renouveler son contrat ;
2°) d’annuler cette décision du maire de Grenoble du 15 février 2019 ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Grenoble une somme de 3 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- ses conclusions tendant à l’annulation de la décision du 15 février 2019 par laquelle le maire de Grenoble a refusé de renouveler son contrat sont recevables ;
- eu égard aux termes dans lesquels la lettre du 15 février 2019 a été rédigée et en l’absence de toute décision ultérieure, cette lettre doit être regardée non comme une simple information de l’intention de ne pas renouveler le contrat à l’échéance mais comme une décision de non-renouvellement qui présentait le caractère d’un acte faisant grief susceptible d’être déféré au juge de l’excès de pouvoir ;
- cette décision s’analyse comme un licenciement pour insuffisance professionnelle dès lors qu’à la date à laquelle elle est intervenue, elle justifiait d’une durée d’exercice supérieure à six ans dans le même grade pour satisfaire à un besoin permanent de la commune ;
- cette décision est irrégulière dès lors qu’elle n’a pas été mise à même de consulter son dossier ;
- la commune n’établit pas l’existence d’une insuffisance professionnelle justifiant son licenciement ;
- en tout état de cause, la décision du 15 février 2019, si elle doit être regardée comme un non renouvellement de contrat à durée déterminée, est irrégulière dès lors que le délai de prévenance n’a pas été respecté ;
- la commune n’établit pas l’existence d’une insuffisance professionnelle justifiant le non-renouvellement de son contrat.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 juillet 2025, la commune de Grenoble, représentée par Me Tissot, conclut au rejet de la requête et demande à la cour de mettre à la charge de Mme B... une somme de 3 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les conclusions tendant à l’annulation du courrier du 15 février 2019 sont irrecevables, dès lors qu’il ne contient aucune décision faisant grief susceptible de recours et qu’en tout état de cause, ces conclusions sont tardives, la demande préalable, qui ne contenait qu’une demande indemnitaire et ne s’analysait pas comme un recours gracieux, n’ayant pas prorogé le délai de recours contentieux ;
- le contrat dont il est sollicité la requalification constitue un contrat à durée déterminée conclu pour faire face à une vacance temporaire d'emploi dans l'attente du recrutement d'un fonctionnaire en application de l’article 3-2 de la loi du 26 janvier 1984 ;
- ce contrat était relatif à des fonctions, distinctes de celles de chef de service occupées sur le fondement des contrats antérieurs, d’architecte du patrimoine ;
- l’unique contrat conclu sur le fondement de l’article 3-3 de la loi, couvrant la période du 1er mai 2013 au 30 avril 2016, reconduit du 1er mai 2016 au 30 avril 2017, n’a pas été renouvelé compte tenu du recrutement d’un fonctionnaire ;
- la requérante ne justifie pas d’un recrutement en contrat à durée déterminée pour une durée de six ans sur le fondement de l’article 3-3 ;
- elle ne peut ainsi se prévaloir d’un droit à la reconduction de son engagement pour une durée indéterminée ;
- elle n’a pas fait l’objet d’un licenciement pour insuffisance professionnelle illégal ;
- à supposer même que la durée totale d’engagement ait dépassé six ans sur le fondement de l’article 3-3, elle ne saurait être regardée comme ayant été titulaire d’un contrat à durée indéterminée tacite ;
- les moyens relatifs à l’irrégularité d’un tel licenciement de même que l’absence d’insuffisance professionnelle sont inopérants ;
- c’est à tort que le tribunal l’a condamnée à verser à Mme B... la somme de 31 512,96 euros ;
- la demande doit être rejetée, les moyens soulevés n’étant pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- le décret n° 88-145 du 15 février 1988 ;
- le code de justice administrative.


Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :
le rapport de Mme Evrard, présidente-assesseure,
les conclusions de Mme Lordonné, rapporteure publique,
et les observations de Me Tissot, représentant la commune de Grenoble.


