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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA69-23LY03442

COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON — Décision N° CAA69-23LY03442

mardi 14 mai 2024

JuridictionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
SectionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
N° DossierCAA69-23LY03442
TypeOrdonnance
Recoursfiscal
PublicationD
Avocat requérantPERBET MARGOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure

M. B C et Mme A C ont demandé au tribunal administratif de Dijon de prononcer la décharge des compléments d'impôt sur le revenu auxquels ils ont été assujettis au titre des années 2017 et 2018 et des majorations correspondantes.

Par un jugement n° 2201130 du 21 septembre 2023, le tribunal administratif de Dijon a rejeté leur demande.

Procédure devant la cour

Par une requête enregistrée le 6 novembre 2023, M. B C et Mme A C, représentés par Me Perbet, demandent à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) de leur accorder la décharge de ces impositions et majorations ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- l'administration n'apporte pas la preuve de l'existence d'une activité de vente de métaux exercée à titre individuel par M. C :

- elle ne rapporte pas davantage la preuve du caractère occulte de cette activité ;

- la procédure d'évaluation d'office est irrégulière faute de mise en demeure préalable ;

- les majorations appliquées sur le fondement du c) du 1 de l'article 1728 du code général des impôts ne sont pas justifiées.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative ;

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel, les premiers vice-présidents des cours et les présidents des formations de jugement des cours, ainsi que les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent, () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement ".

2. M. B C, qui a exercé, sous le régime de l'auto-entreprise, une activité de vente de métaux à Boyer (Saône-et-Loire) du 13 mars 2014 au 31 décembre 2016, date à laquelle il a déclaré avoir cessé son activité, a fait l'objet, en 2020, d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er janvier 2010 au 31 décembre 2018 à l'issue de laquelle le vérificateur a estimé qu'il avait exercé, à titre individuel, une activité occulte de vente de matériaux au cours des années 2017 et 2018. En conséquence de ce contrôle, M. B C et Mme A C, son épouse, ont été assujettis, au titre de ces deux années, à des compléments d'impôt sur le revenu résultant de l'inclusion dans leurs revenus imposables des bénéfices industriels et commerciaux tirés de l'activité occulte que l'administration a évalués d'office en application du 1° de l'article L. 73 du livre des procédures fiscales. Ces impositions, de même que les contributions sociales mises à leur charge, ont été assorties de la majoration de 80 % prévue au c. de l'article 1728-1 du code général des impôts en cas de découverte d'une activité occulte. M. et Mme C relèvent appel du 21 septembre 2023 par lequel le tribunal administratif de Dijon a rejeté leur demande de décharge de ces impositions et pénalités.

Sur l'existence d'une activité occulte et la régularité de la procédure d'évaluation d'office suivie pour établir les impositions :

3. Aux termes, d'une part, de l'article L. 73 du livre des procédures fiscales : " Peuvent être évalués d'office : 1° Le bénéfice imposable des contribuables qui perçoivent des revenus provenant d'entreprises () commerciales () imposables selon un régime de bénéfice réel, lorsque la déclaration annuelle prévue à l'article 53 A du code général des impôts n'a pas été déposée dans le délai légal ; / () Les dispositions de l'article L. 68 sont applicables dans les cas d'évaluation d'office prévus aux 1° et 2° ". Aux termes de l'article L. 68 du même livre dans sa rédaction applicable : " La procédure de taxation d'office prévue aux 2° et 5° de l'article L. 66 n'est applicable que si le contribuable n'a pas régularisé sa situation dans les trente jours de la notification d'une mise en demeure (). Toutefois, il n'y a pas lieu de procéder à une mise en demeure : () / Si le contribuable s'est livré à une activité occulte, au sens du deuxième alinéa de l'article L. 169 () ". Aux termes du deuxième alinéa de l'article L. 169 du livre des procédures fiscales dans sa rédaction applicable : " () L'activité occulte est réputée exercée lorsque le contribuable n'a pas déposé dans le délai légal les déclarations qu'il était tenu de souscrire et soit n'a pas fait connaître son activité à un centre de formalités des entreprises ou au greffe du tribunal de commerce, soit s'est livré à une activité illicite. ".

4. Il résulte de ces dispositions que dans le cas où un contribuable n'a ni déposé dans le délai légal les déclarations qu'il était tenu de souscrire, ni fait connaître son activité à un centre de formalités des entreprises ou au greffe du tribunal de commerce, l'administration doit être réputée apporter la preuve, qui lui incombe, de l'exercice occulte de l'activité professionnelle si le contribuable n'est pas lui-même en mesure d'établir qu'il a commis une erreur justifiant qu'il ne se soit acquitté d'aucune de ces obligations déclaratives.

