Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure
La SARL IPG a demandé au tribunal administratif de Dijon d’annuler la décision du 7 septembre 2022 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a appliqué la contribution spéciale prévue à l’article L. 8253-1 du code du travail pour un montant de 73 000 euros et la contribution forfaitaire prévue à l’article L. 822-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour un montant de 9 592 euros.
Par un jugement n° 2202923 du 6 février 2024, le tribunal a annulé la décision du 7 septembre 2022 en tant que cette décision applique la contribution forfaitaire et la contribution spéciale à la SARL IPG à raison de l’emploi de Mme D... G... et a rejeté le surplus de sa demande.
Procédure devant la cour
Par une requête enregistrée le 8 avril 2024, la SARL IPG, représentée par Me Valette de la société d’avocats Argo, demande à la cour :
1°) d’annuler ce jugement en tant qu’il a rejeté le surplus de sa demande ;
2°) à titre principal, d’annuler les deux titres de perception émis le 27 septembre 2022 et d’annuler la décision du 7 septembre 2022 en tant qu’elle concerne M. B... F..., Mme C... F... et Mme A... F... ;
3°) à titre subsidiaire, d’annuler la décision du 7 septembre 2022 en tant qu’elle concerne Mme A... F... et Mme D... G... et de fixer, en conséquence, la contribution spéciale prévue par les dispositions de l’article L. 8253-1 du code du travail à la somme de 14 600 euros et la contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement à la somme de 4 796 euros ;
4°) de mettre à la charge de l’État la somme de 5 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
En ce qui concerne la décision du 7 septembre 2022 :
– la signataire de la décision du 7 septembre 2022 n’était pas compétente pour signer cette décision ;
– cette décision est insuffisamment motivée en fait ;
– le principe du contradictoire a été méconnu dès lors qu’elle n’a pas été informée de son droit d’obtenir la communication des procès-verbaux sur lesquels se fondent les poursuites ;
– Mme G..., de nationalité bulgare, ne pouvait être regardée comme un travailleur en situation irrégulière ;
– elle a cru de bonne foi recruter des salariés de nationalité italienne ;
– le montant de la contribution spéciale prévue à l’article L. 8253-1 du code du travail doit être réduite en application du 1° du II de l’article R. 8253-2 du même code dès lors qu’elle n’a commis aucune autre infraction ; la contribution spéciale doit être réduite en application du 2° du II de l’article R. 8253-2 du code du travail dès lors qu’elle a acquitté les salaires et indemnités dus en application de l’article L. 8252-2 du code du travail ;
– la contribution spéciale et la contribuable forfaitaire doivent être réduites, pour la part qui concerne Mme A... F..., dès lors qu’elle aurait pu travailler régulièrement sur le territoire si elle en avait fait la demande, qu’elle n’a violé aucune règle en matière d’immigration et que l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) n’a communiqué aucun élément sur sa situation ;
– la contribution forfaitaire de réacheminement ne saurait être appliquée à Mme A... F..., qui avait spontanément quitté le territoire français à la date de la décision contestée ;
En ce qui concerne les titres de perception émis le 27 septembre 2022 :
– elle est recevable à contester les titres de perception, même en l’absence de recours administratif préalable contre ces titres ;
– les titres de perception émis le 27 septembre 2022 doivent être annulés par voie de conséquence de l’annulation de la décision du 7 septembre 2022 ;
– les titres de perception ne comportent ni la signature de l’ordonnateur, ni sa qualité, ne mentionnent pas le texte qui l’habilite à les édicter ; il n’est pas justifié de l’étendue de la compétence de l’auteur de ces titres.
Par un mémoire enregistré le 26 avril 2024, le directeur départemental des finances publiques de l’Essonne conclut à ce qu’aucune somme ne soit mise à sa charge au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que ce litige oppose la SARL IPG au ministre de l’intérieur, ordonnateur compétent pour émettre les titres de recettes.