Considérant ce qui suit :

Mme B... a été recrutée par la commune de Grenoble du 1er septembre 2011 au 31 août 2012, en qualité d’ingénieur à temps complet non titulaire, pour occuper les fonctions de cheffe du service « Réhabilitation du patrimoine urbain ». Ce contrat a été prolongé du 1er septembre 2012 au 31 décembre 2012, puis du 1er mars 2013 au 28 février 2014. Par arrêté du 24 mai 2013, l’autorité communale a abrogé, à compter du 1er mai 2013, l’arrêté recrutant Mme B... et l’a recrutée par contrat à durée déterminée pour une durée de trois ans du 1er mai 2013 au 30 avril 2016. Ce contrat a été prolongé du 1er mai 2016 au 30 avril 2017. Son dernier contrat n’ayant pas été renouvelé, Mme B... a ensuite été recrutée en qualité de chargée d’opération du 1er mai 2017 au 30 avril 2018. Ce contrat a été prolongé du 1er mai 2018 au 30 avril 2019. Par lettre du 15 février 2019, le maire de Grenoble l’a informée du non-renouvellement de son contrat à son échéance, le 30 avril 2019.

Par une réclamation préalable du 11 avril 2019, reçue le 15 avril suivant, Mme B... a demandé à la commune de Grenoble de l’indemniser des préjudices qu’elle estime avoir subis pour ne pas avoir été recrutée par un contrat à durée indéterminée et au titre du non renouvellement de son engagement contractuel. Cette demande a été implicitement rejetée. Mme B... a demandé au tribunal administratif de Grenoble, d’une part, d’annuler la décision du 15 février 2019 par laquelle le maire de la commune de Grenoble a refusé de renouveler son contrat, ensemble le rejet de son recours gracieux et, d’autre part, de condamner la commune à lui verser la somme de 31 512,96 euros, ou, à tout le moins, la somme de 14 073,76 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter de la demande préalable, au titre des troubles dans ses conditions d’existence liés à la perte de revenus, à titre subsidiaire, de lui verser la somme de 13 691,52 euros à titre d’indemnité de licenciement. Par un jugement du 14 mars 2023, le tribunal administratif de Grenoble a condamné la commune de Grenoble à lui verser la somme de 31 512,96 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 15 avril 2019, en réparation de la perte de revenus subie entre la date de son éviction et celle à laquelle elle aurait pu faire valoir ses droits à la retraite, a mis à sa charge une somme de 1200 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et a rejeté le surplus de la demande.

Par une requête enregistrée sous le n°23LY01629, la commune de Grenoble relève appel de ce jugement, en tant qu’il a fait droit à la demande de Mme B.... Par une requête enregistrée sous le n°23LY01653, Mme B... relève appel de ce jugement en tant qu’il a rejeté le surplus de sa demande. Les requêtes présentées par la commune de Grenoble, d’une part, et Mme B..., d’autre part, étant dirigées contre le même jugement, il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul arrêt.



Sur la régularité du jugement :

Aux termes de l’article R. 421-1 du code de justice administrative : « La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée (…) ». Aux termes de l’article R. 421-5 du même code : « Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ». Aux termes de l’article L. 411‑2 du code des relations entre le public et l’administration : « Toute décision administrative peut faire l’objet, dans le délai imparti pour l’introduction d’un recours contentieux, d’un recours gracieux ou hiérarchique qui interrompt le cours de ce délai (…) ».

Il ressort des pièces du dossier que la décision du 15 février 2019 par laquelle le maire de Grenoble a refusé à Mme B... le renouvellement de son contrat à durée déterminée à compter du 1er mai 2019 a été remise en mains propres à l’intéressée le 15 février 2019. Cette décision comporte la mention des voies et délais de recours prévus par les dispositions du code de justice administrative citées au point 4. Si Mme B... a adressé à la commune de Grenoble un courrier daté du 11 avril 2019, reçu le 15 avril suivant, ce courrier, qui sollicite uniquement de la commune le versement d’une somme de 10 000 euros en réparation du préjudice moral que la rupture de son engagement lui aurait fait subir, et ne comporte aucune conclusion tendant à l’annulation de la décision de non-renouvellement de son dernier contrat, n’a pas eu pour effet, alors même qu’il expose les motifs pour lesquels cette décision serait illégale, d’interrompre le délai de recours contentieux à l’égard de la décision du 15 février 2019.

Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la demande de Mme B..., présentée au tribunal administratif de Grenoble le 1er août 2019, tendant à l’annulation de la décision du maire de Grenoble du 15 février 2019 étaient tardives. Mme B... n’est, par suite, pas fondée à se plaindre de ce que, par le jugement attaqué, le tribunal a rejeté ces conclusions comme irrecevables.


