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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA69-24LY01317

COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON — Décision N° CAA69-24LY01317

mardi 2 juillet 2024

JuridictionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
SectionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
N° DossierCAA69-24LY01317
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantSELARL BS2A - BESCOU & SABATIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure

M. B A a demandé au tribunal administratif de Lyon d'annuler l'arrêté du 27 novembre 2023 par lequel le préfet de la Vienne a prononcé son expulsion du territoire français, a retiré sa carte de résident et a fixé le pays de destination.

Par un jugement n° 2311087 du 15 mars 2024, le tribunal administratif de Lyon a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour

Par une requête, enregistrée le 6 mai 2024 sous le n° 23LY01317, et un mémoire enregistré le 27 mai 2024, M. B A, représenté par Me Bescou, demande au juge des référés dans le dernier état de ses écritures :

1°) sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre les effets de l'exécution de cet arrêté ;

2°) d'enjoindre à l'Etat de lui délivrer un visa permettant son retour sur le territoire français et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente de la décision sur le fond, ce sous astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision d'expulsion et celle fixant le pays de destination doivent être regardées comme ayant été implicitement abrogées par la décision du préfet de restituer sa carte de résident dont il a été informé par un message téléphonique du 15 mars 2024, soit postérieurement au jugement attaqué ;

- la condition d'urgence est présumée eu égard aux conséquences et aux effets d'une décision d'expulsion alors, en outre, qu'il a été placé en rétention pour l'exécution de cette mesure, que la commission d'expulsion a émis un avis défavorable et qu'il est dépourvu d'attaches personnelles et familiales dans son pays d'origine ;

- sont de nature à créer, en l'état de l'instruction, des doutes sérieux sur la légalité de la décision d'expulsion les moyens tirés d'erreurs de fait quant à la prise en compte de ses attaches personnelles et familiales en France et dans son pays d'origine, de l'erreur de droit commise dans la caractérisation de la menace grave à l'ordre public au regard de l'article L. 631-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de l'erreur de droit tenant à l'absence de caractère sérieux de l'examen de l'ensemble de son comportement, de l'erreur d'appréciation quant à la gravité de la menace à l'ordre public, de la méconnaissance du 5° de l'article L. 631-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'erreur d'appréciation quant à la possibilité de bénéficier d'un traitement approprié à son état de santé dans son pays d'origine et de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- sont en outre de nature à créer, en l'état de l'instruction, des doutes sérieux sur la légalité de la décision fixant le pays de destination les moyens tirés de l'illégalité, invoquée par la voie de l'exception, de la décision d'expulsion et de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire, enregistré le 24 mai 2024, le préfet de la Vienne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que la requête à fin de suspension est devenue sans objet compte tenu de l'exécution de la décision d'expulsion et que ni la condition d'urgence, ni la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux sur la légalité de cette décision et de celle fixant le pays de destination ne sont satisfaites en l'espèce.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête n° 24LY01169 de M. A tendant à l'annulation du jugement du tribunal administratif de Lyon du 15 mars 2024 et de l'arrêté du préfet de la Vienne du 27 novembre 2023 ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative ;

Vu la décision en date du 1er septembre 2023, par laquelle le président de la cour administrative d'appel a désigné M. Pruvost, président de la 2ème chambre, en qualité de juge des référés en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative ;

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Boizot, greffière d'audience, M. Pruvost a lu son rapport et entendu :

- Me Bescou, représentant M. A ;

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant ivoirien né le 25 novembre 2002, entré régulièrement en France, le 9 novembre 2018, sous couvert d'un visa long séjour délivré au titre d'un regroupement familial demandé par sa mère, a été muni, le 19 mai 2021, d'une carte de résident de dix ans valable jusqu'au 18 mai 2031. A compter d'août 2021, M. A a été interpellé à quatre reprises pour usage illicite de stupéfiants, faits de vol à l'étalage et faits de violence sur une personne chargée d'un service public. Il a fait l'objet, courant 2022, de plusieurs hospitalisations sous contrainte à la demande d'un tiers au centre hospitalier Henri Laborit de Poitiers. Par un jugement du 24 juillet 2023, le tribunal judiciaire de Poitiers l'a déclaré coupable de faits de vol avec violence n'ayant pas entrainé une incapacité totale de travail et port sans motif légitime d'arme blanche ou incapacitante de catégorie D, commis en récidive en juillet 2023, et l'a condamné à une peine d'emprisonnement délictuel de douze mois dont six mois avec sursis probatoire pendant deux ans, et à une interdiction de détenir ou de porter une arme pendant trois ans. M. A a été incarcéré au centre pénitentiaire de Poitiers-Vivonne à compter du 22 juillet 2023, la date de levée d'écrou ayant été fixée au 27 novembre 2023. Le 17 novembre 2023, la commission d'expulsion, saisie par le préfet de la Vienne dans le cadre de la procédure d'expulsion diligentée à l'encontre de M. A, a émis un avis défavorable à l'expulsion. Dans un avis du 24 novembre 2023, le collège de médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration a estimé que, si l'état de santé de M. A nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pouvait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, l'intéressé pouvait, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, bénéficier effectivement d'un traitement approprié à son état de santé en Côte d'Ivoire. Par un arrêté du 27 novembre 2023, notifié le même jour, le préfet de la Vienne a prononcé l'expulsion de M. A du territoire français, retiré sa carte de résident et fixé le pays de destination. Par un jugement n° 2311087 du 15 mars 2024, le tribunal administratif de Lyon a rejeté la demande d'annulation de cet arrêté présentée par M. A. Le 14 mai 2024, l'autorité préfectorale a procédé à l'exécution de la mesure d'expulsion en faisant embarquer l'intéressé sur un vol à destination d'Abidjan. Dans le dernier état de ses écritures, M. A demande au juge des référés de la cour, compte tenu de l'exécution de l'expulsion, d'en suspendre les effets.

Sur les conclusions à fin de suspension :

2. Si M. A soulève un moyen tiré de l'abrogation de la décision d'expulsion que pourrait impliquer un message téléphonique relatif à son titre de séjour envoyé par la préfecture, il ne conclut pas au non-lieu à statuer sur sa requête pas plus que le préfet, qui, s'il fait valoir, dans ses écritures en défense, que la requête est devenue sans objet eu égard à l'exécution de la décision d'expulsion, conclut au rejet des conclusions à fin de suspension. Il y a lieu, pour le juge des référés, de statuer sur les conclusions à fin de suspension des effets de la mesure d'expulsion présentées en dernier lieu par M. A sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

4. En l'état de l'instruction, aucun des moyens invoqués par M. A n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision d'expulsion du territoire français prise à son encontre par le préfet de la Vienne et de la décision fixant le pays de destination. Par suite, ses conclusions à fin de suspension des effets de l'arrêté du 27 novembre 2023 doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. La présente ordonnance n'appelle aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions de M. A tendant à ce qu'il soit ordonné à l'autorité préfectorale de le munir d'un visa et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour doivent être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme quelconque soit mise à la charge de l'Etat, qui, dans la présente instance de référé, n'est pas la partie perdante.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer. Copie en sera adressée au préfet de la Vienne.

Fait à Lyon, le 2 juillet 2024.

Le président de la 2ème chambre,

juge des référés,

Dominique Pruvost

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaire de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

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