Par un mémoire enregistré le 13 janvier 2026, l’Office français de l’immigration et de l’intégration, représenté par Me Riquier, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 5 000 euros soit mise à la charge de la SARL IPG au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l’article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que l’arrêt était susceptible d’être fondé sur un moyen relevé d’office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation de la décision du 7 septembre 2022 en tant qu'elles concernent Mme G..., le tribunal ayant déjà fait droit à cette demande.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
– le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
– le code des relations entre le public et l'administration ;
– le code du travail ;
– le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;
– le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience ;
Ont été entendu au cours de l’audience publique :
– le rapport de M. Moya, premier conseiller,
– et les conclusions de M. Rivière, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
La SARL IPG, dont M. E... est gérant, exploite un restaurant sous l’enseigne « L’Amarone » situé à Beaune (Côte-d’Or). A la suite d’une enquête diligentée par les services de police, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a, par une décision du 7 septembre 2022, mis à la charge de cette société la contribution spéciale pour l’emploi d’étrangers non autorisés à travailler prévue à l’article L. 8253-1 du code du travail et la contribution forfaitaire représentative des frais d’éloignement d’un étranger du territoire français, à raison de quatre salariés en situation de travail irrégulier, Mme G..., M. B... F..., Mme C... F... et Mme A... F..., pour un montant total de 82 592 euros. Deux titres de perceptions ont été émis le 27 septembre 2022 par le ministre de l’intérieur et des outre-mer pour le recouvrement de ces créances. La SARL IPG relève appel du jugement du 6 février 2024 du tribunal administratif de Dijon en tant que ce tribunal a seulement annulé la décision du 7 septembre 2022 en ce qu’elle concerne Mme G... et a rejeté le surplus de ses demandes.
Sur la recevabilité des conclusions d’appel en tant qu’elles concernent Mme G... :
Le jugement attaqué ayant fait droit aux conclusions de la demande de la SARL IPG relatives à Mme G..., les conclusions la concernant, qui sont irrecevables, ne peuvent qu’être rejetées.
Sur la recevabilité des conclusions tendant à l’annulation des deux titres de perception émis le 27 septembre 2022 :
D’une part, aux termes de l'article L. 8253-1 du code du travail, dans sa version applicable en l'espèce : « (...) / L'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de constater et fixer le montant de cette contribution pour le compte de l'État selon des modalités définies par convention. / L'État est ordonnateur de la contribution spéciale. A ce titre, il liquide et émet le titre de perception. / Le comptable public compétent assure le recouvrement de cette contribution comme en matière de créances étrangères à l'impôt et aux domaines. ». Aux termes de l'article L. 822-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : « L'État est ordonnateur de la contribution forfaitaire. A ce titre, il liquide et émet le titre de perception. / Sont applicables à la contribution forfaitaire prévue à l'article L. 822-2 du présent code les dispositions des articles L. 8253-1 à L. 8253-5 du code du travail en matière de recouvrement et de privilège applicables à la contribution spéciale. ».
D’autre part, aux termes de l’article 117 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique, applicable en vertu de l’article 2 de ce décret aux titres émis par l’État : « Les titres de perception émis en application de l'article L. 252 A du livre des procédures fiscales peuvent faire l'objet de la part des redevables : / 1° Soit d'une contestation portant sur l'existence de la créance, son montant ou son exigibilité ; / (...) ». Aux termes de l’article 118 du même décret : « En cas de contestation d'un titre de perception, avant de saisir la juridiction compétente, le redevable doit adresser cette contestation, appuyée de toutes pièces ou justifications utiles, au comptable chargé du recouvrement de l'ordre de recouvrer. / (...) ».
Il résulte des dispositions précitées de l’article L. 8253-1 du code du travail et de celles de l’article L. 822-5 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile que la contribution spéciale et la contribution forfaitaire sont recouvrées par l’État comme en matière de créances étrangères à l’impôt et aux domaines. Les dispositions précitées des articles 117 et suivants du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique applicables aux titres de recettes dont l’État est ordonnateur, sont, dès lors applicables aux titres contestés, de sorte qu’une réclamation préalable devait être formée avant d’introduire un recours contentieux contre les titres émis pour le recouvrement de ces créances.
La SARL IPG, qui ne saurait utilement se prévaloir de ce que les titres de perception ont été établis par le ministère de l’intérieur au nom et pour le compte de l’OFII en application de la convention de délégation de gestion du 11 février 2013, n’a pas justifié avoir exercé contre les titres de perception émis à son encontre le recours préalable obligatoire prévu par les dispositions ci-dessus de l’article 118 du décret du 7 novembre 2012. Par suite, faute de recours préalable contre ces titres de perception, les conclusions dirigées à leur encontre sont irrecevables et, comme l’a jugé le tribunal, ne pouvaient qu’être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision du 7 septembre 2022 :
En premier lieu, le moyen tiré de l’incompétence de la signataire de la décision contestée doit être écarté par les motifs retenus par les premiers juges et qu’il y a lieu, pour la cour, d’adopter.