Sur le bien-fondé du jugement :

Aux termes de l’article 3-1 de la loi du 26 janvier 1984 portant disposition statutaires relatives à la fonction publique territoriale dans sa version applicable au litige : « Par dérogation au principe énoncé à l'article 3 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires et pour répondre à des besoins temporaires, les emplois permanents des collectivités et établissements mentionnés à l'article 2 de la présente loi peuvent être occupés par des agents contractuels pour assurer le remplacement temporaire de fonctionnaires ou d'agents contractuels (…). Les contrats établis sur le fondement du premier alinéa sont conclus pour une durée déterminée et renouvelés, par décision expresse, dans la limite de la durée de l'absence du fonctionnaire ou de l'agent contractuel à remplacer (…) ». Aux termes de l’article 3-2 de la même loi : « Par dérogation au principe énoncé à l'article 3 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 précitée et pour les besoins de continuité du service, les emplois permanents des collectivités et établissements mentionnés à l'article 2 de la présente loi peuvent être occupés par des agents contractuels pour faire face à une vacance temporaire d'emploi dans l'attente du recrutement d'un fonctionnaire. Le contrat est conclu pour une durée déterminée qui ne peut excéder un an (…). Sa durée peut être prolongée, dans la limite d'une durée totale de deux ans, lorsque, au terme de la durée fixée au deuxième alinéa du présent article, la procédure de recrutement pour pourvoir l'emploi par un fonctionnaire n'a pu aboutir. ». Aux termes de l’article 3-3 de la même loi : « Par dérogation au principe énoncé à l'article 3 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 précitée et sous réserve de l'article 34 de la présente loi, des emplois permanents peuvent être occupés de manière permanente par des agents contractuels dans les cas suivants : (…) 2° Pour les emplois du niveau de la catégorie A lorsque les besoins des services ou la nature des fonctions le justifient et sous réserve qu'aucun fonctionnaire n'ait pu être recruté dans les conditions prévues par la présente loi ; (…) Les agents ainsi recrutés sont engagés par contrat à durée déterminée d'une durée maximale de trois ans. Ces contrats sont renouvelables par reconduction expresse, dans la limite d'une durée maximale de six ans. Si, à l'issue de cette durée, ces contrats sont reconduits, ils ne peuvent l'être que par décision expresse et pour une durée indéterminée. ». Enfin, aux termes de l’article 3-4 de la même loi : « (…) II. - Tout contrat conclu ou renouvelé pour pourvoir un emploi permanent en application de l'article 3-3 avec un agent qui justifie d'une durée de services publics de six ans au moins sur des fonctions relevant de la même catégorie hiérarchique est conclu pour une durée indéterminée. La durée de six ans mentionnée au premier alinéa du présent II est comptabilisée au titre de l'ensemble des services accomplis auprès de la même collectivité ou du même établissement dans des emplois occupés sur le fondement des articles 3 à 3-3. Elle inclut, en outre, les services effectués au titre du deuxième alinéa de l'article 25 s'ils l'ont été auprès de la collectivité ou de l'établissement l'ayant ensuite recruté par contrat. (…). »

Il résulte de l’instruction que Mme B..., qui a été employée par la commune de Grenoble, par contrats successifs, du 1er septembre 2011 au 30 avril 2019, sur différentes fonctions relevant d’emplois de catégorie A, justifie d’une durée de services publics de six ans au moins sur des fonctions relevant de la même catégorie hiérarchique, au sens des dispositions du II de l’article 3-4 de la loi du 26 janvier 1984 citées au point 7. Toutefois, le dernier contrat dont elle se prévaut, par lequel elle a été recrutée du 1er mai 2018 au 30 avril 2019, a été conclu en application des dispositions de l’article 3-2 de la loi du 26 janvier 1984, pour pallier la vacance temporaire de l’emploi dans l'attente du recrutement d'un fonctionnaire, et non en application des dispositions de l’article 3-3 de la loi, et procède à son recrutement pour une durée totale limitée à deux ans, ainsi que les actes d’engagement du 25 avril 2017 et du 23 avril 2018 pris par le maire de la commune de Grenoble l’indiquent expressément, et non pour une durée indéterminée. Ainsi, Mme B... n’entre pas dans le champ des dispositions de l’article 3-4 de la loi, qui ne s’applique qu’aux contrats conclus ou renouvelés pour pourvoir un emploi permanent en application de l'article 3-3. Par suite, et sans égard à la circonstance que le maire de Grenoble a indiqué, dans le courrier d’accompagnement du contrat conclu du 1er mai 2013 au 30 avril 2016, que : « (…) Si vos fonctions étaient ensuite renouvelées à compter du 1er septembre 2017, le contrat serait conclu pour une durée indéterminée par application des dispositions de l’article 3-4 II de la loi du 26 janvier 1984. », Mme B... ne remplissait pas les conditions pour prétendre au renouvellement de son dernier contrat par un contrat à durée indéterminée. Il s’ensuit que la commune de Grenoble est fondée à soutenir que c’est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Grenoble a estimé que la décision de refus de renouvellement de son dernier contrat était entachée d’une illégalité fautive de nature à engager sa responsabilité.

