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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA69-24LY01069

COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON — Décision N° CAA69-24LY01069

mercredi 12 novembre 2025

JuridictionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
SectionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
N° DossierCAA69-24LY01069
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre - formation à 3
Avocat requérantSELAS FIDAL - BUREAU DE LYON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure

La Société lyonnaise pour la construction (SLC) Pitance a demandé au tribunal administratif de Grenoble d’annuler l’arrêté du 2 décembre 2022 par lequel le maire de la commune de Bons-en-Chablais a refusé de lui délivrer un permis de construire un ensemble immobilier composé de deux bâtiments d’habitation collective comprenant quarante-cinq logements et de trois villas.

Par un jugement n° 2300481 du 12 février 2024, le tribunal administratif a annulé l’arrêté du 2 décembre 2022 et enjoint à la commune de Bons-en-Chablais de délivrer à la SLC Pitance le permis de construire sollicité.

Procédure devant la cour

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 11 avril et 19 juin 2024, la commune de Bons-en-Chablais, représentée par Me Amblard, demande à la cour :

1°) d’annuler le jugement du 12 février 2024 ;

2°) de rejeter la demande de la SLC Pitance ;

3°) de mettre à la charge de la SLC Pitance une somme de 4 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que le motif tiré de la méconnaissance de l’article R. 111-2 du code de l’urbanisme et du a) du 2 du III de l’article 1AUb du plan local d’urbanisme intercommunal du Bas-Chablais, en ce que l’insuffisance de la ressource en eau potable constitue une atteinte à la sécurité et la salubrité publique au sens des dispositions, est de nature à justifier légalement la décision de refus de délivrance du permis de construire.

Par des mémoires en défense enregistrés les 14 mai et 2 juillet 2024, la SLC Pitance, représentée par Me Bornard, conclut au rejet de la requête et à ce qu’une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la commune de Bons-en-Chablais au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que le moyen soulevé n’est pas fondé, l’insuffisance des capacités d’alimentation du réseau d’approvisionnement en eau potable, constatée en période de pointe uniquement, n’étant pas suffisante pour justifier une limitation de l’urbanisation en zone AU.

Par ordonnance du 11 mars 2025, la clôture de l’instruction a été fixée au 11 avril 2025.



Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :
– le code général des collectivités territoriales ;
– le code de l’urbanisme ;
– le code de justice administrative ;

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l’audience ;

Après avoir entendu au cours de l’audience publique :
– le rapport de Mme Maubon, première conseillère,
– les conclusions de Mme Burnichon, rapporteure publique,
– et les observations de Me Chvetzoff, représentant la commune de Bons-en-Chablais, et de Me Couderc, représentant la SLC Pitance.



Considérant ce qui suit :


Le 24 juin 2022, la Société lyonnaise pour la construction (SLC), qui exerce une activité de promotion immobilière sous la dénomination SLC Pitance, a déposé une demande de permis de construire quarante-huit logements, répartis en deux bâtiments collectifs et trois villas individuelles, sur les parcelles cadastrées section A nos 1050, 2812, 2813 et 2814 situées sur le territoire de la commune de Bons-en-Chablais (Haute-Savoie). La commune relève appel du jugement du 12 février 2024 par lequel le tribunal administratif de Grenoble a annulé l’arrêté du 2 décembre 2022 par lequel son maire a refusé de délivrer à la SLC Pitance le permis de construire sollicité.

Aux termes de l’article R. 111-2 du code de l’urbanisme : « Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations. ». Les risques d’atteinte à la sécurité publique visés par ce texte sont aussi bien les risques auxquels peuvent être exposés les occupants de la construction pour laquelle l’autorisation est sollicitée que ceux que l’opération projetée peut engendrer pour des tiers. Il appartient à l’autorité d’urbanisme compétente et au juge de l’excès de pouvoir, pour apprécier si les risques d’atteintes à la salubrité ou à la sécurité publique justifient un refus de permis de construire sur le fondement de ces dispositions, de tenir compte tant de la probabilité de réalisation de ces risques que de la gravité de leurs conséquences, s’ils se réalisent.