En deuxième lieu, aux termes de l’article L. 211-2 du code des relations entre le public et l’administration : « (…) doivent être motivées les décisions qui : / (…) infligent une sanction ». Aux termes de l’article L. 211-5 du même code : « La motivation exigée par la présente loi doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ». Il résulte de ces dispositions qu’une décision qui met à la charge d’un employeur la contribution spéciale et la contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement doit comporter l’énoncé des considérations de droit et de fait qui fondent cette sanction.
La décision contestée, qui fait référence au courrier du 16 juin 2022 par lequel l’OFII l’a informée de son intention de lui appliquer la contribution spéciale prévue à l’article L. 8253-1 du code du travail et la contribution forfaitaire prévue à l’article L. 822-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui liste les salariés dépourvus d’un titre les autorisant à travailler et qui détaille les modalités de calcul de ces contributions est motivée en fait. Ainsi, et quand bien même le nombre de salariés concernés mentionné dans d’autres courriers ou décisions était différent ou le procès-verbal du 4 novembre 2020 auquel il est fait référence ne relève aucune infraction aux dispositions de l’article L. 8251-1 du code du travail, le moyen tiré d’une insuffisante motivation de cette décision ne peut qu’être écarté.
En troisième lieu, aux termes de l’article L. 122-2 du code des relations entre le public et l'administration : « Les mesures mentionnées à l'article L. 121-1 à caractère de sanction ne peuvent intervenir qu'après que la personne en cause a été informée des griefs formulés à son encontre et a été mise à même de demander la communication du dossier la concernant. ».
Le respect du principe général des droits de la défense suppose, s'agissant des mesures à caractère de sanction que la personne en cause soit informée, avec une précision suffisante et dans un délai raisonnable avant le prononcé de la sanction, des griefs formulés à son encontre et mise à même de demander la communication des pièces au vu desquelles les manquements ont été retenus. Par suite, l’OFII est tenu d'informer l'intéressé de son droit de demander la communication du procès-verbal d'infraction sur la base duquel ont été établis les manquements qui lui sont reprochés.
En l’espèce, la lettre de l’OFII du 16 juin 2022, qui informe la SARL IPG des modalités de la procédure contradictoire dont elle bénéficie, indique, notamment, que « conformément aux dispositions des articles R. 822-4 à R. 822-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et R. 8253-3 du code du travail, vous disposez d’un délai de 15 jours à compter de la réception de la présente pour me faire valoir vos observations. » et que si « vous avez adressé une demande de communication du procès-verbal à l’adresse électronique piclir@ofii.fr, le délai court à compter de la réception du document. ». Dès lors, la société requérante, qui a de toutes les façons reçu le 28 juin 2022, avant l’intervention de la décision litigieuse, le procès-verbal dont elle avait précédemment demandé communication, a été régulièrement informée de la possibilité d’en obtenir la transmission. Aucune irrégularité n’a été commise à cet égard.
En quatrième lieu, d’une part, aux termes de l’article L. 8251-1 du code du travail : « Nul ne peut, directement ou indirectement, embaucher, conserver à son service ou employer pour quelque durée que ce soit un étranger non muni du titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France. / (...) ». Aux termes de l’article L. 8253-1 du même code : « Sans préjudice des poursuites judiciaires pouvant être intentées à son encontre, l'employeur qui a employé un travailleur étranger en méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 acquitte, pour chaque travailleur étranger non autorisé à travailler, une contribution spéciale. Le montant de cette contribution spéciale est déterminé dans des conditions fixées par décret en Conseil d'État. Il est, au plus, égal à 5 000 fois le taux horaire du minimum garanti prévu à l'article L. 3231-12 (…) ».