Toutefois, il appartient à la cour administrative d’appel, saisie de l’ensemble du litige par l’effet dévolutif de l’appel, d’examiner les autres moyens soulevés par Mme B... devant le tribunal administratif et devant la cour.

En ce qui concerne l’illégalité fautive invoquée de l’arrêté du 15 février 2019 :

En premier lieu, aux termes de l’article 39-2 du décret du 15 février 1988 relatif aux agents contractuels de la fonction publique territoriale, dans sa rédaction alors applicable : « L'agent contractuel peut être licencié pour un motif d'insuffisance professionnelle. L'agent doit préalablement être mis à même de demander la communication de l'intégralité de toute pièce figurant dans son dossier individuel, dans un délai suffisant permettant à l'intéressé d'en prendre connaissance. Le droit à communication concerne également toute pièce sur laquelle l'autorité territoriale entend fonder sa décision, même si elle ne figure pas au dossier individuel. »

Il résulte de ce qui précède que Mme B..., qui ne pouvait prétendre à être engagée par contrat à durée indéterminée, n’a pas fait l’objet d’une mesure de licenciement mais d’un seul refus de renouveler son contrat à durée déterminée. Il s’ensuit que les moyens tirés de la méconnaissance des articles 39-2 et suivants du décret du 15 février 1988, qui sont relatifs à la procédure de licenciement, doivent être écartés comme inopérants.

En deuxième lieu, aux termes du premier alinéa de l’article 38-1 du décret du 15 février 1988, dans sa rédaction alors applicable : « Lorsqu'un agent contractuel a été engagé pour une durée déterminée susceptible d'être renouvelée en application des dispositions législatives ou réglementaires qui lui sont applicables, l'autorité territoriale lui notifie son intention de renouveler ou non l'engagement au plus tard : -huit jours avant le terme de l'engagement pour l'agent recruté pour une durée inférieure à six mois ; -un mois avant le terme de l'engagement pour l'agent recruté pour une durée égale ou supérieure à six mois et inférieure à deux ans ; -deux mois avant le terme de l'engagement pour l'agent recruté pour une durée égale ou supérieure à deux ans ; -trois mois avant le terme de l'engagement pour l'agent dont le contrat est susceptible d'être renouvelé pour une durée indéterminée en application des dispositions législatives ou réglementaires applicables. »

Il résulte de l’instruction que Mme B... a été informée du non-renouvellement de son contrat d’engagement en qualité de chargée d’opération, conclu pour une durée d’un an et renouvelé une fois, portant la durée totale de son engagement à deux ans, le 15 février 2019, soit dans le délai de deux mois précédant la fin de son contrat, le 30 avril 2019, conformément aux dispositions de l’article 38-2 du décret précité. L’intéressée, qui n’avait pas, ainsi qu’il vient d’être dit, droit au renouvellement de son contrat pour une durée indéterminée, n’est pas fondée à soutenir que le délai de prévenance aurait dû, en l’espèce, être porté à trois mois. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l’article 38-2 du décret du 15 février 1988 doit, par suite, être écarté.

En troisième lieu, aux termes du troisième alinéa de l’article 38-1 du décret du 15 février 1988 : « La notification de la décision finale doit être précédée d'un entretien lorsque le contrat est susceptible d'être reconduit pour une durée indéterminée ou lorsque la durée du contrat ou de l'ensemble des contrats conclus sur emploi permanent conformément à l'article 3-3 de la loi du 26 janvier 1984 susvisée est supérieure ou égale à trois ans. »

Ainsi qu’il a été dit précédemment, d’une part, le contrat de Mme B... n’était pas susceptible d'être reconduit pour une durée indéterminée, et, d’autre part, ce contrat a été pris pour l’application de l’article 3-2, et non de l’article 3-3 de la loi du 26 janvier 1984. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du troisième alinéa de l’article 38-1 du décret du 15 février 1988 doit ainsi être écarté comme inopérant.

