lundi 18 décembre 2023
| Juridiction | COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON |
| Section | COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON |
| N° Dossier | CAA69-23LY01933 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure
Mme B A a demandé au tribunal administratif de Dijon d'annuler les décisions du 1er mars 2022 par lesquelles le préfet de Saône-et-Loire lui a ordonné de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a désigné le pays à destination duquel elle serait reconduite d'office à l'expiration de ce délai.
Par un jugement n° 2201712 du 2 mars 2023, le tribunal administratif de Dijon a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour
Par une requête enregistrée le 5 juin 2023, Mme A, représentée par la SCP Robin-Vernet, demande à la cour :
1°) d'annuler le jugement du 2 mars 2023 ;
2°) d'annuler les décisions susmentionnées pour excès de pouvoir ;
3°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente du réexamen de sa situation administrative, dans le délai de quinze jours à compter de la décision à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle n'a pas été précédée par un examen particulier de sa situation personnelle ;
- elle a été prise sans que le préfet ait consulté de nouveau le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, alors que son état de santé n'était pas consolidé ;
- elle est entachée d'erreur de droit, le préfet s'étant cru en situation de compétence liée ;
- elle méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est contraire aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
S'agissant de la décision fixant le pays de destination :
- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle doit être annulée, en conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle par une décision du 3 mai 2023.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative ;
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel (), peuvent, () par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".
2. Mme A, ressortissante albanaise née le 9 juin 1996, est entrée en France à la date déclarée du 23 août 2018. Elle a formulé une demande de protection internationale, qui lui été refusée en dernier lieu par la Cour nationale du droit d'asile le 29 octobre 2019. Par un arrêté du 18 septembre 2019, le préfet de la Saône-et-Loire a refusé de l'admettre au séjour et a pris une mesure d'éloignement. Cet arrêté a été annulé par la présente cour le 10 novembre 2022. Le 8 octobre 2019, Mme A a sollicité la délivrance d'un titre de séjour pour motif médical, qui lui a été refusée le 13 août 2020. Son recours dirigé contre cet arrêté et contre la décision du 18 décembre 2020 rejetant son recours gracieux a été lui-même rejeté, en dernier lieu, le 6 février 2023 par la présente cour. Par un arrêté du 1er mars 2022, le préfet de Saône-et-Loire a fait obligation à Mme A de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a désigné le pays de renvoi. L'intéressée fait appel du jugement par lequel le tribunal administratif de Dijon a rejeté sa demande tendant à l'annulation de ces décisions.
Sur l'obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours :
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile selon lesquelles : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour () ". Aux termes de l'article L. 612-1 du même code : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. () ".
4. En l'espèce, la décision en litige est suffisamment motivée en droit, dès lors qu'elle vise notamment les articles précités. Elle est aussi suffisamment motivée en fait par l'indication, en particulier, que Mme A s'est vu refuser, le 13 août 2020, la délivrance d'un titre de séjour pour motif médical sollicitée par un courrier du 8 octobre 2019, décision confirmée par le juge administratif le 11 février 2022, qu'elle n'établit pas entrer dans une catégorie d'étrangers ne pouvant faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français en vertu de l'article L. 611-3 du code précité et qu'elle ne fait pas état de motifs ou circonstances justifiant son admission au séjour et l'octroi d'un délai de départ volontaire supérieur à trente jours. Par suite, le moyen tiré d'une insuffisance de motivation doit être écarté.
5. En deuxième lieu, il ne ressort pas de l'arrêté contesté que le préfet de la Saône-et-Loire se serait abstenu de procéder à un examen personnalisé de la situation de la requérante, ni qu'il aurait commis une erreur de droit en se croyant, à tort, en situation de compétence liée, alors au contraire qu'il a examiné, à partir des éléments portés à sa connaissance par l'intéressée, l'existence de motifs ou circonstances personnels de nature à justifier son admission au séjour.
6. En troisième lieu, si Mme A soutient que son état de santé étant évolutif, il incombait au préfet de consulter à nouveau le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) sur son cas, elle ne verse au dossier aucun élément de nature à démontrer une éventuelle aggravation de son état depuis le 10 juin 2020, date à laquelle ce collège a rendu son avis.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. () ".
8. Il est constant que, dans son avis du 10 juin 2020, le préfet a décidé de suivre, le collège des médecins de l'OFII a estimé que l'état de santé de Mme A nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais que l'intéressée peut bénéficier de façon effective des soins appropriés dans son pays d'origine, vers lequel elle peut voyager sans risque. La requérante produit un certificat dressé par un centre médical albanais le 15 octobre 2021, selon lequel il n'y a pas dans ce pays de matériel et de spécialistes en chirurgie plastique. Toutefois, il ne ressort pas du dossier qu'à la date de la décision contestée, une intervention de cette nature était programmée en France. En outre, le certificat rédigé postérieurement à cette décision, selon lequel son état nécessite un suivi spécialisé en chirurgie et en rééducation, ne permet pas d'établir la nature de ce suivi ni que ces soins, y compris de kinésithérapie, ne pourraient lui être dispensés hors de France. Ainsi, les pièces médicales versées par Mme A ne suffisent pas à remettre sérieusement en cause l'avis médical du 10 juin 2020. Par ailleurs, la requérante affirme être privée de l'usage de ses deux bras, ce qui ne ressort plus des pièces médicales concomitantes de l'arrêté contesté, alors qu'elle produit par ailleurs une promesse d'embauche du 1er mars 2022, relative à un emploi de commis de restaurant, non compatible avec les conséquences de son affection, telles qu'elle les présente. Par suite, il n'apparaît pas qu'en lui faisant obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, l'autorité préfectorale aurait méconnu les dispositions précitées de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
9. En cinquième lieu, à la date des décisions contestées, Mme A ne séjournait que depuis trois ans et demi sur le sol français, où elle n'établit pas posséder d'attaches familiales et personnelles particulièrement anciennes, stables et intenses, de nature à faire obstacle à son éloignement. En revanche, elle conserve de fortes attaches en Albanie, en la personne notamment de ses parents et de sa fratrie. Elle ne justifie pas non plus bénéficier d'une insertion socioprofessionnelle significative en France, ni être dans l'impossibilité de recevoir les soins appropriés à son état hors de ce pays. Par suite, il ne ressort pas du dossier que le préfet de la Saône-et-Loire aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts d'intérêt général poursuivis, en violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Sur la décision désignant le pays de destination :
10. En premier lieu, Mme A soutient que la décision par laquelle le préfet a désigné le pays de renvoi méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, où elle se dit menacée et dans l'impossibilité de recevoir des soins appropriés à sa pathologie. Toutefois, les éléments produits ne permettent pas de considérer qu'elle serait exposée, de façon personnelle et actuelle, à un risque sérieux de subir des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour en Albanie. Par suite, le moyen tiré de la violation de ces stipulations doit être écarté.
11. En second lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas annulée, il n'y a pas lieu d'annuler, par voie de conséquence, la décision fixant le pays de retour.
12. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme A est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, elle doit être rejetée, y compris en ses conclusions aux fins d'injonction et de mise à la charge de l'État des frais exposés et non compris dans les dépens.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet de Saône-et-Loire.
Fait à Lyon, le 18 décembre 2023.
Le président,
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Le greffier,
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026