D’autre part, aux termes de l’article L. 822-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « Sans préjudice des poursuites judiciaires qui peuvent être engagées à son encontre et de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail, l'employeur qui a occupé un travailleur étranger en situation de séjour irrégulier acquitte une contribution forfaitaire représentative des frais d'éloignement du territoire français de cet étranger. ». Aux termes de l’article R. 822-2 du même code : « La contribution forfaitaire représentative des frais d'éloignement de l'étranger du territoire français prévue à l'article L. 822-2 est due pour chaque employé en situation irrégulière au regard du droit au séjour. / Cette contribution est à la charge de l'employeur qui, en violation de l'article L. 8251-1 du code du travail, a embauché ou employé un travailleur étranger dépourvu de titre de séjour. ». Aux termes de l’article R. 822-3 de ce code : « Le montant de la contribution forfaitaire représentative des frais d'éloignement de l'étranger du territoire français prévue à l'article L. 822-2 est fixé par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé du budget (…) ».
Il résulte des dispositions précitées de l’article L. 8253-1 du code du travail et de l’article L. 822-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile que les contributions qu’ils prévoient ont pour objet de sanctionner les faits d'emploi d'un travailleur étranger séjournant irrégulièrement sur le territoire français ou démuni de titre l’autorisant à exercer une activité salariée, sans qu’un élément intentionnel soit nécessaire à la caractérisation du manquement. Toutefois, un employeur ne saurait être sanctionné sur le fondement de ces dispositions, qui assurent la transposition des articles 3, 4 et 5 de la directive 2009/52/CE du Parlement européen et du Conseil du 18 juin 2009 prévoyant des normes minimales concernant les sanctions et les mesures à l’encontre des employeurs de ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier, lorsque tout à la fois, d’une part, il s’est acquitté des obligations qui lui incombent en vertu de l’article L. 5221-8 du code du travail et, d’autre part, il n’était pas en mesure de savoir que les documents qui lui étaient présentés revêtaient un caractère frauduleux ou procédaient d’une usurpation d’identité. En outre, lorsqu’un salarié s’est prévalu lors de son embauche de la nationalité française ou de sa qualité de ressortissant d’un État pour lequel une autorisation de travail n’est pas exigée, l’employeur ne peut être sanctionné s’il s’est assuré que ce salarié disposait d’un document d’identité de nature à en justifier et s’il n’était pas en mesure de savoir que ce document revêtait un caractère frauduleux ou procédait d’une usurpation d’identité.
La SARL IPG soutient que lorsqu’elle a recruté les trois membres de la famille F..., ils lui ont présenté des cartes d’identité italiennes, dont rien ne permettait de penser qu’il s’agissait de faux, que les services de police et de l’inspection du travail ont réalisé des contrôles, notamment d’identité, au sein du restaurant et n’ont pas été en mesure de déceler qu’il s'agissait de faux documents d’identité, et qu’elle a conclu avec ces salariés des contrats de travail, qu’ils bénéficiaient de bulletins de paie, qu’ils étaient payés par chèque ou par virement et qu’elle s’acquittait de l’ensemble des contributions sociales. Toutefois, il ressort des déclarations circonstanciées et concordantes des salariés du restaurant et en particulier de celles de M. et Mme F..., que M E..., gérant de la SARL IPG, savait que les membres de la famille F... avaient la nationalité albanaise. Dans ces conditions, la SARL IPG n’est pas fondée à soutenir qu’elle ne pouvait être sanctionnée dès lors qu’elle n’était pas en mesure de savoir que les cartes d’identité italiennes présentées par les intéressés revêtaient un caractère frauduleux.
En cinquième lieu, aux termes de l'article R. 8253-2 du code du travail dans sa version applicable en l'espèce : « I.- Le montant de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 est égal à 5 000 fois le taux horaire, à la date de la constatation de l'infraction, du minimum garanti prévu à l'article L. 3231-12. / II.-Ce montant est réduit à 2 000 fois le taux horaire du minimum garanti dans l'un ou l'autre des cas suivants : / 1° Lorsque le procès-verbal d'infraction ne mentionne pas d'autre infraction commise à l'occasion de l'emploi du salarié étranger en cause que la méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 ; / 2° Lorsque l'employeur s'est acquitté des salaires et indemnités mentionnés à l'article L. 8252-2 dans les conditions prévues par les articles R. 8252-6 et R. 8252-7. / (...) ».