En quatrième et dernier lieu, un agent public qui a été recruté par un contrat à durée déterminée ne bénéficie ni d'un droit au renouvellement de son contrat ni, à plus forte raison, d'un droit au maintien de ses clauses si l'administration envisage de procéder à son renouvellement. Toutefois, l'administration ne peut légalement décider, au terme de son contrat, de ne pas le renouveler ou de proposer à l'agent, sans son accord, un nouveau contrat substantiellement différent du précédent, que pour un motif tiré de l'intérêt du service, apprécié au regard des besoins du service ou de considérations tenant à la personne de l'agent.

En l’espèce, il résulte de l’instruction, et, notamment, du compte-rendu d’entretien professionnel établi au titre de l’année 2018 ainsi que de la note établie par sa supérieure hiérarchique le 3 décembre 2018, que Mme B..., qui a été affectée aux fonctions de chargée d’opération valorisation patrimoniale et conseil du service « Réhabilitation du patrimoine urbain », en charge notamment du suivi des opérations de ravalement des façades et de missions de maîtrise d’ouvrage sur les chantiers patrimoniaux, s’est abstenue de communiquer à sa supérieure hiérarchique, qui l’a remplacée dans ses anciennes fonctions de cheffe du service, les informations dont elle a pris connaissance dans l’exercice de ses nouvelles missions et a exercé ces dernières sans en référer à sa supérieure. En outre, l’intéressée n’a pas donné suite aux demandes, réitérées, de la cheffe de service, tendant à obtenir, notamment, des devis d’entreprises en vue de la réalisation de travaux de réhabilitation des façades. Enfin, l’intéressée a rencontré des difficultés pour travailler en équipe et planifier son travail. Si elle fait état des résultats obtenus depuis 2011, tels que l’obtention par la commune du label « Ville d’art et d’histoire », ces éléments, qui sont relatifs aux fonctions de cheffe de service qu’elle a exercées jusqu’en 2017, sont sans incidence sur l’appréciation portée sur sa façon de servir dans les fonctions de chargée de mission exercées à compter de cette date. Il résulte de l’instruction que les difficultés rencontrées par l’intéressée dans l’exercice de ces dernières fonctions ont retardé l’avancement de plusieurs chantiers et perturbé le fonctionnement du service. Dans ces conditions, et alors au surplus que, ainsi que la commune de Grenoble le fait valoir, son contrat conclu sur le fondement de l’article 3-2 ne pouvait légalement être reconduit au-delà d’une durée de deux ans, Mme B... n’est pas fondée à soutenir que la décision du 15 février 2019, par laquelle le maire de Grenoble a refusé de renouveler son contrat pour un motif tiré de son insuffisance professionnelle, reposerait sur des motifs matériellement inexacts. Dans les circonstances de l’espèce, la décision de non-renouvellement de son contrat, qui a été prise dans l’intérêt du service, n’est entachée d’aucune erreur manifeste d’appréciation.

En ce qui concerne la responsabilité de la commune du fait du recours à une succession de contrats à durée déterminée :

Il résulte des dispositions de l'article 3 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, dans sa version résultant de l'article 4 de la loi du 26 juillet 2005 portant diverses mesures de transposition du droit communautaire à la fonction publique, qu’elles offrent la possibilité aux collectivités territoriales de recourir, le cas échéant, à une succession de contrats à durée déterminée, ne font cependant pas obstacle à ce qu’en cas de renouvellement abusif de tels contrats, l’agent concerné puisse se voir reconnaître un droit à l’indemnisation du préjudice éventuellement subi lors de l’interruption de la relation d’emploi, évalué en fonction des avantages financiers auxquels il aurait pu prétendre en cas de licenciement s’il avait été employé dans le cadre d’un contrat à durée indéterminée. Dans cette hypothèse, il incombe au juge, pour apprécier si le recours à des contrats à durée déterminée successifs présente un caractère abusif, de prendre en compte l’ensemble des circonstances de fait qui lui sont soumises, notamment la nature des fonctions exercées, le type d’organisme employeur ainsi que le nombre et la durée cumulée des contrats en cause.

