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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA69-23LY02207

COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON — Décision N° CAA69-23LY02207

lundi 27 mai 2024

JuridictionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
SectionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
N° DossierCAA69-23LY02207
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure

Mme B A a demandé au tribunal administratif de Grenoble d'annuler les décisions du préfet de la Savoie du 19 avril 2023, l'obligeant à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, désignant le pays à destination duquel elle serait reconduite d'office à l'expiration de ce délai et lui interdisant le retour sur le territoire français durant un an.

Par un jugement n° 2303015 du 1er juin 2023, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Grenoble a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour

I. Par une requête enregistrée sous le n°23LY02207 le 2 juillet 2023, Mme A, représentée par Me Hourlier, demande à la cour :

1°) d'annuler le jugement du magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Grenoble du 1er juin 2023 ;

2°) d'annuler les décisions susmentionnées pour excès de pouvoir ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

S'agissant du jugement attaqué :

- il est entaché d'une erreur de droit ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- le préfet de la Savoie n'a pas procédé à un examen sérieux et circonstancié de sa situation personnelle ;

- elle procède d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation, au regard des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale, du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par décision du 23 août 2023 confirmée par une ordonnance du président de la cour du 14 février 2024, le bureau d'aide juridictionnelle a rejeté la demande d'aide juridictionnelle présentée par Mme A.

II. Par une requête, enregistrée sous le n° 23LY02472 le 23 juillet 2023, Mme A, représentée par Me Hourlier, demande à la cour :

1°) de prononcer, sur le fondement de l'article R. 811-17 du code de justice administrative, le sursis à exécution du jugement n° 2303015, rendu le 1er juin 2023, par lequel le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Grenoble a rejeté sa demande tendant à l'annulation des décisions du préfet de la Savoie du 19 avril 2023, l'obligeant à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, désignant le pays à destination duquel elle serait reconduite d'office à l'expiration de ce délai et lui interdisant le retour sur le territoire français durant un an.

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- son éloignement du territoire français, rendu possible par le jugement dont elle sollicite le sursis à exécution, risque d'entraîner des conséquences difficilement réparables ;

- les moyens qu'elle présente dans le cadre de sa requête enregistrée sous le n° 23LY02472 sont sérieux et de nature à justifier l'annulation du jugement attaqué et des décisions contestées.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes susvisées sont dirigées contre le même jugement. Il y a lieu de les joindre pour qu'elles fassent l'objet d'une même ordonnance.

2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel () peuvent, () par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

3. Mme A, ressortissante albanaise née le 20 mars 1993, déclare être entrée en France le 18 juillet 2021. Sa demande d'asile a été rejetée, en dernier lieu, par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 14 février 2022. Par un premier arrêté du 27 janvier 2022, dont la légalité a été confirmée par le tribunal administratif de Grenoble le 25 mars 2022, le préfet de la Savoie lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée d'un an. Le 21 décembre 2022, la CNDA a rejeté sa demande de réexamen de sa demande d'asile. Par arrêté du 19 avril 2023, le préfet de la Savoie, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a désigné le pays de renvoi et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Mme A fait appel du jugement par lequel le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Grenoble a rejeté sa demande tendant à l'annulation de ces décisions.

Sur la requête enregistrée à la cour sous le n° 23LY02207 :

En ce qui concerne le jugement attaqué :

4. Mme A soutient que le premier juge a commis une erreur de droit en écartant le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Toutefois, un tel moyen, qui se rattache au bien-fondé de la décision juridictionnelle, ne constitue pas une cause d'irrégularité du jugement et ne peut donc qu'être écarté comme inopérant.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, l'arrêté du 19 avril 2023, par lequel le préfet de la Savoie a fait obligation de quitter le territoire français à Mme A, vise les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en particulier le 4° de l'article L. 611-1, ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Cet arrêté expose également la situation administrative et personnelle de l'intéressée avec précision. La décision contestée comporte ainsi les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde. Elle est, dès lors, suffisamment motivée.

6. En deuxième lieu, il ressort des mentions mêmes de l'arrêté en litige que le préfet de la Savoie a procédé à un examen complet et particulier de la situation de Mme A et a pris en compte l'ensemble des éléments de sa situation personnelle dont il avait connaissance à la date de sa décision. La circonstance que la décision contestée ne précise pas les raisons pour lesquelles l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et la Cour nationale du droit d'asile ont rejeté la demande d'asile de l'intéressée n'est aucunement de nature à établir un défaut d'examen de sa situation, le préfet n'étant pas tenu de mentionner dans sa décision tous les éléments caractérisant la situation de Mme A. Par suite, le moyen tiré d'un défaut d'examen de la situation personnelle de la requérante doit être écarté.

7. En troisième et dernier lieu, comme l'a indiqué le premier juge, le moyen tiré de ce que l'obligation de quitter le territoire français méconnaîtrait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à l'encontre de cette décision qui n'a pas, par elle-même, pour objet de désigner le pays de renvoi.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

8. En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, la requête de Mme A se borne à reprendre l'énoncé des moyens déjà invoqués en première instance. Ces moyens ont été écartés, à bon droit, par le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Grenoble. Dès lors, il y a lieu de les écarter par adoption des motifs du jugement attaqué, à l'encontre desquels la requérante ne formule d'ailleurs aucune critique utile ou pertinente.

9. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme A est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, elle doit être rejetée, y compris en ses conclusions aux fins de mise à la charge de l'État des frais exposés et non compris dans les dépens.

Sur la requête enregistrée à la cour sous le n° 23LY02472 :

10. La présente ordonnance statuant sur la requête en annulation présentée contre le jugement nos 2303015 rendu le 1er juin 2023 par le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Grenoble, la requête n° 23LY02472 tendant à ce qu'il soit sursis à l'exécution de ce jugement est devenue sans objet. Les conclusions aux fins de remboursement des frais non compris dans les dépens doivent être rejetées par voie de conséquence.

ORDONNE :

Article 1er : La requête n° 23LY02207 de Mme A est rejetée.

Article 2 : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions aux fins de sursis à exécution de la requête n° 23LY02472 de Mme A.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête n° 23LY02472 est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer. Copie en sera adressée au préfet de la Savoie.

Fait à Lyon, le 27 mai 2024.

Le président,

Gilles Hermitte

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Le greffier, - 23LY0247

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