L’arrêté du 2 décembre 2022 en litige, qui vise notamment deux délibérations du conseil municipal du 12 septembre 2022 et l’article R. 111-2 du code de l’urbanisme, est fondé sur plusieurs motifs, au nombre desquels figure celui tiré de ce que le projet de construction de quarante-cinq logements de type collectif est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques et de son importance. L’arrêté relève à ce titre que le projet va « entraîn[er] nécessairement une imperméabilisation du sol, un accroissement important de la consommation d’eau potable sur le secteur d’une part, et du trafic sur l’avenue des Voirons d’autre part ».

La commune de Bons-en-Chablais soutient en appel que le projet de construction de logements de la société SLC Pitance présente un risque pour la salubrité et la sécurité publique, compte tenu de l’insuffisance des capacités d’approvisionnement en eau potable de la commune, notamment en période estivale, créant un risque de privation d’accès à l’eau potable pour la population et de difficultés en cas d’incendie pour les services de secours. Toutefois, la commune, qui est la personne publique compétente en matière de distribution d'eau potable selon l’article L. 2224-7-1 du code général des collectivités territoriales, se borne à invoquer les constats qui figurent dans le rapport de présentation du PLUi du Bas-Chablais d’une situation déficitaire en eau potable de la commune en période de pointe et les délibérations du conseil municipal du 12 septembre 2022, la première adoptant le « positionnement » de « suspendre toutes les autorisations et délivrances de permis » et la seconde instaurant un périmètre d’étude en application de l’article L. 424-1 du code de l’urbanisme, qui ouvre la possibilité de prononcer des décisions de sursis à statuer. La circonstance que le certificat d’urbanisme opérationnel positif délivré le 18 mai 2021 pour la construction de quarante-cinq logements sur le tènement considéré l’ait été, en ce qui concerne l’eau potable, « sous réserve d’accroître la capacité de production et de stockage d’eau potable sur le secteur si les futurs projets sont trop importants en nombre de logement », n’est pas de nature à démontrer l’existence d’un risque pour la sécurité ou la salubrité résultant de la réalisation du projet à la date de l’arrêté du 2 décembre 2022. Enfin, les éléments relatifs aux travaux d’élaboration du plan local d’urbanisme intercommunal valant programme local de l’habitat et plan de mobilité (PLUi-HM) de la communauté d’agglomération Thonon agglomération, postérieurs à cet arrêté et simplement prospectifs, ne sont pas davantage de nature à justifier l’existence d’un tel risque. Par suite, la réalité de risques d’atteintes à la salubrité ou à la sécurité publiques en raison d’une insuffisance des capacités d’approvisionnement en eau potable, du fait de l’accroissement de la consommation résultant du projet de construction de quarante-huit logements, sur le territoire d’une commune d’environ 7 000 habitants, n’est pas établie.

Il résulte de ce qui précède que la commune de Bons-en-Chablais n’est pas fondée à soutenir que c’est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Grenoble a annulé l’arrêté de son maire du 2 décembre 2022 refusant la délivrance d’un permis de construire à la SLC Pitance.

Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée à ce titre par la commune de Bons-en-Chablais soit mise à la charge de la SLC Pitance, qui n’est pas la partie perdante dans la présente instance.

Il y a lieu en revanche de mettre à la charge de la commune de Bons-en-Chablais une somme de 2 000 euros à verser à la SLC Pitance au titre des mêmes dispositions.


D É C I D E :


Article 1er : La requête de la commune de Bons-en-Chablais est rejetée.

Article 2 : La commune de Bons-en-Chablais versera une somme de 2 000 euros à la SLC Pitance au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent arrêt sera notifié à la commune de Bons-en-Chablais et à la Société Lyonnaise de Construction Pitance.

Délibéré après l’audience du 14 octobre 2025 à laquelle siégeaient :

Mme Michel, présidente de chambre,
Mme Mauclair, présidente assesseure,
Mme Maubon, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 novembre 2025.

La rapporteure,





G. MaubonLa présidente,





C. Michel
La greffière,





F. Prouteau
La République mande et ordonne à la préfète de la Haute-Savoie en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
La greffière,



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