Il résulte de l’instruction que Mme B..., architecte du patrimoine, a été employée par la commune de Grenoble, qui compte 150 000 habitants, durant huit années successives, de 2011 à 2019, au terme de sept contrats conclus pour des périodes comprises entre deux mois et trois ans, afin d’exercer, dans un premier temps, les fonctions de cheffe du service « Réhabilitation du patrimoine urbain », puis, l’intéressée n’ayant pas été reconduite dans ses fonctions et ayant postulé sur un nouveau poste, celles de chargée d’opération « valorisation patrimoniale et conseil » au sein du même service. Ainsi qu’il a été dit précédemment, il résulte de l’instruction que son recrutement dans ces dernières fonctions a été opéré pour pallier la vacance temporaire de cet emploi dans l'attente du recrutement d'un fonctionnaire, si bien que, alors même que l’emploi qu’elle occupait présentait un caractère permanent, son recrutement correspondait à l’une des dérogations au principe selon lequel un tel emploi doit, en principe, être occupé par un fonctionnaire. Dans de telles circonstances, et eu égard au nombre de contrats, limité à sept, dont l’un a au demeurant été retiré pour être remplacé par un contrat de trois ans, légalement conclus entre la commune et l’intéressée, à la durée, limitée au total à huit ans, de son engagement, à la diversité des fonctions exercées, successivement, de cheffe de service puis de chargée d’opérations, et enfin à la nature des fonctions, spécialisées, et nécessitant la qualification d’architecte du patrimoine, sur lesquelles elle a été affectée, Mme B... n’est pas fondée à soutenir que le recours à ces contrats successifs devrait être regardé comme abusif.

En ce qui concerne la responsabilité de la commune du fait du prétendu licenciement de l’intéressée :

Il résulte de l’instruction que la décision du maire de Grenoble de ne pas renouveler le dernier contrat de Mme B... ne saurait s’analyser en une mesure de licenciement. Par suite, les conclusions de Mme B... tendant au versement d’une indemnité de licenciement sur le fondement des articles 43 et suivant du décret du 15 août 1988 ne peuvent qu’être rejetées.

Il résulte de tout ce qui précède que la commune de Grenoble est fondée à soutenir que c’est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Grenoble l’a condamnée à verser à Mme B... la somme de 31 512,96 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 15 avril 2019, en réparation de la perte de revenus subie entre la date de son éviction et celle à laquelle elle aurait pu faire valoir ses droits à la retraite. La demande de Mme B... tendant à la condamnation de la commune de Grenoble à lui verser la somme de 31 512,96 euros en réparation du préjudice qu’elle aurait subi doit ainsi être rejetée. Enfin, Mme B... n’est pas fondée à se plaindre de ce que par, le jugement attaqué, le tribunal administratif de Grenoble a rejeté le surplus de sa demande.

Sur les frais liés au litige :

En premier lieu, la commune de Grenoble, qui n’a pas, en première instance, la qualité de partie perdante, est fondée à soutenir que c’est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Grenoble a mis à sa charge une somme de 1 200 euros à verser à Mme B... sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

En second lieu, les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Grenoble, qui n’est pas la partie perdante, la somme demandée par Mme B... au titre des frais exposés par elle dans la présente instance et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l’espèce, il n’y a pas lieu de faire application de ces mêmes dispositions au bénéfice de la commune de Grenoble.


D E C I D E :


Article 1er : La requête n°23LY01656 de Mme B... est rejetée.

Article 2 : Le jugement n° 1905156 du tribunal administratif de Grenoble du 14 mars 2023 est annulé en tant qu’il a condamné la commune de Grenoble à verser à Mme B... la somme de 31 512,96 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 15 avril 2019, en réparation de la perte de revenus subie entre la date de son éviction et celle à laquelle elle aurait pu faire valoir ses droits à la retraite, et qu’il a mis à la charge de la commune une somme de 1 200 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La demande de Mme B... tendant à la condamnation de la commune de Grenoble à l’indemniser des préjudices qu’elle estime avoir subis, et les conclusions des parties présentées au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent arrêt sera notifié à Mme A... B... et à la commune de Grenoble.

Délibéré après l’audience du 7 octobre 2025 à laquelle siégeaient :

M. Jean-Yves Tallec, président de chambre,
Mme Aline Evrard, présidente-assesseure,
Mme Vanessa Rémy-Néris, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 octobre 2025.

La rapporteure,




Aline EvrardLe président,




Jean-Yves Tallec
La greffière,




Péroline Lanoy

La République mande et ordonne à la préfète de l’Isère en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
La greffière,

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