Aux termes de l’article L. 8221-5 du code du travail : « Est réputé travail dissimulé par dissimulation d'emploi salarié le fait pour tout employeur : / (…) 2° Soit de se soustraire intentionnellement à la délivrance d'un bulletin de paie ou d'un document équivalent défini par voie réglementaire, ou de mentionner sur le bulletin de paie ou le document équivalent un nombre d'heures de travail inférieur à celui réellement accompli, si cette mention ne résulte pas d'une convention ou d'un accord collectif d'aménagement du temps de travail conclu en application du titre II du livre Ier de la troisième partie ; / 3° Soit de se soustraire intentionnellement aux déclarations relatives aux salaires ou aux cotisations sociales assises sur ceux-ci auprès des organismes de recouvrement des contributions et cotisations sociales ou de l'administration fiscale en vertu des dispositions légales. ».
Il résulte de l'instruction que le rapport de synthèse du 3 juin 2022 de la police aux frontières mentionne, outre l’infraction tenant à l’emploi d’étrangers non munis d’une autorisation de travail, celle de travail dissimulé, en l'espèce par dissimulation partielle d’emploi salarié concernant M. B... F... et Mme C... F.... Ces salariés ont déclaré lors de leur audition par les services de police réaliser de nombreuses heures supplémentaires non rémunérées, travailler six jours par semaine et ne pas prendre de congés. La SARL IPG, qui se borne à soutenir qu’aucune infraction ni aucune sanction pénale n’a été prononcée à son encontre par une juridiction pénale, ne produit aucun élément de nature à contredire les déclarations qui précèdent. Dans ces conditions, l’infraction de travail dissimulé par dissimulation partielle d’emploi salarié doit être regardée comme établie et la société requérante n’est pas fondée à demander la réduction des contributions mises à sa charge sur le fondement du 1° du II de l’article R. 8253-2 du code du travail.
En sixième lieu, si la SARL IPG soutient que le montant de la contribution spéciale doit être réduit en application du 2° du II de l’article R. 8253-2 du code du travail, dès lors qu’elle a acquitté l’ensemble des salaires et indemnités dus mentionnés à l’article L. 8252-2 du même code, elle n’en justifie pas. Ce moyen doit dès lors être écarté.
En septième lieu, la société requérante ne peut utilement soutenir que Mme A... F... aurait pu travailler régulièrement en France si elle en avait fait la demande, ni qu’elle n’a violé aucune règle relative à son séjour sur le territoire français. Et, contrairement à ce qu’elle fait valoir, tant le courrier de l’OFII du 16 juin 2022 que la décision du 7 septembre 2022 mentionnent que l’intéressée ne disposait pas d’un titre de séjour l’autorisant à travailler. Pour le surplus, et par adoption des motifs retenus par les premiers juges, le moyen tiré de ce que Mme A... F... pouvait légalement exercer une activité salariée en France, sans autorisation de travail, pour une durée inférieure à trois mois, doit être écarté.
En huitième lieu, le moyen tiré de ce que la contribution forfaitaire de réacheminement ne pouvait légalement être appliquée à Mme A... F... dès lors que cette dernière avait spontanément quitté le territoire français à la date de la décision contestée doit être écarté par les mêmes motifs que ceux retenus par les premiers juges et qu’il y a lieu, pour la cour, d’adopter.
Il résulte de l’ensemble de ce qui précède que la SARL IPG n’est pas fondée à soutenir que c’est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Dijon a rejeté le surplus de sa demande. Sa requête doit être rejetée, en toutes ses conclusions. Il y a lieu en revanche, en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative, de mettre à sa charge la somme de 2 000 euros à verser à l’OFII.
DÉCIDE :
Article 1er :
La requête de la SARL IPG est rejetée.
Article 2 :
La SARL IPG versera à l’OFII la somme de 2 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 :
Le présent arrêt sera notifié à la SARL IPG, au directeur général de l’Office français de l'immigration et de l'intégration, au ministre de l’intérieur et à la ministre chargée des comptes publics.
Copie en sera adressée au directeur départemental des finances publiques de l’Essone.
Délibéré après l’audience du 29 janvier 2026 à laquelle siégeaient :
– M. Picard, président de chambre,
– Mme Duguit-Larcher, présidente assesseure,
– M. Moya, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 février 2026.
Le rapporteur,
P. Moya
Le président,
V-M. Picard
La greffière,
A. Le Colleter
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur et à la ministre chargée des comptes publics, chacun en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,