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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA69-24LY02664

COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON — Décision N° CAA69-24LY02664

jeudi 20 novembre 2025

JuridictionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
SectionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
N° DossierCAA69-24LY02664
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre - formation à 3
Avocat requérantPRUDHON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure

M. A... D... a demandé au tribunal administratif de Lyon d’annuler pour excès de pouvoir l’arrêté du 7 février 2024 par lequel la préfète de l’Ain a rejeté sa demande de titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d’être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée de six mois.

Par jugement n° 2401405 du 2 juillet 2024, le tribunal administratif de Lyon a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 18 septembre 2024 et le 3 mars 2025, M. C..., représenté par Me Prudhon, demande à la cour :

1°) d’annuler ce jugement du tribunal administratif de Lyon du 2 juillet 2024 ;

2°) d’annuler l’arrêté de la préfète de l’Ain du 7 février 2024 ;

3°) d’enjoindre à la préfète territorialement compétente de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention « vie privée et familiale » dans le délai de quinze jours à compter de la notification de l’arrêt, sous astreinte de 75 euros par jour de retard, subsidiairement, de réexaminer sa situation dans le délai de quinze jours, sous astreinte de 75 euros par jour de retard, et après remise d’un récépissé de sa demande de titre de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l’État une somme de 1 440 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
– le refus de titre de séjour contesté est entaché d’erreur manifeste d’appréciation au regard des dispositions du premier alinéa de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
– l’obligation de quitter le territoire français est entachée d’erreur manifeste d’appréciation de sa situation personnelle ;
– la décision refusant d’accorder un délai de départ volontaire est entachée d’erreur de droit et d’erreur d’appréciation au regard des dispositions de l’article L. 612-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, dès lors que le risque qu’il se soustraie à l’exécution de la mesure d’éloignement n’est pas établi, d’une part au regard des attaches familiales fortes dont il dispose sur le territoire, d’autre part, alors qu’une décision d’assignation à résidence n’a été prise ;
– l’interdiction de retour sur le territoire français d’une durée de six mois est dépourvue de base légale, la préfète ayant appliqué une version non encore en vigueur de l’article L. 612-6 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, dès lors qu’est visée une durée de trois ans maximum d’interdiction du territoire alors que la rédaction du premier alinéa de l’article L. 612-6 en vigueur mentionne une durée maximale de cinq ans ;
– elle est entachée d’erreur d’appréciation au regard des dispositions du premier alinéa de l’article L. 612-10 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

Par mémoire enregistré le 17 février 2025, la préfète de l’Ain conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens présentés par le requérant ne sont pas fondés.


La demande de M. C... tendant au bénéfice de l’aide juridictionnelle a été rejetée par une décision en date du 4 septembre 2024.


Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :
– la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
– le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
– le code de justice administrative ;

Le président de la formation de jugement ayant dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience ;

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l’audience ;

Après avoir entendu au cours de l’audience publique, le rapport Mme Vinet.
Considérant ce qui suit :

1.
M. C..., né en 1990 et ressortissant de la République Démocratique du Congo (RDC), est entré en France à la date déclarée du 4 janvier 2018. Après le rejet de sa demande de protection internationale, en dernier lieu par la Cour nationale du droit d'asile le 13 septembre 2021, il a demandé son admission au séjour à raison de sa vie privée et familiale. Le 25 juillet 2022, la préfète de l’Ain a pris à son encontre des décisions de refus de titre de séjour, d’obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination, contestées en vain par M. C... en dernier lieu devant la présente cour administrative d’appel, qui s’est prononcée par un arrêt du 27 avril 2023. Le 3 octobre 2023, M. C... a présenté une demande d’admission au séjour à titre exceptionnel. Il relève appel du jugement par lequel le tribunal administratif de Lyon a rejeté sa demande tendant à l’annulation de l’arrêté du 7 février 2024, par lequel la préfète de l’Ain a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de six mois.

Sur le refus de titre de séjour :

2.
Aux termes de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L’étranger dont l’admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu’il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale " (…) ».