5. Aux termes, d'autre part, de l'article 34 du code général des impôts : " Sont considérés comme bénéfices industriels et commerciaux, pour l'application de l'impôt sur le revenu, les bénéfices réalisés par les personnes physiques et provenant de l'exercice d'une profession commerciale, industrielle ou artisanale () ". Ces dispositions visent les profits tirés de l'accomplissement, dans des conditions caractéristiques de l'exercice d'une activité professionnelle, d'actes réputés "de commerce" par la loi commerciale. Les dispositions de l'article L. 110-1 du code de commerce répute acte de commerce : " 1° tout achat de biens meubles pour les revendre, soit en nature, soit après les avoir travaillés et mis en œuvre. () ".

6. Il ressort du dossier de première instance auquel est joint la proposition de rectification du 17 décembre 2020 adressée à M. C, que les sociétés Epur Centre et Desplat, interrogées par l'administration dans le cadre du droit de communication, ont indiqué que l'intéressé avait effectué à leur bénéfice vingt-deux livraisons de métaux en 2017 et seize en 2018. Il en ressort également que des sommes d'un montant de 63 393,20 euros en 2017 et de 28 641,66 euros en 2018, dont il n'est pas contesté qu'elles correspondent au produit de ces livraisons, ont été créditées sur les comptes bancaires de l'intéressé. Si M. et Mme C soutiennent en appel, comme ils l'avaient fait en vain en première instance, que ces ventes correspondent à la réalisation du stock dont M. C disposait, à titre personnel à la date de cessation de son activité, le 31 décembre 2016, ils reconnaissent ne pouvoir apporter aucun élément comptable, tel qu'un état des stocks ou des factures d'achat, de nature à établir l'origine des biens cédés en 2017 et 2018. Eu au nombre, à la fréquence et à l'importance des opérations en cause, M. C doit être regardé comme s'étant livré à une activité de négociant en matériaux pendant la période en litige et ne peut être regardé comme s'étant borné, pendant la période en litige, à gérer un patrimoine privé. Dans ces conditions, l'administration était fondée à considérer qu'il a continué d'exercer, en 2017 et 2018, une activité commerciale imposable dans la catégorie des bénéfices industriels et commerciaux en application de l'article 34 précité du code général des impôts.

7. M. C n'a ni déposé dans le délai légal les déclarations de résultats qu'il était tenu de souscrire postérieurement au 31 décembre 2016 en qualité d'entrepreneur à titre individuel, ni fait connaître son activité à un centre de formalités des entreprises ou au greffe du tribunal de commerce. Les requérants ne soutiennent pas que celui-ci a commis une erreur justifiant qu'il ne se soit acquitté d'aucune de ses obligations déclaratives. Par suite, l'administration doit être réputée apporter la preuve, qui lui incombe, de l'exercice occulte de l'activité de négoce de matériaux déployée par l'intéressé. Elle a ainsi pu mettre en œuvre la procédure d'évaluation d'office des bénéfices industriels et commerciaux sans envoi préalable d'une mise en demeure conformément à l'article L. 68 précité du livre des procédures fiscales.

Sur l'application de la majoration encourue en cas de découverte d'une activité occulte :

8. Aux termes de l'article 1728 du code général des impôts, dans sa rédaction alors en vigueur : " 1. Le défaut de production dans les délais prescrits d'une déclaration ou d'un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt entraîne l'application, sur le montant des droits mis à la charge du contribuable ou résultant de la déclaration ou de l'acte déposé tardivement, d'une majoration de : () c. 80 % en cas de découverte d'une activité occulte. () ".

9. Dès lors que l'administration a apporté la preuve, ainsi qu'il a été indiqué aux points 6 et 7 ci-dessus, que M. C a exercé une activité de vente de matériaux et que l'intéressé n'a déposé, au titre des années litigieuses, aucune des déclarations qu'il était tenu de souscrire en raison de son activité imposable et n'a pas davantage fait connaître cette activité au centre de formalités des entreprises dont il dépend sans être en mesure d'établir qu'il a commis une erreur justifiant qu'il ne se soit acquitté d'aucune de ces obligations déclaratives, c'est par une exacte application des dispositions précitées qu'elle a assorti les compléments d'impôt sur le revenu de la majoration de 80 % prévue en cas de découverte d'une activité occulte.

10. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. et Mme C est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, elle doit être rejetée, y compris en ses conclusions aux fins de mise à la charge de l'Etat des frais liés au litige.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. et Mme C est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B C et Mme A C. Copie en sera adressée pour information au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.

Fait à Lyon, le 14 mai 2024.

Le président de la 2ème chambre,

Dominique Pruvost

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

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