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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA69-23LY02292

COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON — Décision N° CAA69-23LY02292

mardi 14 mai 2024

JuridictionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
SectionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
N° DossierCAA69-23LY02292
TypeOrdonnance
Recoursfiscal
PublicationC
Avocat requérantARBOR TOURNOUD PIGNIER WOLF

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure

M. A B a demandé au tribunal administratif de Grenoble de prononcer la décharge des compléments d'impôt sur le revenu et des prélèvements sociaux auxquels il a été assujetti au titre des années 2016, 2017 et 2018 et des majorations correspondantes.

Par un jugement n° 2105677-2105704 du 11 mai 2023, le tribunal administratif de Grenoble a rejeté ses demandes.

Procédure devant la cour

Par une requête enregistrée le 11juillet 2023, M. A B, représenté par Me Tournoud, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement en tant qu'il concerne les impositions établies au titre de l'année 2016 ;

2°) de prononcer la décharge des impositions établies au titre de l'année 2016 ;

3°) de condamner l'Etat aux dépens et de mettre à sa charge la somme de 2 400 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les indemnités kilométriques remboursées par la société sont imposables dans la catégorie des traitements et salaires et non dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers en tant qu'avantage occulte dès lors que l'administration n'établit pas que cette rectification porte sa rémunération à un niveau excessif ;

- l'administration ne rapporte pas la preuve du caractère fictif des factures dont le montant a été réintégré dans le résultat imposable de la société et taxé entre ses mains en tant qu'avantage occulte ;

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative ;

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel, les premiers vice-présidents des cours et les présidents des formations de jugement des cours, ainsi que les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent, () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement ".

2. La SAS SAIT, qui exerçait une activité de travaux d'isolation, plâtrerie et peinture et dont M. A B était le président et l'unique associé, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 4 juillet 2016 au 31 décembre 2018 à l'issue de laquelle le vérificateur a notamment réintégré dans son résultat imposable de l'exercice clos en 2016, d'une part, une partie des indemnités kilométriques remboursées à son dirigeant comptabilisées en charges déductibles qu'il a estimé non justifiée et, d'autre part, la somme réglée par l'intermédiaire du compte courant de l'intéressé au titre de factures enregistrées en comptabilité comme des charges de sous-traitance dont l'administration estime qu'il s'agissait de factures fictives. En conséquence de ce contrôle, M. B a été assujetti à un complément d'impôt sur le revenu résultant de l'inclusion dans son revenu imposable de l'année 2016 des distributions correspondantes que l'administration a imposées entre ses mains sur le fondement de l'article 111 c du code général des impôts. Le complément d'impôt sur le revenu et les prélèvements sociaux mis à la charge de M. B au titre de l'année 2016 ont été assortis de la majoration pour manquement délibéré prévue au a) de l'article 1729 du code général des impôts. M. B relève appel du jugement du tribunal administratif de Grenoble du 11 mai 2023 en tant seulement qu'il a rejeté, après avoir joint les deux demandes dont il était saisi par l'intéressé, sa demande de décharge des impositions établies du chef de ces redressements au titre de l'année 2016.

Sur les indemnités kilométriques :

3. Aux termes de l'article 54 bis du code général des impôts : " Les contribuables visés à l'article 53 A () doivent obligatoirement inscrire en comptabilité, sous une forme explicite, la nature et la valeur des avantages en nature accordés à leur personnel. " Selon l'article 111 du même code : " Sont notamment considérés comme revenus distribués : () c. Les rémunérations et avantages occultes () ".

4. Il ressort de la proposition de rectification jointe au dossier de première instance que la SAS SAIT a déduit de son résultat imposable de l'exercice clos en 2016, des indemnités kilométriques comptabilisées au compte 62511000 " frais km gérant " d'un montant de 38 690 euros remboursées à M. B correspondant à un total de 96 483 km parcourus à titre professionnel et que le vérificateur n'a admis en déduction de cette charge qu'à hauteur de 13 593,90 euros correspondant à une distance parcourue de 33 900 km pour tenir compte des déplacements de l'intéressé à Courchevel où la société avait effectué des travaux. Pour estimer que le surplus des indemnités versées ne revêtait pas un caractère professionnel, le vérificateur a relevé, en premier lieu, que M. B, qui avait déclaré utiliser son véhicule personnel, n'a pu présenter aucune pièce justificative du nombre de kilomètres parcourus par son véhicule, en deuxième lieu, que le tableau des déplacements présenté au cours du contrôle faisant apparaître un total de 75 540 km parcourus comprenait des trajets de 22 180 km accomplis sur une période antérieure à la création de la société et, à hauteur de 15 360 km, des déplacements à Montpellier où la société n'avait aucun client et, en troisième lieu, qu'étaient comptabilisés vingt-deux trajets aller-retour à Courchevel en novembre, mois au titre duquel la société a pris en charge des frais d'hôtel et de location de logement.

5. Il est constant que le versement des indemnités kilométriques en cause a été comptabilisé par la SAS SAIT comme des remboursements de frais professionnels. Une telle comptabilisation, alors qu'il résulte des éléments relevés par l'administration dont la matérialité n'est pas contestée en appel, que ces sommes ne correspondent pas, à hauteur des montants réintégrés par le vérificateur, à des déplacements professionnels effectués par M. B mais à des dépenses personnelles de l'intéressé prises en charge par la société, ne répond pas à l'exigence d'une comptabilisation explicite des avantages en nature, telle qu'elle résulte des dispositions précitées de l'article 54 bis du code général des impôts. Par suite, la prise en charge de ces dépenses par la SAS SAIT constitue un avantage occulte taxable entre les mains de leur bénéficiaire dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers en application du c. de l'article 111 du même code. Le moyen tiré de ce que ces revenus seraient imposables dans la catégorie des traitements et salaires en tant qu'avantage en nature ne peut dès lors qu'être écarté.

Sur les factures fictives :

6. Il ressort de la proposition de rectification que l'administration a imposé entre les mains de M. B, sur le fondement de l'article 111 c) du code général des impôts, une somme de 90 872 euros correspondant au montant réglé par l'intermédiaire de son compte courant de quatre factures de sous-traitance comptabilisées en charges dont le vérificateur a estimé qu'il s'agissait de factures fictives au motif que la société Hérault Services, ayant été placée en liquidation judiciaire par un jugement du tribunal de commerce de Montpellier du 8 janvier 2016, n'avait pu émettre des factures datées du 12 octobre et du 22 décembre 2016 et que la société R2M Bâtiment, interrogée dans le cadre du droit de communication, a indiqué qu'elle n'avait pas émis les factures du 5 décembre 2016. En se fondant sur ces éléments, dont la matérialité n'est pas contestée en appel, l'administration rapporte la preuve du caractère fictif des opérations comptabilisées contrairement à ce que soutient le requérant.

7. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. B est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, elle doit être rejetée, y compris en ses conclusions relatives aux dépens et aux frais liés au litige.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B.

Copie en sera adressée pour information au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.

Fait à Lyon, le 14 mai 2024.

Le président de la 2ème chambre,

Dominique Pruvost

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

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