3.
M. C... se prévaut de son entrée sur le territoire français en 2018 et du couple qu’il forme avec une compatriote titulaire d’une carte de résidente, arrivée en France à l’âge de 15 ans dans le cadre du regroupement familial. Toutefois, ainsi qu’il a été dit au point 1, alors qu’il a vu sa demande d’asile rejetée, le requérant s’est maintenu irrégulièrement en France. Il a ensuite fait l’objet le 25 juillet 2022 d’une décision de refus de titre de séjour assortie d’une obligation de quitter le territoire français, devenue définitive à la suite de l’arrêt déjà mentionné par la cour administrative d’appel le 27 avril 2023, lequel a annulé le jugement par lequel le tribunal administratif de Lyon avait annulé cet arrêté, et il n’a pas exécuté cette décision d’obligation de quitter le territoire français. Par ailleurs, s’il fait valoir que son épouse dispose de liens familiaux fort en France, il ne ressort pas des pièces du dossier, alors qu’ils sont de même nationalité, qu’ils ne pourraient poursuivre leur vie familiale, accompagnés de leur enfant mineur, ailleurs qu’en France et notamment en République démocratique du Congo, où résident d’ailleurs les deux enfants aînés mineurs du requérant. La circonstance que leur premier enfant, décédé quelques jours après sa naissance, est inhumé en France, n’y fait pas davantage obstacle, la sépulture pouvant faire l’objet d’une procédure de transfert. S’il ressort également des pièces du dossier que M. C... a été actif pendant ses années de présence, ayant occupé un emploi quand il a été brièvement titulaire d’un titre l’autorisant à travailler, exerçant par ailleurs des activités bénévoles et suivant un parcours universitaire, ces circonstances ne suffisent pas à révéler une insertion suffisamment forte dans la société française, qui caractériserait l’existence de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels justifiant son admission au séjour. Par suite, compte tenu de l’ensemble des circonstances de l’espèce, la décision contestée de refus de titre de séjour n’est pas entachée, au regard des dispositions citées au point 2.




Sur l’obligation de quitter le territoire français :

4.
Pour les mêmes motifs que ceux retenus au point précédent, l’obligation de quitter le territoire français n’est pas entachée d’erreur manifeste d’appréciation de la situation personnelle du requérant.

Sur le refus de départ volontaire :

5.
En quatrième lieu, aux termes de l’article L. 612-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Par dérogation à l’article L. 612-1, l’autorité administrative peut refuser d’accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : (…) 3° Il existe un risque que l’étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l’objet. ». Selon l’article L. 612-3 du même code : « Le risque mentionné au 3° de l’article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : (…) 5° L’étranger s’est soustrait à l’exécution d’une précédente mesure d’éloignement (…) ».

6.
Ainsi qu’il a déjà été dit, M. C... n’a pas exécuté une précédente mesure d’éloignement prise à son encontre le 25 juillet 2022, devenue définitive. Dans ces conditions, la préfète de l’Ain, qui n’était pas tenue de prendre en outre une décision d’assignation à résidence, n’a pas entaché sa décision refusant d’accorder un délai de départ volontaire d’erreur de droit ni d’erreur d’appréciation au regard des dispositions précitées.

Sur l’interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de six mois :

7.
Aux termes de l’article L. 612-6 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Lorsqu’aucun délai de départ volontaire n’a été accordé à l’étranger, l’autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d’une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l’autorité administrative n’édicte pas d’interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l’expiration d’une durée, fixée par l’autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l’exécution de l’obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l’ordre public. ». Selon l’article L. 612-10 du même code : « Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l’autorité administrative tient compte de la durée de présence de l’étranger sur le territoire français, de la nature et de l’ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu’il a déjà fait l’objet ou non d’une mesure d’éloignement et de la menace pour l’ordre public que représente sa présence sur le territoire français (…) ».

8.
En premier lieu, la circonstance que la préfète de l’Ain a mentionné dans la décision contestée une durée maximale de trois ans, résultant d’une version antérieure du texte, ne saurait priver cette décision de base légale dès lors qu’elle s’est bien fondée sur le texte applicable et n’a pas excédé la durée maximale pour une interdiction de retour sur le territoire français applicable à la date de sa décision.

9.
En second lieu, d’une part, ainsi qu’il a été dit, M. C... ne justifie pas de circonstances humanitaires devant conduire à ce que l’autorité administrative n’édicte pas d’interdiction de retour. D’autre part, à la date de la décision, M. C... avait passé la majeure partie de sa vie en RDC, où vivent deux de ses enfants, ainsi qu’il a été dit, sa femme peut le suivre, le cas échéant, dans ce pays dont elle a également la nationalité et il n’avait pas exécuté une précédente mesure d’éloignement prise à son encontre. Dans ces conditions, et alors même qu’il ne représente pas une menace pour l’ordre public, la préfère de l’Ain n’a pas, en prenant la décision contestée d’interdiction de retour sur le territoire français d’une durée de six mois, méconnu les dispositions précitées de l’article L. 612-6 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, ni commis d’erreur de droit.

10.
Il résulte de ce qui précède que M. C... n’est pas fondé à soutenir que c’est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Lyon a rejeté sa demande. Par voie de conséquence, sa requête doit être rejetée en toutes ses conclusions.


DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. C... est rejetée.

Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. A... D... et au ministre de l’intérieur.
Copie en sera adressée à la préfète de l’Ain.


Délibéré après l'audience du 30 octobre 2025, à laquelle siégeaient :
M. Arbarétaz, président de chambre,
Mme Vinet, présidente-assesseure,
Mme Anne-Sylvie Soubié, première conseillère.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 novembre 2025.

La rapporteure,




C. Vinet


Le président,




Ph. ArbarétazLa greffière,




F. Bossoutrot


La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
La greffière,

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